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Dove Allouche à la Fondation Ricard : l’enfance de l’art… dans les grottes du paléolithique

 

À la Fondation d’entreprise Ricard jusqu’au 7 mai, Dove Allouche propose avec son exposition “Mea culpa d’un sceptique” une plongée au cœur des grottes du paléolithique et de l’art pariétal. Un retour aux origines de l’art.

Par Thibaut Wychowanok

 

 

Nous sommes au début du XXe siècle. Le paléontologiste français Émile Cartailhac sort de la grotte d’Altamira en Espagne, qui recèle l’un des plus beaux ensembles d’art pariétal. Il vient d’y observer le travail impressionnant de l’homme préhistorique. Le savant est troublé. Il reconnaît “une erreur commise”, une “injustice”. Ce qu’il se refusait depuis longtemps à considérer comme de l’art, il doit alors l’avouer, en est bel et bien. L’histoire de l’art trouve désormais ses origines dans les grottes du paléolithique. C’est ce Mea culpa d’un sceptique – le titre de l’ouvrage de Cartailhac publié en 1902 – qui a inspiré son nom à l’exposition de Dove Allouche à la Fondation d’entreprise Ricard.

 

L’artiste français, dont le travail combine le plus souvent dessin et photograhie, fait de ces grottes du paléolithique le cœur même de son exposition. Il y propose un voyage de la lumière (extérieure) vers l’obscurité (de la caverne), se confrontant aux créations des hommes préhistoriques et à leurs pratiques (usage de pigments, création dans l’obscurité de la grotte) que Dove Allouche s’est appropriées pour l’occasion. 

 

 

 

DE LA LUMIÈ​RE À L’OBSCURITÉ

 

La lumière, ce sera donc le point de départ de son diptyque, Over the Rainbow, en introduction à l’exposition. Séparés par une large fenêtre qui laisse passer les rayons du soleil, deux dessins au graphite reproduisent des photographies d’arcs-en-ciel. “L’arc-en-ciel est un phénomène qui rend visible le spectre lumineux”, explique l’artiste. Il matérialise ainsi visuellement la lumière et la rend palpable pour l’homme… avec ses limites : “Le champ des couleurs que l’être humain a la capacité de percevoir se situe entre l’infrarouge et l’ultraviolet, ajoute-t-il. Les deux dessins y font référence en étant recouverts d’un verre soufflé, rouge pour l’un et violet pour l’autre.” 

Diptyque Over the Rainbow (2015), graphite, encre sur papier et verre soufflé, 71 x 91 cm chacun (encadré).

 

Photos : Aurélien Mole/Fondation d’entreprise Ricard

 

Ensemble de Sunflower (2015), Étain et argent pur sur papier Cibachrome, 197 x 144 cm chacun (encadré).

 

 

À la suite de ces deux dessins inauguraux, Dove Allouche nous fait quitter peu à peu la lumière pour l’obscurité, à l’aide de la série Sunflower. “Pour réaliser ces peintures abstraites, explique l’artiste français, je me suis plongé dans le noir, comme l’homme préhistorique dans sa caverne, pour faire couler une peinture d’argent et d’étain sur du papier photosensible. Je lui ôtais ainsi ses capacités de réaction en le recouvrant d’une peinture elle-même réfléchissante.” Les coulures de la peinture sur le papier forment alors des arcs, des halos comme provoqués par un souffle solaire, qui se déplaceraient d’une peinture à l’autre.

 

 

DANS L’INTIMITÉ DE LA ROCHE

 

La série qui lui fait face, les Pétrographies, nous emmène enfin au cœur de la caverne. Dove Allouche, cette fois, a recueilli, via un procédé scientifique, une image représentant toutes les strates de temps qui composent les stalagmites d’une grotte. Comme les cercles d’un tronc d’arbre, ces lignes permettent d’en déterminer l’âge. L’idée abstraite du temps trouve ici sa représentation formelle et physique. L’invisible devient visible. Et l’intimité de la roche se dévoile. “2 000 ans, c’est ce que représentent les 65 centimètres de stalagmites que vous voyez représentées, explique l’artiste. Soit l’histoire de notre civilisation chrétienne. Ces stalagmites sont un mille-feuille, une sorte de sablier continu qui est une source d’information intarissable pour les scientifiques qui les utilisent pour déterminer le climat passé et pour modéliser le climat futur. J’aime beaucoup cette idée que notre présent, ou notre futur, soit élaboré à partir du passé.” 

Sunflower, détail.

Pétrographie (2015), tirages argentiques, 172 x 125 cm chacun (encadré). Avec l’aimable collaboration de Sophie Verheyden, chercheuse au Laboratoire terre et histoire de la vie, Institut royal des sciences naturelles de Belgique. 

Pour sa dernière série, L’Enfance de l’art, Dove Allouche est parti cette fois de dessins de la grotte Chauvet réalisés en pigment hématique, le premier pigment utilisé au paléolithique. “En l’absence de pinceau ou d’outil permettant l’application, explique-t-il, on le soufflait sur les parois. Revenant à ce geste de l’enfance de l’art, je me suis inspiré de cette technique en utilisant par ailleurs d’autres matériaux comme le verre soufflé qui recouvre le dessin.” Là encore, le résultat formel évoquera, au choix, des toiles abstraites ou des images de Mars ou du centre de la Terre, dans un grand écart entre le présent de l’art contemporain et le temps millénaire de la roche.

 

En se replongeant dans la pratique de l’art pariétal et sur les lieux de sa réalisation, Dove Allouche a entrepris un véritable travail de recherche et d’investigation sur l’origine de l’art. Comme un enquêteur, il a cherché à en retrouver les gestes, les matériaux et les pratiques. Il partage en réalité avec le paléontologiste Émile Cartailhac un même questionnement : à partir de quand peut-on parler d’art ? “C’est que qui m’a intéressé dans le texte d’Émile Cartailhac, explique pour conclure Dove Allouche. En reconnaissant une valeur artistique, et non seulement pratique, à la peinture pariétale, il lui accorde une valeur ‘magique’. Et la magie est l’ennemie du pratique. L’art apparaît lorsqu’il n’y a plus d’explication utilitaire au geste, qu’il devient gratuit.” L'art confrontre alors l’homme aux forces qui le dépassent, à la magie du temps, de la lumière ou de la matière. Et les gestes de Dove Allouche réussissent pleinement à en montrer les traces tangibles.

 

Mea culpa d’un sceptique de Dove Allouche, exposition proposée par Kate Macfarlane, jusqu’au 7 mai, Fondation d’entreprise Ricard, 12, rue Boissy-d’Anglas, Paris VIIIe.  

 

Dove Allouche participe à l’exposition Sublime – Les tremblements du monde, jusqu’au 5 septembre au Centre Pompidou-Metz. Retrouvez notre compte rendu ici.

L’enfance de l’art (2015), détail d’un ensemble de sept dessins. Hématite, encre sur papier et verre soufflé, 83 x 63 cm chacun (encadré). Avec l’aimable collaboration de Dominique Genty, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CNRS-CEA-UVSQ).

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