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Reportage : quand l'art made in China déferle sur le monde

 

De New York à Paris, du Centre Pompidou au Palais de Tokyo, l’art contemporain chinois se voit mis à l’honneur comme jamais. A l’origine de cette vague, une fondation, K11, et un homme, Adrian Cheng, que Numéro est allé rencontrer à Shanghai.

Par Thibaut Wychowanok

La tour K11 à Shanghai culmine à près de 280 mètres. Elle accueille boutiques, restaurants, œuvres d’art et vastes espaces d’exposition. 

 

Fin 2015, Shanghai est en alerte pollution maximale. Le brouillard est tel qu’on ne dis- tingue plus le sommet des gratte-ciel. Mais la tour K11, un mall gigantesque de 278 mètres de haut d’inspiration Art déco, n’en impressionne que plus. Elle se perd dans les nuages comme une tour de Babel contemporaine. Le milliardaire et collectionneur chinois Adrian Cheng nous accueille en son royaume : un mall géant qui propose pêle-mêle boutiques, œuvres d’art contemporain et vastes espaces d’exposition. Le trentenaire, que son entourage appelle tou- jours par son prénom, fait partie des grandes fortunes mondiales – on parle de 9 à 14 milliards de dollars. À force de le croiser dans les plus grandes institutions internationales, on s’est habitué à son style vestimentaire. Un mélange de pop star pour le côté paillettes et de Dorian Gray pour le dandysme assumé.

 

Vue de l’exposition photographique organisée par Cheng Ran et Shen Qianshi à Wuhan en Chine en collaboration avec K11. 

 

Sourire (permanent) aux lèvres, Adrian Cheng répond sans détour aux questions et offre volontiers quelques clés de compréhension de cette nouvelle déferlante artistique chinoise dans le monde, dont il est l’un des acteurs clés. Le jeune homme issu de l’élite hongkongaise est passé par Harvard. Il préfère les études de culture asiatique orientale aux cours d’économie ou de marketing... ce qui ne l’empêchera pas d’être banquier au début des années 2000. Il passe aussi par Tokyo, où il étudie la culture japonaise. Mais c’est à Beijing qu’il prend conscience que “la Chine est riche d’une nou- velle génération d’artistes contemporains et de commissaires d’exposition qui n’arrivent pas à former un écosystème cohérent et ne possèdent pas encore les clés du système artistique mon- dial.” Qu’à cela ne tienne, Adrian Cheng décide de s’en faire le VRP à travers sa Fondation K11, créée en 2010.

 

Notre action repose sur trois piliers, explique le mécène. Nous voulons développer à l’étranger la notoriété et la compréhension des artistes chinois, en soutenant des expositions dans les plus grandes institutions et en multipliant les collaborations. Mais je souhaite aussi que le public chinois puisse avoir accès et s’éduquer à l’art contemporain de son pays, un art qu’il ne connaît pour ainsi dire pas du tout. Nos centres K11 à Shanghai ou à Hong Kong y travaillent. Nous soutenons également la créa- tion émergente à travers, notamment, notre vil- lage K11 de Wuhan qui propose, chaque année, à une dizaine de jeunes artistes de la Grande Chine [la Chine continentale, Taïwan et Hong Kong] un studio ainsi qu’un soutien logistique et relationnel. J’ai par exemple financé le film de neuf heures de Cheng Ran, que nous avons pré- senté en avant-première à la Biennale d’Istan- bul.” Et qui fut aussi visible dans la prestigieuse section Unlimited d’Art Basel en juin...

 

Corporate (4 Knives Groups) [2014], 300 x 990 x 150 cm, une œuvre de Xu Zhen offerte en 2015 par Adrian Cheng et David Chau au Centre Pompidou. 

 

Changement de décor. Nous voici à Wuhan, “petite ville” de 10 millions d’habitants, plus connue pour ses universités et ses entreprises françaises (PSA et Renault) que pour sa scène artistique. C’est là qu’Adrian Cheng a installé un “incubateur” destiné à révéler une nouvelle génération d’artistes. “Des artistes qui ne sont plus aussi politisés que dans les années 90, explique le jeune collectionneur. Ils s’intéressent aussi bien aux enjeux mondiaux qu’à la vie quo- tidienne. Ce ne sont pas de bons artistes chinois, ce sont de bons artistes tout court.” Sélectionnés par un comité qui inclut toujours un commissaire étranger, les artistes sont accueillis au sein d’un “village” qui tient plus de l’hôpital aseptisé que de l’habitation pittoresque. On y découvre, entre autres, de très intéressantes sculptures réalisées à partir de claviers d’ordinateur fondus. Plus loin dans la ville, un espace propose à de jeunes commissaires de se faire la main. Une passion- nante exposition menée par un duo de curateurs dévoile les meilleures réalisations d’une jeune scène photographique.

 

 

Vue d'un atelier de Wuhan.

 

 

L’action de la Fondation K11 sert-elle les intérêts de la collection personnelle d’Adrian Cheng ? Le milliardaire assure que non : “La Fondation K11 possède un comité d’achat indé- pendant, et ses objectifs sont totalement dis- tincts de ceux de ma collection personnelle. La Fondation soutient uniquement des artistes chinois et recherche des pièces muséales afin de les exposer dans des espaces publics. Mes goûts personnels me portent davantage vers des créateurs qui placent l’humain au cœur de leur travail. Je collectionne des artistes chinois, mais aussi étrangers, français notamment, comme Pierre Huyghe ou Tatiana Trouvé.” Des Français qui l’accueillent à bras ouverts. Ainsi, en 2014, le musée Marmottan prête 52 toiles à Adrian Cheng, dont 40 Monet, qui éblouissent 350 000 visiteurs dans son mall de Shanghai. Puis en 2015, c’est le Palais de Tokyo qui signe avec le K11 Art Village pour monter des rési- dences d’artistes. Le Centre Pompidou, quant à lui, inaugurait un partenariat avec la Fonda- tion K11, avec un poste de commissaire à l’art chinois à la clé. Et la Chine ne fait que s’éveiller...

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