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Jennifer Flay, directrice de la FIAC, nous raconte en avant-première l’événement

 

À l’occasion du vernissage ce mercredi de la Foire internationale d’art contemporain, rencontre avec la sémillante Jennifer Flay, directrice de cet événement devenu incontournable.

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Numéro : Entre les foires de Frieze à Londres et à New York et celle d’Art Basel qui s’est développée avec succès à Hong Kong et à Miami, l’univers des foires d’art contemporain est de plus en plus mondialisé et compétitif. Il s’en crée presque tous les jours. Comment la FIAC marque-t-elle sa différence ?

Jennifer Flay : Notre singularité et notre attractivité doivent beaucoup à notre ancrage au sein des grands lieux patrimoniaux parisiens. Je pense bien sûr au Grand Palais. Aucune des foires que vous citez ne peut se prévaloir d’avoir un tel chef-d’œuvre architectural pour les accueillir. Le prestige et l’histoire de nos sites forment l’un de nos atouts majeurs, c’est indéniable. C’est pour cela que nous développons nos liens avec l’ensemble des institutions culturelles de la ville. À travers Musée en Seine, nous proposons pour la première fois au public et aux collectionneurs un voyage le long du fleuve qui les mènera vers les lieux culturels incontournables de la capitale. J’inclus dans cet ensemble Les Docks – Cité de la mode et du design qui accueille depuis l’année dernière Officielle, sélection d’une soixantaine de galeries “plus jeunes”. Si Les Docks ont rouvert en 2012 avec un bâtiment contemporain réalisé par Jakob + MacFarlane, je me plais à rappeler l’histoire du bâtiment d’origine, depuis sa construction en 1907, quelques années seulement après le Grand Palais. Son architecture brutaliste et fonctionnaliste, à l’époque, marquait une volonté de se tourner vers le futur et de développer, bien sûr, le commerce à Paris. D’une certaine manière, ces objectifs sont toujours les nôtres aujourd’hui : s’ouvrir à la nouvelle création contemporaine… sans oublier, évidemment, que la FIAC demeure avant tout un événement à vocation commerciale.

 

Votre mission, en tant que directrice de la FIAC, implique une relation quotidienne avec les galeristes. Comment appréhendez-vous les mutations du métier?

Je me souviens d’une discussion avec Leo Castelli, sans aucun doute le plus grand galeriste du xxe siècle, il y a plusieurs dizaines d’années. Leo avait ouvert brièvement une galerie à Milan, en plus de sa galerie new-yorkaise. Je lui avait alors demandé pourquoi cette aventure avait été un échec. Et je me souviens encore précisément de ses mots : “Jennifer, une galerie, c’est une personne. Et je n’ai pas pu être présent dans deux endroits en même temps.” Si je vous raconte cette histoire, c’est parce que, même si les choses ont beaucoup changé, je reste persuadée que Leo a toujours raison. Certes, le métier s’est professionnalisé – les galeries comptent plusieurs dizaines d’employés aujourd’hui – et mondialisé : Larry Gagosian a été rejoint par David Zwirner, Marian Goodman ou encore Emmanuel Perrotin dans ce vaste mouvement d’ouvertures d’espaces à l’échelle internationale. Mais, fondamentalement, c’est toujours un métier qui passe par l’humain et le sensible. Un

galeriste doit savoir tisser une relation particulière avec un artiste et son œuvre, et s’en faire l’écho auprès des collectionneurs et des conservateurs de musée. Ce métier, quoi qu’on en pense, relève toujours de l’intime.

 

Au-delà des 173 galeries issues de 23 pays présentes au Grand Palais, le développement de la FIAC “hors les murs” permet de présenter au public des artistes contemporains majeurs. Quels sont les points forts de cette programmation?

Faire en sorte que tous les publics puissent participer à la FIAC est pour nous essentiel. Sans même débourser les 35 euros nécessaires à l’entrée au Grand Palais, il est possible de découvrir des œuvres en accès libre dans plusieurs lieux prestigieux parisiens : le Muséum national d’histoire naturelle, le jardin des Plantes. Une œuvre emblématique d’Ai Weiwei sera aussi installée dans le jardin des Tuileries. Et la place Vendôme accueillera des œuvres de l’artiste américain Dan Graham. La place connaît un moment de transition, avec la rénovation du Ritz et de la colonne Vendôme elle-même. Cela crée un désordre intéressant au sein de la noblesse, de la beauté et de la symétrie du lieu. Ces mutations de l’espace urbain ne pouvaient être appréhendées que par un artiste comme Dan Graham, qui s’est révélé depuis longtemps comme un grand spécialiste de la ville et de l’urbanisme. L’interactivité offerte par ses œuvres, à l’instar de ses pavillons de verre au sein desquels le public peut se mouvoir, nous paraît aussi essentielle. Il s’agit de dépasser le simple rapport de contemplation – même si le pouvoir de surprendre et d’émouvoir de l’œuvre demeure – pour ouvrir à une expérience de l’œuvre elle-même.

 

Est-ce que la diffusion de l’art contemporain auprès d’un plus large public passe forcément par ce type d’approche plus “récréative”?

L’art contemporain n’est rien d’autre que la production artistique de notre temps. Cette création doit entrer en dialogue avec le public. Si l’art contemporain est perçu comme moins élitiste et hors d’atteinte aujourd’hui, c’est peut-être parce qu’il existe un moins grand décalage entre la production culturelle et artistique actuelle et le public auquel elle est destinée. Évidemment, le développement des moyens de communication est pour beaucoup dans cette meilleure compréhension respective du public et des artistes. Et dans la diffusion des productions contemporaines. C’est une chose heureuse, car je reste persuadée que ce développement aura des conséquences positives non seulement sur la vie intellectuelle mais aussi d’un point de vue sociétal.

 

Vous présentez également une programmation de performances et d’œuvres sonores, bien que ce type d’œuvres soient souvent boudé par les collectionneurs…

Notre mission est également d’offrir une visibilité à des formes d’art qui, certes, font moins l’objet d’échanges commerciaux, mais qui ont cependant marqué l’histoire de l’art, au moins depuis le xxe siècle. La réactivation devant le Petit Palais d’une performance importante de l’artiste américain Allan Kaprow, véritable pourfendeur des idées reçues concernant l’art, sera un moment phare de la FIAC. Tout comme l’est, depuis deux ans déjà, notre parcours d’œuvres sonores Sounds by the river, enrichi cette année d’un partenariat avec la maison de la Radio qui offrira un accès à des archives essentielles.

 

FIAC 2015 au Grand Palais, Paris VIIIe, du 22 au 25 octobre, et Officielle aux Docks – Cité de la mode et du design, Paris XIIIe, du 21 au 25 octobre. Programmation hors les murs disponible sur www.fiac.com.

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok

Vue de la verrière du Grand Palais sous laquelle se déploient les stands des galeries présentes à la FIAC. Photo Marc Domage.

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