05 Mai

Que restera-t-il du XXIe siècle ? 10 artistes répondent

 

Dans le Marais à Paris, 10 artistes s'interrogent sur la trace que laissera notre époque, obsédée par la prédiction des comportements humains, l'image de soi et la communication.

Par Thibaut Wychowanok

Jerome Dumetz, La mémoire de l'eau, 2017 (lauréat design 2013), © Chantapitch Wiwatchaikamol

Cela fait déjà dix ans que les Audi talents awards récompensent chaque année plusieurs talents de la scène contemporaine (art, design, courts-métrages...). On leur doit de belles découvertes, comme l'excellent Neïl Beloufa en 2011, et la brillante idée cette année de célébrer cet anniversaire en regardant vers l'avenir. Les 10 anciens lauréats réunis dans l'espace du Marais présentent ainsi des œuvres nouvelles, inspirées d'une question vertigineuse : quelles traces laissera la vie du XXIe siècle ?

 

On distingue deux grands types de réponse. D'un côté, les artistes qui se confrontent à l'époque et à ses obsessions. L'œuvre majeure de l'exposition revient à cet égard à Neïl Beloufa. Le Français projette son film “Desire for Data” de 2015 au sein d'une nouvelle installation. La vidéo met en scène une équipe de scientifiques tentant d'analyser et de prédire les comportements d'adolescents réunis lors d'une fête. Qui sortira avec qui ? Comment réagira untel ? Mais très vite, le groupe de scientifiques lui-même semble réagir comme les adolescents : des rapprochements se dessinent. Et c'est le public de l'exposition qui se met à pronostiquer leurs actions. Observateur observé,  la mise en abîme proposée par Neïl Beloufa exprime parfaitement l'ambiguïté de notre époque où chacun observe l'autre.

 

 

 Le visiteur est invité à porter un casque virtuel qui retransmet en direct la vision d'une caméra placée au-dessus de son propre corps. 

Neil Beloufa, Data for Desire, 2015-2017 (lauréat art contemporain 2011), © Chantapitch Wiwatchaikamol

Ailleurs, c'est la collaboration entre Grégory Hervelin et le designer Franck Fontana qui nous rappelle au bon souvenir d'un autre gimmick de l'époque : la mise en scène de soi. Le visiteur est invité à porter un casque virtuel qui retransmet en direct la vision d'une caméra placée au-dessus de son propre corps. Le public devient alors spectateur de lui-même. Vertigineux. Encore plus littérale, l'œuvre qui donne son nom à l'exposition “06 75 72 33 32, Live a message” propose à tout un chacun d'appeler un numéro pour laisser le message de son choix. Dans une alcôve de la galerie, le public aura le loisir d'écouter les sons et perceptions de notre époque laissés sur ce répondeur éphémère imaginé par Arnaud Astruc, Benjamin Fournier-Bidoz, Alexandre Echasseriau et Franck Fontana.

 

Dans une alcôve de la galerie, le public aura le loisir d'écouter les sons et perceptions de notre époque.

 

 

D'autres artistes ont été plus inspirés par l'idée du temps qui passe et de la trace laissée par l'homme dans la nature. C'est ainsi que l'on peut comprendre, par exemple, l'installation d'Arnaud Lapierre : des gouttes d'eau colorées tombent lentement sur une pierre de Saint-Maximin, transformant par capillarité et sur le temps long le coloris du minéral. La trace de l'homme est diffuse mais implacable.

 

06 75 72 33 32, Live a message, exposition anniversaire des 10 ans Audi talent awards, galerie Audi talents, 23 rue du Roi de Sicile, Paris 4eme. Jusqu'au 28 mai.

 

 

Arnaud Lapierre, Capillarity, 2017 (lauréat design 2011), © Chantapitch Wiwatchaikamol

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