La vente de la collection du décorateur français Jacques Grange, en novembre dernier, a été un succès. Elle a atteint plus de 28 millions d’euros, pratiquement le triple des estimations de Sotheby’s, montrant à quel point le célèbre décorateur des maisons d’Yves Saint Laurent ou de l’hôtel de Francis Ford Coppola était devenu une marque. Ses amies, souvent collectionneuses, ont soutenu ses choix, symboles d’un goût à la française perpétué par une nouvelle génération, de Joseph Dirand à Pierre Yovanovitch, qui, comme son mentor, n’hésite pas à faire appel à des artistes pour aménager des lieux privés. Il a notamment mandaté la peintre Claire Tabouret dans son château de Fabrègues, et chargé l’Américain James Turrell de concevoir un de ses célèbres Skyspace pour un appartement new-yorkais. 

 

En janvier, le cabinet Alberto Pinto, dirigé par Linda (la sœur du fondateur disparu), célébrait à Paris la création de la plus puissante agence mondiale de décoration, Design Partners, après sa fusion avec Thierry W. Despont. Si Alberto Pinto a bâti sa réputation dans l’univers de l’ultra luxe façon Versailles, Thierry W. Despont, un Limougeaud installé aux États-Unis, a, pour sa part, redécoré le Ritz et livré des villas clés en main (il est aussi architecte) à Bill Gates ou des boutiques à Ralph Lauren. Au-delà de sa puissance de feu, cette alliance vise la pérennité d’une marque qui devra succéder à ses fondateurs. Si cela s’avère possible dans la mode – Dior existe sans Christian, Saint Laurent sans Yves –, cela n’est jamais arrivé dans la décoration. 

 

Et dans l’art ? L’entreprise Jeff Koons, qui emploie une centaine de personnes, pourra- t-elle survivre à la mort du maître ? À vrai dire, peu d’exemples existent dans cette discipline, et personne n’aime en parler. Ainsi, les bronzes de Giacometti continuent à être fondus, la veuve de Marcel Broodthaers reconduit la production des œuvres (en tant que légataire, elle en a le droit). Enfin, plus récemment, Franz West a créé, avant son décès, une fondation qui peut reproduire son mobilier. 

 

Début février, la foire Artgenève a accueilli le Pavillon des arts et du design (PAD). Quelques jours avant, le couple de collectionneurs Caroline et Éric Freymond ouvrait son fabuleux appartement genevois où des Rondinone côtoient des Canaletto, et où, ce soir-là, on pouvait croiser Olafur Eliasson et la danseuse Marie- Agnès Gillot, avec qui il collabore. Caroline et Éric Freymond possèdent également une galerie, l’Espace Muraille, nichée dans les fortifications de la vieille ville, où se tient, jusqu’au 28 avril, l’exposition de l’artiste danois Objets définis par l’activité

 

Il y a désormais une foire à la montagne : NOMAD s’est installée à Saint-Moritz dans la magnifique Chesa Planta, datant du xvie siècle. Entre dîner au Badrutt’s Palace Hotel et cocktail au Dracula club, une vingtaine de galeries, majoritairement de design (même si Eva Presenhuber ou Almine Rech étaient présentes), ont reçu leurs invités du 8 au 11 février. 

 

Juste avant se tenaient les Engadin Art Talks, une plateforme d’échanges sur l’art contemporain, à Zuoz, en Suisse. À l’hôtel Castell, on pouvait voir des œuvres d’art in situ (un autre Skyspace de James Turrell, notamment). La manifestation accueillait des personnalités comme l’artiste Mai-Thu Perret, l’historienne de l’art Bice Curiger ou encore l’architecte Rem Koolhaas. Au programme : visites des galeries locales (Monica De Cardenas et Tschudi), du nouveau Muzeum Susch, fondé par la collectionneuse polonaise Grazyna Kulczyk, du charmant hôtel Villa Flor, où résident les stars Julian Schnabel et Albert Oehlen et qui accueille une expo de David Shrigley, et enfin de l’incroyable château de l’artiste Not Vital.