Jean Prouvé, un bâtisseur méconnu exposé à Arles

Si le mobilier dessiné par Jean Prouvé lui a valu une renommée internationale en qualité de designer, ses créations architecturales restent en revanche largement méconnues. La Fondation Luma leur rend aujourd’hui hommage.

Par Thibaut Wychowanok

La Maison des jours meilleurs installée au sein de la Fondation Luma à Arles.

Aujourd’hui idole des amateurs de design, Jean Prouvé (1901-1984) est loin d’avoir toujours été porté aux nues. Dans son Jean Prouvé, paru en 1981, Dominique Claussen rappelle ainsi les mots de Ionel Schein sur son statut de véritable banni, “ignoré par l’État et son administration, incompris par tous les gros producteurs d’aluminium, mal-aimé par les architectes, mal-aimé par les entreprises de construction.” 

 

Toutefois, dans ce passage, ce n’est pas au Prouvé designer que Schein fait référence, mais au bâtisseur, encore trop largement méconnu aujourd’hui. Ni ingénieur ni architecte – ne faudrait-il pas plutôt écrire architecte et ingénieur à la fois ? –, Prouvé commence comme ferronnier d’art, avant de se lancer dans la construction, au cœur d’une période qui sera frappée de plein fouet par la crise de 1929 puis par la Seconde Guerre mondiale. Jean Prouvé propose alors une solution sociale originale : des constructions industrialisées, facilement assemblables et transportables, peu coûteuses, mais durables : “Il y a des milliers et des milliers de sans-logis. Moi, je suis prêt à fabriquer des maisons en grande série, comme Citroën pour les automobiles”, expliquera-t-il plus tard. Dans certains cas, la maison peut être montée en une journée par deux ouvriers. Une douzaine de ces maisons, baraques militaires, écoles ou stations-service sont exposées à la Fondation Luma jusque début mai.

 

 

Jean Prouvé exprime d’une manière singulièrement harmonieuse le type de ‘constructeur’ qui n’est pas encore accepté par la loi, mais qui est réclamé par l’époque où nous vivons.” Le Corbusier

Maison des Jours Meilleurs © Nicolas Bergerot

Le plus bel exemple de ce système original est sans aucun doute la Maison des jours meilleurs imaginée pour répondre à l’appel de l’abbé Pierre en plein hiver 1954. L’enveloppe de la bâtisse est constituée de panneauxsandwichs en bois. La couverture est composée de bacs d’aluminium. L’ensemble forme un système modulaire reposant sur un soubassement en parpaings, pierre et béton. Quelques points de soudure et la maison est sur pied. L’objet ressemble à s’y méprendre aux plus belles pièces de design de Prouvé, format XXL. Mais comme pour la plupart de ses prototypes, cette création ne donnera pas lieu à une production industrielle. La Maison ne recevra jamais les agréments techniques nécessaires : en effet, la salle d’eau ne possède pas d’ouverture sur l’extérieur ! En 1954, Le Corbusier résume ainsi la situation : “Jean Prouvé exprime d’une manière singulièrement harmonieuse le type de ‘constructeur’ qui n’est pas encore accepté par la loi, mais qui est réclamé par l’époque où nous vivons.” Une époque qui, entre crise du logement et crise migratoire, est toujours la nôtre.

 

Exposition Jean Prouvé – Architecte des Jours Meilleurs, jusqu’au 1er mai à la Fondation Luma, Arles.

Jean Prouvé, Maison démontable Ferembal, 1948 © Manuel Bougot

Vue de l'installation de Jean Prouvé: Architecte des jours meilleurs au sein de la Fondation Luma à Arles © Victor Picon

Jean Prouvé, l'école de Bouqueval, 1949 © Victor Picon

Jean Prouvé, chalet d'urgence, 1944 © Victor Picon