L'artiste et réalisateur Clément Cogitore (prix de la fondation Ricard en 2016) a entrepris un long voyage. Il a accédé à un territoire placé sous le joug de deux familles dont les frontières ont été dictées par un vieux conflit ancestral. Aux confins de la taïga sibérienne, forêt boréale colossale où la nature a les pleins pouvoirs, les Braguines et les Kilines. Séparées par un bras d’eau, ces deux clans se sont approprié une île pour vivre en autarcie. Malgré le conflit latent, les enfants semblent s’extirper de cette querelle.

 

Dans son précédent long-métrage Ni le ciel ni la terre, Clément Cogitore nous plongeait dans le film de guerre inspirée de récits d’officiers. Au cœur des contrées afghanes, il y confrontait la croyance rationaliste à la croyance religieuse. Avec son court-métrage Braguino, il révèle cette fois des paysages époustouflants et articule son récit comme un documentaire en y injectant des éléments fantastiques : “Je m'étais dit que j’aimerais filmer dans de grands espaces. J’avais, comme beaucoup, entendu parler des Vieux-Croyants, une confession orthodoxe minoritaire en Russie. Dès le Moyen Âge, ils se sont petit à petit enfoncés dans la forêt pour échapper à l’autorité de l’État et de l’Église, qui les persécutaient”, confie-t-il.

 

Clément Cogitore suit ainsi le quotidien d’individus à la crinière platine pris dans une controverse quasi mythologique. À quelques pas du cinéma ethnographique, le réalisateur s’éprend d’une communauté alternative indépendante, son documentaire est “un lieu de contemplation et de peur, où on imagine des monstres, où se construit le récit épique, où se fabriquent les premières maisons de l’enfance.”

 

Braguino de Clément Cogitore, en salle le 1er novembre.