09 Août

Les expos de l’été : le Jardin Infini du Centre Pompidou-Metz

 

De Pierre Huyghe à Bonnard, de Monet à Dubuffet, le jardin inspire aux artistes les expérimentations les plus folles. L’exposition du Centre Pompidou-Metz en témoigne jusqu’au 28 août, à travers un voyage qui vous emmènera de Giverny à l’Amazonie.

Par Thibaut Wychowanok

Hilma af Klint, The Birch [Le Bouleau], 1922 Aquarelle sur papier, 17,3 × 24,9 cm Järna, The Hilma af Klint Foundation HaK 639 © The Hilma af Klint Foundation Photo Albin Dahlström / Moderna Museet

A tous ceux qui se demanderaient encore ce que peut bien être l’art (de jolies peintures dans un musée ? un hobby de CSP+ ?), cette exposition du Centre Pompidou-Metz apportera une réponse éclairante. L’art est un jardin. C’est un monde clôt, c’est vrai, mais jamais réservé aux initiés : on y entre facilement. Comme le jardin, c’est un éco-système un peu brouillon, en perpétuelles mutations, bourgeonnant, générant de nouvelles formes. Il est fascinant. Tout comme le jardin, l’art influence son environnement, il pollinise les sociétés, les époques, les continents. Il est tout autant influencé par eux : par la littérature, la musique, le combat politique… Comme le jardin, l’art est un territoire esthétique mutant. Rien d’étonnant, alors, à ce que les artistes se passionnent pour un domaine si proche du leur.

 

 

Comme le jardin, l’art est un territoire esthétique mutant. Rien d’étonnant alors à ce que les artistes se passionnent pour un domaine si proche du leur.

 

 

Le Centre Pompidou-Metz en fait la démonstration cet été sur deux étages, invitant les grands noms de l’art du XXème et du XXIème siècle : Pierre Huygue, Claude Monet, Philippe Parreno, Jean Dubuffet, Fischli & Weiss, Gabriel Orozco ou Ernesto Neto. Chez la peintre suédois Hilma af Klint (1862 – 1944), le végétal inspire de nouvelles formes à la limite de l’abstraction. Ses aquarelles de fleurs forment des explosions de couleurs qui répondent dans la même salle au jaune d’une intensité extrême d’un mimosa peint par Pierre Bonnard depuis les hauteurs de Cannes et aux exubérances du « Printemps cosmique » de Kupka. Car c’est dans le jardin que les artistes vont chercher l’inspiration, mais aussi leurs couleurs, leurs pigments aussi. D’une cellule (un pistil de fleur, un pigment justement), émerge un univers foisonnant : le jardin se fait origine du monde, source de cet élan vital qui impulse la vie et la création. 

Pierre Bonnard, L'atelier au mimosa, hiver 1939, octobre 1946

Peinture, huile sur toile, 127,5 x 127,5 cm
Paris, Centre Pompidou - Musée national d'art moderne
© Adagp, Paris 2016
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat 

František Kupka, Printemps cosmique I, 1913-1914

Huile sur toile, 115 × 125 cm
Prague, Národní Galerie v Praze
© Adagp, Paris, 2016
akg-images / Universal Images Group / Sovfoto \ UIG 
 

Mais l’art, comme le jardin, n’a rien d’un Eden gentillet purement solaire. Au Centre Pompidou-Metz, ils se montrent plutôt sous leurs formes les plus telluriques, mutantes et surréalistes. La création n’est pas ordonnée, on est loin du jardin à la française. Même chez le Français Philippe Parreno. Son film “Continuously Habitable Zones“ nous plonge au cœur d’un jardin calciné et goudronné de ronces noires dessiné avec le paysagiste Bas Met. C’est un monstre éructant (la bande-son réalisée à partir d’infrabasses pénètre jusqu’aux tripes) qui nous rappelle qu’il y a aussi une « part maudite » et inquiétante à la création. Elle naît aussi du chaos.

 

 

Le jardin est un laboratoire et une extension de l’atelier de l’artiste.

 

 

D’ailleurs, dans le jardin, les règnes animal, végétal et minéral cohabitent et s’hybrident. Les corps sont mutants et « mal soignés ». Les tableaux aussi, à l’image de ceux de Dubuffet réalisés à partir d’ailes de papillons, de fragments végétaux ou de papiers machés formant comme un morceau de terre brunâtre (son chef d’œuvre "Messe de Terre"). Le jardin est un laboratoire et une extension de l’atelier de l’artiste comme le prouve un peu plus loin les célèbres Nymphéas de Monet. Quand il s’installe à Giverny en 1983, Monet réaménage peu à peu la propriété, commande ses premières plantes aquatiques. Son jardin d’eau est né.

Philippe Parreno, C.H.Z., Continuously Habitable Zones (« Zones continuellement habitables »), 2011 Vidéo HD, couleur, sonore, 12’49’’ Riehen, Fondation Beyeler © Philippe Parreno Courtesy Philippe Parreno et Esther Schipper, Berlin

Jean Dubuffet, Jardin au sol, automne 1958 Éléments botaniques, 24,5 x 37,5 cm Collection Fondation Dubuffet, Paris © Fondation Dubuffet/ADAGP, Paris, 2017

Germination, évolution et... décomposition bien sûr. Le grand cycle de la nature aboutit logiquement au jardin-cimetière. Il suffira d’une petite photo de Felix Gonzales-Torres (à peine 12 cm sur 17,8) pour tout dire. C’est un parterre de fleurs en plan rapproché. C’est surtout une tombe du cimetière du Père-Lachaise où la mécène de l’art moderne Gertrude Stein est enterrée aux côtés de son amour caché la femme de lettres Alice Toklas. Ces roses nées sur la décomposition des corps symbolisent évidemment l’amour éternel, mais forment aussi un pied de nez à la mort et aux conventions. Que peut-on attendre de mieux d’un jardin, et d’une œuvre d’art ? 

 

Jardin infini, de Giverny à l'Amazonie, Centre Pompidou-Metz, jusqu'au 28 août 2017. 

Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, 1917-1919 Huile sur toile, 130 x 120 cm Inv. 5165 Paris, musée Marmottan Monet © Bridgeman Images

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