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Visite guidée de la FIAC 2015 au Grand Palais

 

Alors que s’ouvre enfin au public la Foire internationale d’art contemporain à Paris, Numéro revient sur les événements artistiques qui l’ont précédée et propose une visite guidée des stands installés au Grand Palais.

Ugo Rondinone au stand de la Gladstone Gallery.

La semaine de la FIAC avait très bien commencé. Dès dimanche, on s’agitait fort autour des expositions des stars américaines de l’art contemporain Sterling Ruby et Julian Schnabel. Ce dernier fêtait son grand retour à la peinture à la galerie Almine Rech. Scarlett Johansson y déployait sa nouvelle coiffure, plus courte. C’était très beau. À la Gagosian Gallery du Bourget, Raf Simons avait spécialement fait le déplacement pour soutenir son ami californien. Le mercredi soir, il co-organisait d’ailleurs une soirée d’anthologie au musée de la Chasse et de la Nature, où Sterling Ruby présente également des œuvres. Dans le parking, même sous l’emprise des mojitos abondamment servis, les invités ne s’inquiétaient pas vraiment des bois de cerf qui constellaient le plafond pour l’occasion. Ni même de la gigantesque tête de bison. Les collectionneurs, comme d’habitude, évitaient la piste de danse, se refusant à froisser leurs costumes. Heureusement, le créateur, lui, était là pour enfiévrer la piste.

Le lundi, c’est l’immense exposition-déclaration d’amour de l’artiste Ugo Rondinone au poète John Giorno au Palais de Tokyo qui faisait sensation. Une œuvre en particulier jaillissait sur tous les réseaux sociaux, dans un grand orgasme de partage : I want to cum in your heart (“Je veux jouir dans ton cœur”). Le mardi, dans un autre genre, c’était au tour de Christian Boltanski de révéler son œuvre-exposition offerte à Marian Goodman pour les 20 ans de sa galerie parisienne. On aura rarement évoquer avec autant de subtilité le temps qui passe et la mort qui guette. L’exposition s’appelle “Faire-Part”. Il y eut quelques larmes. 

On en oublierait presque que la semaine de la FIAC n’est pas seulement LA semaine de l’art à Paris, mais surtout une foire d’art contemporain avec sa flopée de stands installés au Grand Palais. Le vernissage avait lieu ce mercredi avant l’ouverture au public le jeudi. On conseillera d’éviter la fosse aux lions dans un premier temps – les grandes galeries internationales au cœur de la bâtisse – pour déambuler plus à son aise dans les étages, où s’expose une excellente sélection de galeries à taille humaine. Au salon d’honneur, Balice Hertling met en avant son poulain très en vogue, Neil Beloufa. Les œuvres présentées sont percutantes et esthétiques. Elles se sont évidemment très bien vendues. C’est aussi que l’artiste était en lice pour le prix Marcel Duchamp. Au dîner des amis du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, la veille du vernissage, les paris étaient ouverts. Un célèbre galeriste assurait que les jeux étaient faits. Il est vrai qu'avec sa notoriété internationale, une prochaine exposition au MoMA à New York, et surtout la fâcheuse tendance de ce prix à consacrer des artistes déjà consacrés – Neil Beloufa ne pouvait que l’emporter. Chez les amis de l’artiste, on en était beaucoup moins sûr. Il se murmurait que, compte tenu de la faible représentation féminine, c’était à coup sûr la (seule) artiste femme nominée qui volerait la mise : Zineb Sedira. Et le talent dans tout ça ? On l’avait oublié après les quelques verres d’un excellent Château. 

Du Neil Beloufa, encore, il en était question plus loin à la galerie de Los Angeles François Ghebaly. Son directeur se flattait de n’avoir présenté aux Amériques que deux artistes français depuis son ouverture en 2008 : l’ami Neil et Davide Balula. Deux nominés du prix Marcel Duchamp de cette année ! Quel talent ! Chez Catherine Bastide, une très belle et très méritée place était faite à Oliver Osborne dont des dessins de bande dessinée viennent peupler avec humour ses peintures. Une réussite. La galerie new-yorkaise Real Fine Arts s’en sortait également très bien avec Antek Walczak tout comme Peres Projects de Berlin avec Mark Flood. À la galerie londonienne Pilar Corrias, on parie (à raison) du le jeune prodige Ian Cheng. Sa vidéo aux graphismes de jeu vidéo des années 90 n’est rien d’autre qu’un programme informatique proposant un voyage épique parmi des paysages rougeoyants. Elle fait suite à celle diffusée sur écran géant à Frieze New York en mai. Gros succès, assure la galeriste qui lui consacre actuellement une exposition à Londres. Il ne resterait qu’une édition disponible sur les sept… La ficelle est un peu grosse mais on espère que le succès est vraiment au rendez-vous.

