Lorsqu’on devient ambassadrice d’une grande maison, reçoit-on un “média training” qui vous apprend ce qu’il faut dire et ne pas dire aux journalistes ?

[Rires.] Une partie de mon entourage aurait adoré que je suive un média training. Mais je n’ai jamais accepté, à tort sans doute. Peut-être que l’on se sent beaucoup plus à l’aise face aux questions, beaucoup plus entraîné !

 

L’occasion ne s’est-elle jamais présentée ?

Oh, si, elle s’est présentée, croyez-moi. [Rires.] À un moment donné, on disait autour de moi : “Elle n’a pas assez de filtres, il faut la recadrer.” Mais je n’avais pas très envie de me retrouver avec des gens qui allaient me dire ce qu’il fallait dire. Ça n’avait pas de sens pour moi. Disons que mon média training, je l’ai fait sur le tas, avec des passages plus ou moins douloureux. Voilà, parfois je fais preuve d’une spontanéité qui est très mal interprétée. Mais pour être tout à fait honnête, je pense que ce sont les médias qui gagneraient à suivre une bonne leçon de média training, pour qu’on leur apprenne une bonne fois pour toutes à retranscrire fidèlement ce qui a été dit lors d’un entretien, plutôt que de charcuter la conversation pour en faire tout à fait autre chose. Ce serait vraiment formidable. En France, on est quand même les champions du monde de la réécriture, alors qu’aux États-Unis, ils sont tellement procéduriers que si vous changez un mot de ce qui a été dit, ils vous collent un procès. C’est pour cette raison que j’ai beaucoup plus de liberté à parler à la presse américaine, à laisser transparaître instantanément ma personnalité, en sachant qu’on ne va pas me faire dire n’importe quoi. En France, dans les entretiens que l’on accorde à la presse écrite, c’est hyper compliqué de retrouver d’une part ses mots, et d’autre part sa personnalité. La façon dont on nous fait parler est tellement loin de nous que c’en est vraiment, vraiment ahurissant.

 

 

“Mon média training, je l’ai fait sur le tas, avec des passages plus ou moins douloureux. Voilà, parfois je fais preuve d’une spontanéité qui est très mal interprétée.”

 

Vous avez incarné Lady Noire pour la maison en 2009, Lady Rouge en 2010 et Lady Grey  en 2011... Quelle fut votre Lady préférée ?

Euh, bah...

 

Vous les aimez toutes !

Les personnages que j’incarnais dans ces films étaient assez différents, mais ce qui est important pour moi, ce sont les rencontres qu’ils ont suscitées. Comme celle avec John Cameron Mitchell par exemple, qu’on ne connaissait pas chez Dior. Quand j’ai voulu travailler avec lui, ils ont découvert Hedwig and the Angry Inch et Shortbus, et ils ont adoré son univers. Ils m’ont permis de rencontrer une de mes idoles, que j’ai la chance de compter parmi mes amis aujourd’hui. C’était une rencontre éblouissante. J’ai pu aussi enregistrer une chanson avec le groupe Franz Ferdinand, travailler avec Metronomy et embarquer certains de mes amis qui sont de merveilleux artistes dans l’aventure Dior.

 

Mais vous êtes égérie mode ou égérie sac à main chez Dior ?

Je viens tout juste de vous expliquer ! Vous n’avez rien compris ? [Rires.] Quand je suis entrée chez Dior, j’étais égérie couture, et par la suite, j’a fini par incarner les...

 

... pièces iconiques de la maison.

Eh bien, vous voyez que vous suivez un petit peu quand même !

 

Cela veut-il dire que si une grande marque vous propose une campagne Mousse Coiffante Boostante Mega Volume, vous êtes en mesure de l’accepter ?

Si vous voyiez comme je suis coiffée aujourd’hui, vous comprendriez que j’aurais un peu de mal à défendre une mousse coiffante.

 

N’aviez-vous pas d’ailleurs refusé un contrat avec une firme de cosmétiques car la marque était accusée de procéder à des tests sur les animaux ?

