Lors du dernier Festival de Cannes, cinéphiles et journalistes n’avaient qu’un mot à la bouche pour évoquer la performance d’Arnaud Valois dans le film de Robin Campillo, 120 battements par minute. On parlait de lui comme d’une “révélation”. 33 ans semble un drôle d’âge pour surgir aux yeux du monde. Mais dans le cas de ce jeune homme timide à la beauté émouvante, le mot prend une dimension multiple. Car Arnaud Valois est né deux fois au cinéma.

 

Sa première naissance a eu lieu au milieu des années 2000. Après avoir suivi la classe libre du Cours Florent, le jeune homme originaire de Lyon est choisi par Nicole Garcia pour tenir un rôle dans Selon Charlie en 2006. Il enchaînera avec Cliente de Josiane Balasko deux ans plus tard, avant La Fille du RER d’André Téchiné en 2009. Une disparition progressive a suivi, un retrait des projecteurs… comme un fondu au noir. “Les rôles ne s’enchaînaient pas exactement comme j’en avais envie, je ne trouvais pas l’espace pour m’exprimer et je refusais de faire des concessions artistiques. Plutôt que d’entrer dans l’aigreur, la tristesse ou la frustration, je me suis dit : ‘Va te réaliser ailleurs.’ J’ai entamé une reconversion dans le bien-être.” Aujourd’hui, Arnaud Valois exerce une activité florissante de sophrologue et de masseur thaï à Paris.

 

L’intensité de 120 battements par minute l’a donc saisi quand il avait tourné le dos au cinéma. “Alors que mon activité à Paris commençait à bien prendre, la directrice de casting de Robin Campillo m’a appelé pour savoir si j’étais toujours comédien. Sachant que le réalisateur d’Eastern Boys – film que j’avais vu et aimé – était concerné, j’y suis allé. Cela a duré trois mois et demi. Robin adore les acteurs, il a besoin de se reposer sur eux, donc il doit être très sûr de ses choix. Je me suis retrouvé à revenir toutes les semaines, au point que cela m’a rappelé certaines des raisons pour lesquelles j’avais quitté cette vie. Par lassitude, j’ai annoncé mon renoncement… et Robin Campillo m’a appelé le lendemain pour m’offrir le rôle.

 

“Au bout de plusieurs semaines de tournage, je ne jouais quasiment plus, l’histoire me portait tant j’avais intégré cet univers. Robin Campillo m’a demandé de tout lâcher et de tout donner, c’est ce que j’ai fait.”

 

Dans le film, Arnaud Valois incarne Nathan, un jeune homosexuel qui s’engage à Act Up, au début des années 90, pour militer contre le sida. “C’est un personnage qui se remplit au fur et à mesure. Et comme nous tournions dans la chronologie du scénario, j’ai pu ressentir son évolution de manière très intime.” D’abord effacé, voire décontenancé, Nathan rencontre un autre garçon (interprété par Nahuel Pérez Biscayart) avec qui il vit une histoire d’amour fulgurante. “Nahuel a dû perdre du poids pour la fin du film, je l’ai vécu en direct à ses côtés. Il y avait un effet de réalité. Au bout de plusieurs semaines de tournage, je ne jouais quasiment plus, l’histoire me portait tant j’avais intégré cet univers. Robin Campillo m’a demandé de tout lâcher et de tout donner, c’est ce que j’ai fait. Cela peut être dangereux, mais avec son regard bienveillant, c’était un plaisir, d’autant que ce film porte une vibration utile et nécessaire. On a l’impression d’un récit ultramoderne qui traverse les époques et les genres. Même s’il parle d’une période révolue, 120 battements par minute correspond au réveil d’aspirations moins égoïstes au sein de nos sociétés, où le groupe reprend un peu sa place.

 

Après cette seconde naissance au cinéma, Arnaud Valois est-il redevenu acteur ?D’un certain côté, oui. Quelque chose de très naturel est revenu, mais libéré de toutes les techniques scolaires que j’ai apprises. Il y a dix ans, je jouais énormément avec le cerveau, maintenant je joue avec le cœur. Mais surtout, ce n’est plus vital pour moi d’être acteur, car j’ai une autre activité que je compte poursuivre. Je laisserai de la place si de beaux projets se présentent, mais la dépendance, c’est terminé. J’ai gagné cette certitude.