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En direct de Cannes : Kristen Stewart, déjà la plus grande actrice de notre époque?

 

À l'affiche des films d’Olivier Assayas (“Personal Shopper”) et de Woody Allen (“Cafe Society”), Kristen Stewart s’impose comme l’actrice qui incarne le mieux le jeu moderne, entre détachement et engagement total. Déjà reine du cinéma d’aujourd’hui ?

Dans les premières images de Personal Shopper, le nouveau long-métrage d’Olivier Assayas, un léger déplacement temporel et formel fait son effet. Kristen Stewart apparaît dans une lumière sombre et diffuse, parfois grise, voire blafarde. Une lumière d’aube éternelle. Son visage fermé n’a plus exactement les mêmes traits juvéniles, mais le souvenir de Twilight resurgit furtivement, comme un spectre venu d’une autre époque et d’un autre genre de cinéma. Les fantômes, d’ailleurs, sont partout dans ce film qui raconte l’errance d’une jeune assistante chargée de la garde-robe d’une star, quelques mois après avoir perdu son frère jumeau mort d’une attaque cardiaque due à une malformation. Moins inspiré quand il se confronte un peu trop rapidement à la représentation des fantômes et du spiritisme, Personal Shopper reste collé à nos rétines lorsqu’il s’attelle à une tâche essentielle : observer la mue d’une actrice.

Kristen Stewart aurait pu sombrer comme d’autres après la gifle du succès, mais elle s’applique au contraire à mettre en scène son émancipation, à en faire le sujet de ce passage décisif dans sa carrière alors qu’elle vient d’avoir 26 ans. En 2014, dans Sils Maria du même Assayas, l’ex de Robert Pattinson se séparait déjà de ses oripeaux de starlette en jouant avec un naturel stupéfiant l’assistante personnelle d’une actrice célèbre interprétée par Juliette Binoche. Cette fois, le film ne s’appuie pas sur sa relation avec la star absente dont son personnage choisit les vêtements. 

J’interprète une jeune femme solitaire, totalement isolée et triste […] Cela m’a plongée dans un état très douloureux.

Kristen Stewart traverse Personal Shopper seule. Elle passe, indifférente, de boutiques Chanel à Cartier en traînant son style jean-baskets et sa moue inquiète. On la regarde tenter de survivre à un deuil, essayer de remettre son corps fragile sur les rails du désir. Elle se montre nue chez le médecin, ou en train d’essayer une robe de créateur, dans une séquence inoubliable où l’actrice se confronte à tous les fantasmes dont elle peut être l’objet. Elle reçoit des textos d’un mystérieux admirateur-corbeau, essaie d’entrer en contact avec son frère mort, navigue sur son scooter dans les rues de Paris comme déréalisées, prend le métro sans sourire. Il n’y a rien de plus difficile pour une comédienne que de n’avoir personne à qui parler, de devoir dialoguer avec l’invisible. C’est d’ailleurs ce que suggère l’actrice quand elle parle du film. “J’interprète une jeune femme totalement isolée et triste […] Cela m’a plongée dans un état très douloureux. Heureusement que pendant le tournage j’étais entourée de gens que j’aime et que je ne me suis jamais sentie seule. S’il n’y avait pas eu une atmosphère aussi positive et amicale sur le plateau, j’aurais été dévastée, je me serais effondrée. Dans le film, je n’arrête pas de bouger, de me déplacer, je suis en mouvement perpétuel. J’ai perdu beaucoup de poids pendant le tournage. C’était épuisant.

En deux films, Kristen Stewart vient d’amorcer son règne sur le cinéma d’aujourd’hui. 

Cet épuisement, Kristen Stewart parvient à le dépasser pour en faire une matière de cinéma ample et fascinante. Parmi les jeunes actrices actuelles, personne d’autre n’incarne mieux qu’elle le jeu moderne, mélange de détachement pince-sans-rire et d’engagement total, de fusion avec les rôles et avec le regard des cinéastes. Elle est capable de la plus profonde mélancolie tout en illuminant un film, comme elle le prouve aussi avec Cafe Society, le dernier Woody Allen, dans lequel elle se glisse dans la peau d’une jeune femme des années 30 avec une grâce simple. En deux films, Stewart vient d’amorcer son règne sur le cinéma d’aujourd’hui. 

 

Cafe Society de Woody Allen, actuellement sur les écrans. Personal Shopper d'Olivier Assayas, en compétition au Festival de Cannes. 

 

Retrouvez les confessions de Thierry Frémaux, délégué général du Festival, ainsi que les critiques de Rester vertical d’Alain Guiraudie et de Victoria de Justine Triet avec Virginie Efira.

 

Par Olivier Joyard

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