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Le dernier coup d’éclat d’Emmanuel Perrotin (et des artistes Elmgreen & Dragset)

 

Le célèbre galeriste français a privatisé une journée durant le Grand Palais pour exposer une unique œuvre des artistes Elmgreen & Dragset…

Par Thibaut Wychowanok

Portrait d’Elmgreen & Dragset devant l’installation d’un jour Elmgreen & Dragset présentent la Galerie Perrotin au Grand Palais à Paris le samedi 24 septembre 2016.

Photo: Claire Dorn, courtesy Galerie Perrotin

 

 

Cela pourrait n’être qu’une démonstration de force d’un des plus importants galeristes français. Pourtant, cette privatisation spectaculaire, le 24 septembre, d’un bijou architectural parisien, forcément très onéreuse, ne devrait pas faire oublier le véritable coup de maître de la journée : celui du duo d’artistes Elmgreen & Dragset.

 

Le Danois et le Norvégien ont installé dans un Grand Palais vide un stand identique en tout point à celui que la Galerie Perrotin proposera lors de la Foire internationale d’art contemporain. Elle se tiendra justement dans les mêmes murs un mois plus tard, du 20 au 23 octobre. Cette “œuvre-stand" a été érigée à l’emplacement précis réservé par la galerie pendant la FIAC. “Les murs, les pancartes, les éléments lumineux… tous sont l’exacte réplique de ce qui sera construit dans un mois. Nous avons de toute façon été obligés de travailler avec les mêmes entreprises que pour la FIAC”, nous confient les artistes. Les œuvres exposées sont également identiques à celles qui le seront à la foire : des pièces d’Elmgreen & Dragset bien sûr, mais aussi un KAWS, un Soto, un Murakami, un Veilhan, un JR… On pense bien sûr à leur installation Prada Marfa (2005), pour laquelle le duo avait érigé une boutique de luxe en plein désert texan. 

 

 

L’installation du stand dans un Grand Palais déserté modifie radicalement le rapport à l’espace.

Elmgreen & Dragset, The Collectors (2009). Danish and Nordic Pavilions – 53rd Venice Biennale

Photo by: Anders Sune Berg

 

 

Si l’idée du duo est simple, ses effets sont puissants. L’installation du stand dans un Grand Palais déserté modifie radicalement le rapport à l’espace. Les habitués de la FIAC se représentent bien la quantité de galeries que peuvent accueillir les lieux. Ils se souviennent forcément que le stand Perrotin est littéralement encerclé par d’autres stands. On voyait pourtant très mal, ce samedi 24 septembre, comment les faire entrer tant la construction d’Elmgreen & Dragset paraissait massive et avalait tout l’espace. Cependant, en s’éloignant, l’effet s’inversait. Ce vaste stand prenait des allures de petite maquette comme celles que le duo présentait au sein même du stand.

 

 

 

“La plupart des gens traversent les expositions comme des somnambules. C’est un challenge pour les artistes de proposer une expérience qui les intrigue et les sorte de leur torpeur.” Elmgreen & Dragset

 

 

 

Elmgreen & Dragset sont passés maîtres depuis longtemps dans l’élaboration de récits et de mises en scène qui brouillent les pistes entre le vrai et le faux, obligeant à reconsidérer le réel. “En jouant avec l’environnement de nos expositions, nous cherchons à troubler l’expérience du visiteur, nous confiaient-ils lors d’une visite de leur atelier à Berlin. Comment doit-il se conduire ? Est-il encore dans une exposition ? La plupart des gens traversent les expositions comme des somnambules. C’est un challenge pour les artistes de proposer une expérience qui les intrigue et les sorte de leur torpeur.” Ce fut un succès le 24 septembre. Les visiteurs étaient tout à coup pris de doute : pouvaient-ils pénétrer dans l’installation ? (Oui) Les collectionneurs pouvaient-ils déjà acheter les œuvres présentées ? (Oui, mais à condition de les prêter lors de la FIAC pour reproduire à l’identique le stand). “La seule véritable contrainte que nous avons imposée à Emmanuel Perrotin, c’est que toutes les œuvres soient dans des nuances de noir et de blanc”, confie le duo. L’effet est une nouvelle fois saisissant. L’espace blanc du stand semble se métamorphoser en un monochrome 3D au sein de duquel le visiteur évolue et devient l’un des protagonistes. 

 

 

“Il serait amusant d’imaginer que le stand reste ici jusqu’à l’ouverture de la FIAC, et que, finalement, toute la foire s’érige tout autour de lui.” Elmgreen & Dragset

Elmgreen & Dragset, Prada Marfa (2005). Adobe bricks, plaster, aluminum frames, glass, panes, MDF, paint, carpet, Prada shoes and bags. 760 x 470 x 480 cm. Unique.

Photo by: James Evans

Portrait d’Elmgreen & Dragset et Emmanuel Perrotin devant l’installation d’un jour Elmgreen & Dragset présentent la Galerie Perrotin au Grand Palais à Paris le samedi 24 septembre 2016.

Photo : Claire Dorn, courtesy Galerie Perrotin

 

Une autre spécialité du duo est de jouer avec les codes du milieu de l’art. À la Biennale de Venise en 2009, leur proposition tenait en la reproduction hyperréelle de l’appartement (avec ses œuvres) d’un collectionneur fictif que l’on découvrait par ailleurs noyé dans sa piscine. Aujourd’hui, l’intervention s’inscrit dans la continuité de leur exposition au Ullens Center for Contemporary Art (UCCA) à Beijing où Elmgreen & Dragset présentaient une foire d’art contemporain fictive contenant 88 de leurs œuvres. “Il serait surtout amusant, concluent les artistes, d’imaginer que le stand reste ici jusqu’à l’ouverture de la FIAC, et que, finalement, toute la foire s’érige tout autour de lui. Comme si le stand de la Galerie Perrotin était le centre du monde.” Le duo n’a jamais manqué, il est vrai, d’humour et d’ironie, même avec son galeriste.

 

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