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FIAC 2016 : dans les contre-allées de la foire d’art contemporain

 

Numéro est allé traîner loin des immenses galeries internationales et de leurs artistes stars à la rencontre de la nouvelle création contemporaine. Visite guidée en 15 œuvres, entre 700 et 65 000 dollars.

Par Thibaut Wychowanok

Puppies Puppies, Spaghetti Condom (2016), condom, 17 x 5 cm.

 

 

  1. 1. Puppies Puppies sur le stand de Balice Hertling (Paris)

 

Assister à une performance de Puppies Puppies (un homme particulièrement musclé est invité à se doucher en slip de bain au milieu de la galerie parisienne Balice Hertling, l’artiste apparaît déguisé en Bob l’éponge), c’est un peu vivre le pire (ou le meilleur, selon son goût) d’Internet en real life. Passé maître dans l’art de la dérision, l’Américain crée des œuvres fulgurantes et jubilatoires qui embrassent à pleine bouche la culture “n’importe quoi“ de l’époque, “entre un ready-made de Marcel Duchamp et une boutique Disney”, comme le dit si bien le critique Charles Teyssou. À la FIAC, Puppies Puppies propose son déjà célèbre préservatif aux spaghettis bolognaise (à reproduire chez soi) et un masque peint réalisé à partir d’une coquille de crabe.

 

Le masque : 4 500 euros.

Le préservatif spaghetti : 700 euros.

 

 

www.balicehertling.com

 

Will Benedict, I Voted from Hell (2016), gouache on foamcore and canvas, 190 x 130 x 3 cm.

 

 

  1. 2. Will Benedict sur le stand de Balice Hertling (Paris)

 

Installé à Paris, le Californien Will Benedict fait l’objet d’un bel engouement sur le stand de sa galerie Balice Hertling à la FIAC, comme au sein de l’exposition du prix de la Fondation Ricard pour lequel l’artiste a été sélectionné cette année. Dans ses tableaux, ce fils de publicitaire (son père a participé à l’élaboration des pubs McDonald’s) mêle avec dextérité références artistiques, photos de magazine, graphisme et sujets politiques.

 

Le tableau : 25 000 euros.

 

www.balicehertling.com

 

  1. 3. Korakrit Arunanondchai sur le stand de Clearing (New York-Bruxelles)

 

 

À moins de 30 ans, l’artiste d’origine thaïlandaise qui avait fait sensation au Palais de Tokyo en 2015 est sur tous les fronts. À la FIAC, la galerie présente son installation de la Biennale de Berlin et annonce sa participation à une exposition collective au Whitney Museum à New York, une résidence en Afrique du Sud et un tournage de vidéo en chantier en Thaïlande. Son solo show à Bozzano, en Italie, vient, lui, de se terminer. Un parcours international à l’image de l’artiste, dont les œuvres mêlent références à la pop culture occidentale et aux traditions orientales dans une grande partouze mondialisée. Son art, total et joyeusement anarchique, fait le grand écart entre le monde contemporain – nouvelles technologies et Internet – et les croyances ancestrales, son histoire personnelle et les grands sujets politiques et environnementaux. De nouvelles œuvres seront présentées à Art Basel Miami en décembre en attendant son exposition en mars chez Clearing à New York.

 

L’installation : 65 000 dollars (vendue).

 

www.c-l-e-a-r-i-n-g.com

 

 

4. Josephine Pryde sur le stand de Reena Spaulings (New York)

 

L’artiste conceptuelle est en lice cette année pour le prestigieux Turner Prize au Royaume-Uni. Sa galerie new-yorkaise en profite pour présenter à la FIAC une série de photographies : des zooms sur des mains se saisissant d’objets comme un téléphone ou un stylo. Un inventaire fascinant des chorégraphies de nos gestes quotidiens.

 

 

La photographie : 12 000 dollars.

 

www.reenaspaulings.com

  1.  
  2. 5. Mika Rottenberg sur le stand de la galerie Laurent Godin (Paris)​

 

L’artiste née en 1976 à Buenos Aires et installée aux États-Unis a eu récemment les honneurs du Palais de Tokyo. Elle y présentait ses vidéos et installations, souvent fantaisistes, où le corps est mis en scène dans des situations absurdes. Mika Rottenberg s’est ainsi fait connaître pour son travail autour des femmes utilisant leur corps comme outil de travail et “matière première”. Le corps, il en est encore question dans les dessins présentés par la galerie Laurent Godin, qui convoquent son univers saugrenu et des empreintes de ses fesses et de ses mains.