Car il est bien question de vente, à tous les étages. Toujours au premier niveau, la galerie Jousse met en avant Julien Prévieux, lauréat du prix Marcel Duchamp 2014. C’est que l’artiste vient d’inaugurer son exposition au Centre Pompidou. La pratique est courante. Chaque artiste ayant droit à une exposition dans une grande institution se voit immédiatement mis en avant dans autant de galeries possibles à la FIAC. Certains s’en sortent mieux que d’autres. Si Dominique Gonzalez-Foerster peut se réjouir de sa sublime rétrospective à Beaubourg, la plupart des œuvres sont présentées, çà et là, de manière opportuniste. Ugo Rondinone s’en sort mieux grâce au très beau stand que lui consacre la Gladstone Gallery dans la fosse aux lions des grandes galeries. Chez les empereurs de l’art, justement, on ne cherche apparemment pas l’originalité. À part Gavin Brown qui a décidé de proposer, derrière un rideau rouge très théâtral, un accrochage à l’anglaise : des dizaines d’œuvres recouvrant littéralement chaque mur, et mêlant Martin Creed, Rob Pruitt, Nick Relph… Et ça fonctionne. 

Ailleurs, certains artistes restent immanquables : David Maljkovic chez Metro Pictures, Baselitz chez Thaddaeus Ropac, Anish Kapoor chez Kamel Mennour, Ryan Trecartin et David Altmejd chez Andrea RosenJoyce Pensato chez Captain Petzel, Matt Saunders chez Marian Goodman, Alex Hubbard, Sarah Morris, Latifa Echakhch ou Alicja Kwade un peu partout. Les affaires sont florissantes. En tout cas, on essaie de nous le faire croire. Chez White Cube, on se réjouit de la vente d’une "petite" œuvre de Damien Hirst à 120 000 livres. On s’attardera plutôt sur les magnifiques Tracey Emin. Chez Emmanuel Perrotin, les artistes sont presque tous là. On passe d’un Elmgreen & Dragset à un Daniel Arsham, d’un Bharti Kher à un Takashi Murakami, d'un Maurizio Cattelan à un Wim Delvoye… Certains sont même présents en personne : Xavier Veilhan et Jean-Michel Othoniel. Mais ils ne sont pas à vendre. Sur la grande table, quatre MacBook sont ouverts, chacun pour un collectionneur. On ne parle même pas des assistants et de leurs iPad. On vend. Beaucoup apparemment. C’est aussi que la nouvelle foire Asian Now – qui vient de s’ouvrir à Paris – a amené dans son sillage de nombreux collectionneurs asiatiques qui en ont profité pour visiter une FIAC qu’ils ne fréquentaient guère auparavant. 

 

Enfin, Chantal Crousel, qui vient de célébrer ses 35 ans d’activité, offre un magnifique show. Deux sublimes photographies de Wade Guyton, des sculptures de Jean-Luc Moulène, des œuvres des géniaux Danh Vo, David Douard et Melik Ohanian… jusqu’à un impressionnant Wolfgang Tillmans. Tous excellents. Après une telle épopée, le soleil se couche sur le Grand Palais pour révéler une nouvelle surprise. La structure lumineuse de l’artiste Wu Tsang conçue en collaboration avec Swarovski surplombe avec majesté l’espace. Elle a été réalisée dans les ateliers de la maison à Wattens. Jennifer Flay, directrice de la FIAC, n’est pas pour rien dans ce choix. Le message est clair. Il faut que ça brille.

 

Par Thibaut Wychowanok

 

FIAC 2015 au Grand Palais, Paris VIIIe, du 22 au 25 octobre, et Officielle aux Docks – Cité de la mode et du design, Paris XIIIe, du 21 au 25 octobre. Programmation hors les murs disponible sur www.fiac.com.

 

 

Exposition de Julian Schnabel :

“Jack Climbed Up the Beanstalk to the Sky of Illimitableness Where Everything Went Backwards” de Julian Schnabel

Galerie Almine Rech, 64, rue de Turenne, Paris IIIe

Jusqu’au 14 novembre 2015.

 

Expositions de Sterling Ruby :

PARIS, Gagosian Gallery, 26, avenue de l’Europe (Paris-Le Bourget), à partir du 18 octobre,

et 4, rue de Ponthieu (Paris VIIIe), jusqu’au 19 décembre.

STOVES, musée de la Chasse et de la Nature, 62, rue des Archives, Paris IIIe, jusqu’au 14 février 2016.

 

Exposition de Christian Boltanski :

FAIRE-PART, Galerie Marian Goodman, 79, rue du Temple, Paris IIIe, jusqu'au 19 décembre.

mariangoodman.com.

 

L'oeuvre de Wu Tsang au Grand Palais.

 

Crédit Photo : Swarovski Series – Wu Tsang 2015

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