550

Pourquoi Charlotte Rampling est-elle un mythe vivant?

 

Icône sulfureuse du cinéma français et égérie de la maison Loewe cette saison, Charlotte Rampling fascine toujours autant. Numéro revient sur un mythe subversif qui ne cesse de croître et d'intriguer.

Portier de nuit de Liliana Cavani (1974).

Muse du grand écran

 

À contempler la carrière de cette beauté vénéneuse, le terme “audace” s'impose immédiatement. C’est d’ailleurs cette audace qui lui a valu son premier rôle phare, dans Portier de nuit de Liliana Cavani où elle campe une ancienne déportée juive tombant amoureuse de son bourreau SS. Elle incarnera à plusieurs reprises ce rôle de femme certes fatale, mais généralement brisée, névrotique et obsédante. Au point d’être remise en question par la critique, notamment lorsqu’elle endosse en 1985 le rôle d’une femme mariée ayant pour amant un chimpanzé dans Max mon amour de Nagisa Oshima. Dans une interview donnée à Numéro en 2000, elle justifiait cette versatilité : “Il y a un appel, je n’ai pas le choix. Il y a un mouvement intérieur, dans le corps, qui fait que j’accepte. La peur de ce que les gens vont en percevoir vient après, toujours.” 

Dans une industrie où les acteurs sont de plus en plus frileux, Charlotte Rampling semble oser et expérimenter sans peur. 

Max mon amour de Nagisa Oshima (1986).

Une audace dans ses choix de films et de réalisateurs, mais surtout dans son jeu d’actrice qui lui a valu un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 2001. L’ultime consécration malgré une carrière considérée par beaucoup comme inégale, qui alterne entre grands moments de cinéma, comme sa prestation bouleversante dans Sous le sable de François Ozon, et rôles plus discutables, tel celui du Dr Evelyn Vogel dans la saison finale de la série Dexter. Dans une industrie où les acteurs sont de plus en plus frileux et minimisent la prise de risque, Charlotte Rampling semble oser et expérimenter sans peur. 

Parfois nue, souvent en noir et blanc, rarement le sourire aux lèvres… au fil des clichés apparaît la sexualité assumée de l'actrice.

W Magazine par Juergen Teller (2015).

D’Helmut Newton à Juergen Teller : une aura capturée par les maîtres de la photographie

 

La légende veut que, lors de ses débuts de carrière en tant que mannequin, Charlotte Rampling s’est vu demander par son agent de se faire rehausser les paupières. Un refus catégorique et une première prise de position de la part de l’actrice, qui se doutait peut-être que son regard incandescent séduirait les grands noms de la photographie comme Helmut Newton, Peter Lindbergh ou encore Juergen Teller. Parfois nue, souvent en noir et blanc, rarement le sourire aux lèvres… au fil des clichés apparaît la sexualité assumée de l’actrice. Et ce de manière intemporelle, qu’il soit question du cliché de 1973 signé par Helmut Newton à l’hôtel Nord-Pinus II à Arles, où la muse Rampling trône complètement nue sur un bureau en bois massif, les jambes décroisées et dévoilant comme seule parure un regard des plus défiants, ou de la série Le Louvre de 2009, photographiée par le tout aussi subversif Juergen Teller, qui dévoile l’actrice encore une fois totalement nue prenant la pose devant la Joconde sans véritable volonté esthétique ni érotique.

Elle enchaîne les plateaux d’Un taxi mauve d’Yves Boisset à Stardust Memories de Woody Allen.

Les années Jean-Michel Jarre : un mythe sonne toujours mieux à deux

 

Alain Delon et Romy Schneider, Romain Gary et Jean Seberg ou encore Catherine Deneuve et Marcello Mastroianni, un mythe sonne toujours mieux à deux et Charlotte Rampling ne déroge pas à la règle. En 1976, elle rencontre le pionnier en matière de musique électronique en France Jean-Michel Jarre. Ils deviennent en quelques mois l’un des couples les plus médiatisés de l’époque. Lui transcende les années 70 avec son premier album Oxygène vendu à 18 millions d’exemplaires, tandis qu’elle enchaîne les plateaux d’Un taxi mauve d’Yves Boisset à Stardust Memories de Woody Allen. Leur relation durera 20 ans et nourrira tous les fantasmes du public. Et malgré leur rupture, ils ne resteront jamais loin l’un de l’autre et de leurs projets respectifs : l’exposition mettant à l’honneur l’actrice à la maison de la photographie Charlotte Rampling – Albums secrets (2012) sera ainsi portée par une installation sonore de Jean-Michel Jarre, d’ailleurs présent à l’inauguration.

On ne s’étonnerait presque pas de la voir, à 70 ans, nouvelle égérie Loewe pour le Lookbook Loewe S/S17 shooté par Jamie Hawkesworth.