 

Le dessin : 12 000 dollars.

 

www.laurentgodin.com

  1. 6. Trisha Baga sur le stand de Vilma Gold (Londres)

 

Trisha Baga n’a pas encore 30 ans et elle a déjà exposé au Whitney Museum, au MoMA PS1 et au sein de l’exposition collective Co-Workers au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Totalement incongrues, ses vidéos et performances rassemblent le plus souvent une constellation d’objets quotidiens et de références aléatoires qui, mis ensemble, forment des fictions souvent comiques, à l’image de l’installation proposée par l’excellente galerie Vilma Gold. Trisha Baga l’a conçue en résonance avec le thème du paysage, thème choisi cette année par sa galerie pour son stand sur la FIAC. Puisque l’on y voit notamment une peinture de Jean Bazaine intitulée La Biche aux bois, l’Américaine a décidé de proposer sur un écran de télé l’image d’une biche. Un animal qu’elle aurait rencontré dans un parc au Japon, où elle a réalisé l’œuvre, et qui serait venu dévorer son croissant. Le sachet de boulangerie (sans le croissant, évidemment) posé devant l’écran vient en témoigner.

 

L’installation : 10 000 dollars.

 

vilmagold.com

  1. 7. Boris Achour sur le stand de la Galerie Allen (Paris)

 

L’artiste français présente sur le stand de la galerie Allen une série de sculptures joliment intitulée Le Baiser. Hommage aux œuvres du même nom de Rodin ou Brancusi, elles font s’embrasser un objet ready-made (une chaise présente dans l’atelier de l’artiste depuis des années) et une réalisation de l’artiste. Comme tous les baisers, ces assemblages sont parfois harmonieux, parfois violents, mais jamais exempts de tension. Chacun semble raconter une histoire très personnelle. On y retrouve toujours avec le même bonheur l’esthétique de BD et de cartoon chère à l’artiste. Un tabouret se voit par exemple rajouter un pied en forme de patte du chat Krazy Kat issu du célèbre comics américain de George Herriman.

 

La sculpture : entre 9 000 et 12 000 euros.

 

www.galerieallen.com

  1. 8. Philipp Timischl sur le stand de la Galerie Emanuel Layr (Vienne)

 

Jeune prodige de l’ère digitale, le jeune Viennois Philipp Timischl s’est fait connaître avec des sculptures composées de photographies et d’écrans diffusant des images ou des vidéos personnelles ou détournées à la manière d’un Tumblr géant. La Galerie Emanuel Layr propose aujourd’hui à la FIAC une partie de son exposition à la Halle für Kunst de Lüneburg, soit trois tableaux et trois sculptures-écrans recouvertes d’une couette telle une cagoule et projetant soit une série télé (Lost ou Game of Thrones) soit la vidéo d’une bloggeuse YouTube. Il y a deux ans, l’artiste confiait à Numéro : “J’ai surtout découvert l’art sur Internet et dans les magazines. Je n’allais pas dans les galeries, je pensais que c’était payant.” Ses œuvres s’y vendent aujourd’hui entre 5 000 et 6 500 euros, un juste retour des choses. 

 

Le tableau ou la sculpture-écran : entre 5 000 et 6 500 euros.

 

www.emanuellayr.com

  1. 9. Théo Mercier sur le stand de la galerie Bugada & Cargnel (Paris)

 

Né en 1984, Théo Mercier a déjà un CV bien rempli. Diplômé de l’École nationale supérieure de création industrielle de Paris, le Français est passé par l’underground berlinois, l’atelier de Matthew Barney, le Palais de Tokyo, le musée d’Art moderne de Paris, la villa Médicis… et aujourd’hui le musée d’Art contemporain de Marseille. À la FIAC, il présente justement une réplique d’une de ses installations marseillaises : un amas de masques africains cassés. L’artiste les a en effet récupérés endommagés après leur transport par bateau entre l’Afrique et l’Europe. Une manière de faire référence aux sort des migrants que le voyage laisse rarement indemnes, comme de rappeler à quel point les Occidentaux ont “emprunté” à l’Afrique, dans l’histoire de l’art notamment (la figure du masque africain ayant inspiré les plus grands).

 

La sculpture ou l’installation : de 15 000 à 28 000 euros.

