La performance de la semaine : Tarik Kiswanson à la fondation des Galeries Lafayette

Jeune artiste d’origine suédoise à l’ascension fulgurante, Tarik Kiswanson présente sa première performance à Paris. Un événement à ne pas rater.

Par La rédaction

Workshop AS DEEP AS I COULD REMEMBER, AS FAR AS I COULD SEE, décembre 2017 © Martin Argyroglo

Après la Fondation Ricard, Tarik Kiswanson investit la fondation des Galeries Lafayette avec As deep as I can remember, as far as I can see, une performance que l’artiste présentera les 17, 18, 19 et 20 mai pour proposer au public une expérience polymorphe et polyphone.

 

Pour la décrire, Tarik Kiswanson évoque la cacophonie de voix et de sons que l’on entend en pénétrant dans le réfectoire d’une école à l’heure du déjeuner. Son œuvre, composée de deux éléments – un décor constitué de suclptures en plaques d’acier polies et une performance mettant en scène dix écoliers – s’apparente plus à un chaos organisé. Le décor fait écho aux œuvres précédentes de l’artiste qui a l’habitude de travailler le métal en grand format telles des lames de miroir. Les sculptures, suspendues, ont été conçues par Tarik Kiswanson qui les nomme Father Forms. Constituées de lames en acier poli miroir, coupées et polies à la main, ces pièces mesurent 4 mètres de hauteur, et rasent le sol. Lors de la performance, elles seront mises en mouvement par les enfants qui réciteront au sein de ce décor une partition  personnelle, entre poésie et sons lancinants. “Il sera question dans ces textes récités d’immigration, de sexualité, de premier amour, de haine, de pardon, explique l’artiste. Des mots seront communs à tous les textes. A des moments très précis, ils seront déclamés en même temps par tous les participants. La performance suit une mécanique très précise.” En tant qu’œuvre d’art totale, As far as I could remember, as far as I could see établit une relation entre la sculpture, le son et l’écriture pour renverser la frontière entre théâtre et art contemporain. “Mon travail consiste à briser l’idée de ce que doit être une sculpture, poursuit l'artiste. Je veux dépasser les catégories académiques et les classifications pour libérer le regard sur l’art.”

Workshop AS DEEP AS I COULD REMEMBER, AS FAR AS I COULD SEE, décembre 2017 © Martin Argyroglo

Cette ambition de briser le regard sur l’art se traduit de manière très littérale dans ses installations. Le métal poli et ciselé en différentes bandes brise le regard du visiteur en lui renvoyant, tel un miroir cassé, son image disloquée. L’architecture du lieu s’y reflète de manière tout aussi fragmentée. Installé au sein de la sculpture, le spectateur voit même son reflet se diffracter comme s’il était au centre d’une boule disco. “Mes œuvres jouent toujours avec le public et le lieu” commente l’artiste. Lors de son exposition au collège des Bernardins en 2016, le visiteur disparaît même dans les sculptures qu’il peut investir. “Il est submergé par la matière. Mes sculptures déconstruisent le spectateur qui les regarde autant qu’elles déconstruisent l’architecture qui les entoure. C’est un peu comme si mon monde personnel transformait le monde extérieur”.

 

 

Si les œuvres de l’artiste paraissent souvent abstraites, elles naissent pourtant de références intimes et historiques liées à sa double culture occidentale et arabe. Tarik Kiswanson vit à Paris, mais son univers culturel ressemble à un patchwork. Ses parents, palestiniens, se sont exilés en Jordanie après avoir dû quitter Jérusalem. Son père, souffleur de verre, a ensuite émigré dans le sud de la Suède, attiré par le savoir-faire et la réputation du pays dans cette discipline. C’est là qu’est né et a grandi Tarik, jusqu’à ce que la famille déménage en Angleterre quand il avait 15 ans. Puis il s’est inscrit en master à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts dont il a suivi l’enseignement tout en travaillant chez Balenciaga. “Finalement, ayant vécu dans cinq pays, j’ai toujours baigné dans un environnement hybride”

 

Certaines de ses sculptures en métal font ainsi référence à des casques moyenâgeux européens et à des niqabs anciens.Je superpose deux images ou deux idées et cela donne une forme abstraite où les références précises ne se reconnaissent plus… comme si je cherchais à construire une troisième voie” explique-t-il.

 

A l’occasion de ce cycle de performances, les textes de Tarik Kiswanson seront pour la première fois publiés aux éditions Jean Boîte. En novembre 2019, As deep ass I could remember, as far as I could see s’exportera à New York pour de nouvelles représentations dans le cadre de Performa 19.

 

“As deep as I could remember, as far as I could see” - Tarik Kiswanson - Performance les 17, 18, 19 et 20 mai 2018, Jeudi 17 mai : 18h-20h, Vendredi 18 mai : 18h - 20h, Samedi 19 et dimanche 20 mai : 16h - 18h - Performance en continu pendant 2 heures