Cet épisode s’est déroulé au tout début de ma carrière, et j’ose imaginer que ces tests n’ont plus cours aujourd’hui. Toutes ces sociétés ont dû ajouter dans leur cahier des charges des paramètres un peu plus éthiques qu’à une certaine époque où personne ne se souciait de la façon dont les produits étaient fabriqués.

 

Quant à moi, je n’ai jamais compris l’intérêt de tester une mousse coiffante sur un cochon.

Parce que ça se met sur la peau de ton crâne, chéri !

 

Votre engagement en faveur de la planète fait le bonheur des petits et des grands...

Fait le bonheur des petits et des grands” ? Ah oui ? J’aurais bien aimé qu’on fasse cette interview en face à face : je me demande si vous vous seriez autant lâché. Je ne suis pas sûre que cela fasse le bonheur de qui que ce soit, mais je me suis toujours engagée dans ma vie à respecter le plus possible ce qui m’entourait. J’ai été élevée par des parents qui eux-mêmes avaient été élevés par des parents qui accordaient de l’importance au respect en général.

 

Pour ma part, tout ce que je sais, c’est qu’il y a deux bacs devant chez moi : un à couvercle jaune, et l’autre à couvercle vert. Mais ne me demandez pas pourquoi.

C’est fou à quel point vous essayez de vous faire passer pour un crétin. J’espère bien qu’aujourd’hui les gens savent faire la différence entre la poubelle à couvercle jaune et l’autre entièrement verte. Après, ce que je voudrais vraiment savoir, c’est si, au bout de la chaîne, ils ne mettent pas tout dans la même benne avec un peu d’essence dessus pour tout brûler. J’ai essayé de suivre les poubelles, mais, à un moment donné, on m’a barré la route.

 

Qu’avez-vous pensé du tweet de Donald Trump disant que le réchauffement climatique était une fiction “créée par et pour les Chinois pour affaiblir l’industrie américaine” ?

On verra ce qu’il dira quand le changement climatique aura noyé New York... C’est de  l’ignorance. Et je pense que les ignorants ne doivent être ni combattus ni ignorés, mais plutôt éduqués.

 

Pourquoi ne vous voit-on jamais dans la presse people en train de descendre d’un avion ou de faire vos courses au G20 ? Peut-être parce que la presse people n’en a rien à faire ?

Mais les people qui figurent dans ces journaux ont-ils appelé les paparazzis pour qu’ils viennent les accueillir à leur descente d’avion ? Il y a des gens qui appellent, oui. Je n’ai pas les numéros des paparazzis, c’est peut-être pour ça qu’ils ne me suivent pas.

 

Quel est votre premier souvenir d’enfance ?

C’est une bonne question... j’ai assisté à la naissance de mes frères et je me souviens des portes du placard de la salle d’accouchement.

 

Quel était le job de vos parents ?

Oh...

 

Quoi, c’est un problème d’en parler ?

[en aparté : Tu as vu le gros titre, là ?] Excusez- moi, je regarde les informations sur mon portable pendant que vous m’interviewez. C’était quoi la question ?

 

Ce que faisaient vos parents...

Il va falloir que je coupe, c’est dommage, je me sentais plutôt bien avec vous, vous me faites rire. C’était quoi la question ?

 

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de faire un impair aux Oscars, par exemple de marcher sur votre robe ?

Non, ce n’était pas ça la question, arrêtez de m’embrouiller.

 

Vous est-il déjà arrivé aux Oscars de marcher sur la traîne de Meryl Streep, de renverser un verre sur Harvey Weinstein ou de finir à 6 heures du matin dans la piscine de Lindsay Lohan ?

Euh... non, j’étais déjà beaucoup trop policée à ce moment-là.

 

Dernière question, lors des premières des films, les stars restent-elles pendant toute la projection ou sortent-elles discrètement par la porte de service dès que la lumière s’éteint ?

Je ne peux pas répondre pour tout le monde. Mais personnellement, je me barre.

 

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