 

www.bugadacargnel.com

  1. 10. Charbel-joseph H. Boutros sur le stand de Grey Noise (Dubaï)

 

Passé maître dans l’art de la mise en place de protocoles, l’artiste franco-libanais au romantisme très conceptuel a laissé toute une nuit (sans lune) un bloc de marbre blanc dans une forêt située au mont Liban (plus haut sommet du Proche-Orient). L’espace vacant du bloc de 1 cm3 est resté ouvert pour accueillir cette nuit, puis a été scellé… et présenté à la FIAC. Une poésie rafraîchissante.

 

La sculpture : 13 000 euros.

 

www.greynoise.org

  1. Rometti Costales, Artefacts Travelling in the Depths of a Marbles Surface I (2015), C-print, 13 x 19 cm, size frame, 65 x 95 cm.

    Courtesy de l’artiste et de la Galerie Jousse Entreprise, Paris.

    Photo : © Paul Nicoué.

 

 

  1. 11. Rometti Costales sur le stand de Jousse Entreprise (Paris)

 

Derrière Rometti Costales, on trouve la Française Julia Rometti et l’Équatorien Victor Costales aujourd’hui installés au Mexique. Le duo, dans ses photos de 2015, s’intéresse au “perspectivisme” qui veut que toute perception du monde soit conditionnée par un point de vue… particulièrement celui de l’homme, qui n’aurait donc jamais accès à une réalité objective. Les artistes travaillent justement à changer de point de vue. Dans leurs photographies réalisées dans un musée privé mexicain, on perçoit les reflets, sur différentes dalles de marbre, des artefacts précolombiens et des néons qui les éclairent, comme si ces sculptures n’étaient plus observées depuis une vision humaine (de face et à hauteur d’homme), mais depuis le sol. Troublant.

 

 

Le dyptique : 8 500 euros.

 

www.jousse-entreprise.com

 

 

Détail.

  1. 12. George Henry Longly sur le stand de la galerie Valentin (Paris)

 

Le très en vogue artiste britannique, qui a exposé en janvier dernier chez Valentin et pour la première fois à New York cet été, présente à la FIAC des stèles de marbre (80 x 55 cm) consacrées chacune à un signe du zodiaque. Exposées au sein d’une même structure mécanique, elles forment une carte astrale mystérieuse.

 

La stèle : 8 000 euros.

 

www.galeriechezvalentin.com

  1. 13. Adam McCollum sur le stand de MFC – michèle didier (Paris)

 

À la FIAC, il y a aussi des livres. Pour preuve : deux volumes d’Adam McCollum. Depuis 2006, l’artiste né en 1944 s’est lancé dans un projet fou, The Shapes Projects : réaliser une sculpture unique et originale pour chaque habitant de la planète au moment où la population aura atteint son pic. Il en est aujourd’hui à 31 milliards de formes. Les deux livres en présentent seulement certaines.

 

 

3 600 euros.

 

www.micheledidier.com

 

  1. 14. Darja Bajagic le stand de la New Galerie (Paris)

 

L’artiste de 25 ans originaire du Monténégro, aujourd’hui installé à New York, se passionne depuis son diplôme à Yale pour la sous-culture gothique, notamment pour sa très importante communauté féminine à Chicago. Les deux portraits exposés sur le stand de la New Galerie représentent deux femmes gothiques, l’une victime (tuée par son petit ami), l’autre bourreau (de sa petite copine). Pourtant, les médias leur ont réservé le même traitement, comme si leur style vestimentaire et capillaire faisait forcément d’elles des meurtrières. Tout aussi passionnantes, les enquêtes de Darja Bajagic dans les confins du Web, où les sites néonazis et racistes s’emparent de l’esthétique gothique pour mieux séduire la jeunesse… 

 

Le double portrait : vendu.

Le tableau : 14 500 dollars.

 

www.newgalerie.com

 

  1. 15. Arnaud Labelle-Rojoux sur le stand de la galerie Loevenbruck (Paris)

 

Professeur à la Villa Arson, Arnaud Labelle-Rojoux avait fait sensation lorsqu’il avait présenté à la FIAC, en pleine crise financière, son Il vaut mieux une bonne œuvre qu’une mauvaise action. Cette année, il y présente un ensemble de tableaux de maîtres… de chiens, qui ont peint eux-mêmes, avec toute l’affection et l’amour possible, leur très précieux meilleur ami. Quoi de mieux qu’une foire pour présenter des animaux ?

 

loevenbruck.com

 

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