Ian Davenport, l’artiste aux 1 000 couleurs de la Biennale de Venise

Invité par Swatch, Ian Davenport présente à Venise une peinture monumentale de 14 mètres aux plus de 1000 couleurs. Numéro en a profité pour rencontrer l’artiste qui dévoile une autre collaboration avec le label suisse : la montre en édition limitée “Wide Acres of Time”. 

Par Thibaut Wychowanok

Avec ses 14 mètres de long, et ses presque 4 mètres de haut, difficile de la rater. Giardini Colourfall, la peinture colorée et joyeuse de l’artiste Ian Davenport fait l’effet d’un ovni au sein d’une Biennale qui, comme à son habitude, préfère les sujets sérieux. Partenaire principal de l’évènement, le label suisse Swatch prend la liberté de jouer l’iconoclasme en invitant le Britannique, et affirme ainsi son implication dans un art accessible et grand public. Avec succès, puisque l’œuvre Giardini Colourfall s’est rapidement transformée en mur à selfies. Même accueil pour la montre réalisée par le peintre abstrait et spécialiste de la couleur reconnu depuis plus de vingt ans (il a notamment été nominé pour le Turner Prize en 1991 puis exposé à la Tate Gallery et à la galerie Xippas en France). De fait, la montre “Wide Acres of Time” (déclinée en 1966 modèles numérotés) ressemble à s’y méprendre à l’une de ses peintures. “La plus petite de mes œuvres”, plaisante l’artiste. Numéro l’a rencontré à l’ouverture de la Biennale, devant ce fameux mur aux plus de 1000 couleurs vibrantes.

 

Numéro : Comment est né ce mur de 14 mètres formé de plus d’un millier de couleurs ?

Ian Davenport : Ma technique, le pouring, implique de verser chacune des couleurs depuis le sommet de la structure en aluminium afin qu’elle coule et se mélange aux autres teintes lorsqu'elle arrive en bas. Les lignes fluctuent par la seule action de la gravité, créant des mouvements inattendus. L’œuvre forme ainsi comme une partition rythmée. Je n’aurais pas pu faire plus grand : le mur fait exactement la taille de mon studio !

 

 

“Chaque ligne de couleur est comme une note, une émotion. Elle résonne dans nos yeux.” Ian Davenport

 

 

D’où vous vient cette obsession pour la couleur ?

Les couleurs me surprennent toujours. Elles ne sont pas seulement belles, elles sont ambiguës et mystérieuses. Chaque ligne de couleur est comme une note, une émotion. Elle résonne dans nos yeux. Mais mon rapport à la couleur n’est pas que contemplatif. La création d’une œuvre est également une performance. La couleur est mouvement : chaque ligne met 30 à 40 secondes à se former. Le rapport au temps est essentiel. 

Quel lien entretenez-vous avec les grands peintres abstraits et les grands coloristes qui vous ont précédé ?

Lorsque j’étudiais, j’étais fasciné par Jackson Pollock et par sa pratique du dripping, cette manière qu’il avait de lancer la peinture telles des gouttes sur la toile. Il y a dans son œuvre ce mélange de contrôle et de hasard et cet aspect très chorégraphique dont je me sens très proche. J’ai sans doute été également très influencé par Andy Warhol. J’aime la manière dont il était obsédé par la répétition. Surtout, on oublie souvent qu’il était un excellent coloriste. L’un des meilleurs du XXe siècle… avec Matisse évidemment.

 

 

“Il y a dans l'œuvre de Pollock ce mélange de contrôle et de hasard et cet aspect très chorégraphique dont je me sens proche.” Ian Davenport

 

 

En quoi est-ce différent de travailler sur un produit comme une montre ?

Je n’ai pas du tout pensé à la montre Swatch comme à un produit, mais plutôt comme à une forme particulière de tableau ou de toile. La question était alors de savoir comment remplir cette forme. Contrairement au mur présenté à Venise, j’ai fait se mélanger les couleurs non pas à la base de la toile mais en son centre, là où se trouve le cadran de la montre. La montre est une véritable peinture de petit format, en aucun cas une image créée avec Photoshop.

 

L’œuvre “Giardini Colourfall” est visible au Pavillon Swatch dans les Giardini à la Biennale de Venise, jusqu'au 26 novembre 2017.