30 Novembre

Le collectionneur aux 16 000 antiquités Axel Vervoordt révèle son dernier joyau

 

L’esthète collectionneur Axel Vervoordt, heureux détenteur de seize mille antiquités, inaugure à Anvers la dernière partie d’un complexe architectural hors du commun. Il y déploie sa collection exceptionnelle. 

Par Oscar Duboÿ, Photos par Mario Palmieri

Le célèbre antiquaire et esthète Axel Vervoordt dévoile la dernière partie de Kanaal, un complexe architectural visionnaire conçu à son image. Son îlot triangulaire ne respecte peut-être pas les perspectives utopiques de la Renaissance, mais cette cité idéale ne s’annonce pas moins étonnante. Les flamboyances n’ont jamais été le genre de la maison, fidèle à cette sobriété érudite qui fait toute l’élégance anversoise. Inutile de chercher une pancarte le long du canal Albert, vous n’y trouverez rien. Repérez plutôt les silos, les mêmes qui ont séduit le marchand d’art en 1998, quand il lui a fallu trouver un lieu pour stocker les seize mille antiquités qui étouffaient dans son château de ‘s-Gravenwezel. Trop belle pour devenir une boutique, l’ancienne malterie du XIXe siècle sera le point de départ d’un projet bien plus ambitieux, baptisé Kanaal. L’un après l’autre sont arrivés les commerciaux, les architectes, les artisans, les historiens de l’art, tout ce que la grande machine Vervoordt compte de départements pour gérer deux galeries, les foires, les projets d’intérieur, la collection de mobilier, la fondation et désormais l’immobilier, puisqu’une centaine d’appartements ont été créés ici. Les habitants ont donc le choix entre les baies vitrées contemporaines construites par Bogdan & Van Broeck, les pièces circulaires réhabilitées dans les silos par Stéphane Beel ou les surfaces surélevées au-dessus des anciens bâtiments en briques par l’agence Coussée & Goris. Prière d’éviter les pots de fleurs chichiteux aux balcons, seul le paysagiste Michel Desvigne a été habilité à végétaliser les allées pour que l’ensemble reste naturel, toits compris. Déstructuré, oui, mais sans que rien ne dépasse.

 

 

“J’achète tout ce que j’aime et très vite, en moyenne deux cents pièces par mois.”

“Il n’y a aucune sélection par l’argent, viennent des gens intéressants qui aiment l’art, la musique…”, nous assure ce patron enthousiaste, en avalant une salade aussi verte que celles vendues au rez-de-chaussée dans la superette Cru – le nouveau concept 100 % local, frais et qualitatif. Plus loin, le long de la rue, c’est Poilâne, en attendant bientôt le restaurant, un kinésithérapeute et peut-être un dentiste. Du beau, du bon : il y a fort à parier que ces voisins seront adeptes de la même éthique. Comprenez, le Wabi. C’est le sésame, l’esprit qui plane sur tout le travail d’Axel Vervoordt, inspiré de ce concept zen spirituel et esthétique. Les imperfections d’une antiquité égyptienne, la patine d’une vieille chaise de berger, le vide d’une toile de Fontana, l’abstraction lumineuse de Jef Verheyen se mélangent dans l’univers Vervoordt et dans la pénombre de l’immense showroom, ici, à Kanaal. “J’achète tout ce que j’aime et très vite, en moyenne deux cents pièces par mois. On y trouve différentes civilisations et tout ce qui exprime la quiétude, l’intelligence silencieuse, un monde de paix. J’aime les choses authentiques, adoucies par cette seconde peau que le temps a laissée sur elles. Je préférerai toujours un bois massif non ostentatoire à un placage ou à une marqueterie neuve; dès qu’un meuble est poli, on en voit trop la forme, comme une richesse qu’il faudrait montrer. C’est l’art contemporain qui m’a permis de comprendre la beauté des choses simples pour leur faire une place à côté des plus importantes”, précise l’antiquaire.

 

 

“Je reste le marchand d’art que j’étais à mes débuts, un ramasseur de pierres qui veut rendre les gens heureux dans leur maison.”

Au milieu de Kanaal trône un dôme d’Anish Kapoor, At the Edge of the World. Hommage à l’art, totem divin, il est la pièce maîtresse de l’Axel & May Vervoordt Foundation, déjà très active depuis 2008, notamment au Palazzo Fortuny de Venise. Pendant que leur fils Boris développe les galeries et que son cadet, Dick, gère l’immobilier, Axel et sa femme, May, se consacrent au reste. Mais n’allez pas pour autant leur parler de décoration : “Le mot est trop superficiel, il ne s’agit pas uniquement de rechercher le beau, insiste-t-il. Au fond, je reste le marchand d’art que j’étais à mes débuts, un ramasseur de pierres qui veut rendre les gens heureux dans leur maison.” Si, dans ce hameau du bonheur, le temps paraît suspendu, le smartphone d’Axel Vervoordt n’a pas oublié de sonner. Le visage affable, l’homme nous fait une dernière confidence : “Je n’ai jamais voulu être le meilleur, mais j’ai toujours fait de mon mieux.” Ici, à Kanaal, tout a l’air d’aller très bien. Le mieux n’est peut-être pas l’ennemi du bien…

 

L’exposition inaugurale de la Axel & May Vervoordt Foundation présente dès le 30 novembre prochain des chefs-d’œuvres de la collection par des artistes des mouvements ZERO et Gutai, aux côtés d’objets anciens et archéologiques, symbolisant un dialogue universel entre l’Orient et l’Occident.

 

Trois expositions d’art contemporain sont présentées par la Axel Vervoordt Gallery.

 

•           Saburo Murakami : Rétrospective (1954-1996), du 30 novembre 2017 au 17 mars 2018 – Terrace Gallery

•           Lucia Bru : Rien ne change de forme comme les nuages, si ce n’est les rochers (L’archipel de la Manche, Victor Hugo), du 25 novembre 2017 au 13 janvier 2018 – Escher Gallery

•           El Anatsui : du 10 octobre 2017 au 13 janvier 2018 – Patio Gallery

 

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