Lookbook Loewe S/S17 shooté par Jamie Hawkesworth.

 

 

De l’ombre à la lumière, et inversement

 

Charlotte Rampling cultive jalousement sa part d’ombre. Un silence radio de plus de cinq ans entre deux films, des retraites dans un monastère tibétain ou au fin fond de l’Afghanistan, la sortie d’un album de chansons intitulé Comme une femme, cette icône du XXe siècle suit ses envies tout en se préservant d’une exposition médiatique trop longue. Dans le documentaire The Look qui lui est consacré, l’actrice parle de cette exposition comme d’une “bête envahissante qu’il faut apprendre à dompter”. On ne s’étonnerait presque pas de la voir, à 70 ans, nouvelle égérie Loewe pour le lookbook Loewe S/S17 shooté par Jamie Hawkesworth. Des photos audacieuses qui mettent en scène l’actrice en monarque renaissant, une lady Macbeth parée de Loewe prête à conquérir de nouveaux territoires. En la choisissant, Jonathan Anderson semble avoir saisi une idée fondamentale, le mythe Rampling ne peut que se réinventer.

 

 

Par Chloë Fage

“The Marvelous Mrs. Maisel”, la série comique qui a tout rafflé aux Emmys
896

“The Marvelous Mrs. Maisel”, la série comique qui a tout rafflé aux Emmys

Culture Sacrée meilleure série comique 2018, “The Marvelous Mrs Maisel” a remporté cinq statuettes à la 70e cérémonie des Emmy Awards, qui récompense les meilleures séries américaines. Focus sur le triomphe de ce projet produit par Amazon.   Sacrée meilleure série comique 2018, “The Marvelous Mrs Maisel” a remporté cinq statuettes à la 70e cérémonie des Emmy Awards, qui récompense les meilleures séries américaines. Focus sur le triomphe de ce projet produit par Amazon.  

La 3e Scène de l'Opéra de Paris accueille l'univers mystérieux d’Apichatpong Weerasethakul
803

La 3e Scène de l'Opéra de Paris accueille l'univers mystérieux d’Apichatpong Weerasethakul

Culture Le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Palme d’Or au Festival de Cannes en 2010, est le nouvel invité de la 3e Scène de l’Opéra de Paris. Dès le 3 octobre, il présentera “Blue”, son nouveau court-métrage tourné pendant douze nuits en plein cœur de la forêt thaïlandaise. Le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Palme d’Or au Festival de Cannes en 2010, est le nouvel invité de la 3e Scène de l’Opéra de Paris. Dès le 3 octobre, il présentera “Blue”, son nouveau court-métrage tourné pendant douze nuits en plein cœur de la forêt thaïlandaise.

La rappeuse Brooke Candy réalise un film porno, entre papillons, orgasmes et transexuels
676

La rappeuse Brooke Candy réalise un film porno, entre papillons, orgasmes et transexuels

Culture L'ancienne strip-teaseuse reconvertie rappeuse trash, Brooke Candy, change à nouveau de poste. Dix jours après la sortie du tonitruant “My Sex”, l'artiste néoféministe dévoile “I Love You”, un court-métrage pornographique queer avant-gardiste réalisé par ses soins. L'ancienne strip-teaseuse reconvertie rappeuse trash, Brooke Candy, change à nouveau de poste. Dix jours après la sortie du tonitruant “My Sex”, l'artiste néoféministe dévoile “I Love You”, un court-métrage pornographique queer avant-gardiste réalisé par ses soins.

Loewe marie mode et grands classiques de la littérature avec Steven Meisel
529

Loewe marie mode et grands classiques de la littérature avec Steven Meisel

Culture Madame Bovary, Le Portrait de Dorian Gray, Don Quichotte , Dracula… Loewe réédite une série d'ouvrages littéraires classiques, dont les couvertures sont signées du photographe américain Steven Meisel. Madame Bovary, Le Portrait de Dorian Gray, Don Quichotte , Dracula… Loewe réédite une série d'ouvrages littéraires classiques, dont les couvertures sont signées du photographe américain Steven Meisel.

Qui était Lindsay Kemp, le danseur-mime mentor de David Bowie et Kate Bush ?
684

Qui était Lindsay Kemp, le danseur-mime mentor de David Bowie et Kate Bush ?

Culture Mentor de David Bowie et de Kate Bush dans les années 70, Lindsay Kemp s’est éteint dans la nuit du 25 août. Numéro revient sur le parcours du Britannique, icône de la danse et du mime populaire. Mentor de David Bowie et de Kate Bush dans les années 70, Lindsay Kemp s’est éteint dans la nuit du 25 août. Numéro revient sur le parcours du Britannique, icône de la danse et du mime populaire.