18 Décembre

“À l’école déjà, j’avais le sentiment de posséder un superpouvoir” Rencontre avec Pierre Niney

 

L’acteur français, pas encore trentenaire, campe aujourd’hui l’écrivain Romain Gary dans La Promesse de l’aube, un film épique et tumultueux, aux côtés de Charlotte Gainsbourg. Numéro l'a rencontré.

Par Philip Utz, Portraits Dominique Issermann

Col roulé en laine, LACOSTE. Bagues en argent, MAYL. Montre en or blanc à bracelet en alligator, MONTBLANC. Lunettes de moto, AVIATOR GOGGLE CHEZ ATS. Casque personnel.

Numéro : Vous êtes trop mignon avec votre petite gueule d’amour ! Vous devez souvent vous faire draguer, non ?

Pierre Niney : Oui et non, je ne sais pas. Merci pour le compliment. C’est ça, l’attaque de votre interview ?

 

Les gens vous reconnaissent-ils dans la rue ?

Oui, oui, oui, ça arrive. 98 % du temps, les gens sont très sympas : en général, ils vous arrêtent pour vous dire qu’ils ont adoré votre film, plutôt que de vous annoncer qu’ils ont détesté tout ce que vous avez jamais fait. Ce qui est cool.

 

Votre femme, Natasha Andrews, est-elle du genre jalouse ?

Non, pas du tout. Mais sachez que je ne parle jamais de ma vie personnelle à la presse. Ça ne m’intéresse pas particulièrement, et je suis convaincu qu’au fond ça n’intéresse pas vos lectrices non plus.

 

O.K., alors parlons de votre dernier film, La Promesse de l’aube. Comment avez-vous fait pour décrocher le rôle ?

On m’a envoyé le scénario et on m’a demandé si cela pouvait m’intéresser de jouer dans cette adaptation romancée et transformée de l’autobiographie éponyme de Romain Gary. J’avais lu le roman quand j’étais lycéen, et j’ai adoré les choix qui avaient été faits dans le scénario, dans la mesure où il aurait été impossible de porter l’intégralité du livre à l’écran tellement il est riche. Le parti pris d’axer le film sur la relation entre Gary et sa mère, Nina, me paraissait très intéressant, et quand j’ai su que Charlotte Gainsbourg avait accepté d’interpréter cette dernière, je ne voulais plus décrocher du projet.

 

 

“À l’école déjà, j’avais le sentiment de posséder un “superpouvoir” en faisant du théâtre.”

 

 

Comment s’est passé le tournage avec Charlotte Gainsbourg ?

C’était super. Charlotte est une très grande actrice, très touchante, à la fois très généreuse et très pudique. On ne travaille pas du tout de la même façon, et je trouvais ça génial de la voir jouer d’une manière complètement différente de la mienne. Elle est très instinctive, une vraie bête de cinéma. Dans La Promesse de l’aube, il y a une grande part de composition dans son personnage de mère juive complètement démesurée qui parle avec un accent polonais, mais elle parvient néanmoins à se glisser dans le rôle avec un tel naturel qu’il est difficile pour le spectateur de s’en rendre compte. Je pense que ce sera une vraie surprise pour les gens.

 

Peut-on vous poser des questions sur votre enfance, ou relèvent-elles de votre “vie privée” elles aussi ?

Ne vous inquiétez pas, je me chargerai de faire le tri entre les questions inappropriées et les autres.

 

Où êtes-vous né ?

Je suis né à Boulogne-Billancourt. Mon père était réalisateur et professeur de cinéma documentaire, et ma mère était professeure d’arts plastiques dans un atelier qu’elle a créé à Paris.

 

Comment l’envie de devenir comédien estelle venue vous titiller ?

Je faisais pas mal de théâtre au lycée, puis je me suis inscrit au Cours Florent avant de passer la classe libre au sortir de mon bac : il s’agit d’une classe, gratuite pendant deux ans, de dix filles et de dix garçons, sélectionnés sur près de 2 000 candidats. Je me suis ainsi retrouvé entouré de jeunes artistes extrêmement talentueux et décidés à faire de ce métier leur vie.

 

Pantalon en jersey technique, FENDI. Boots en cuir, CHRISTIAN LOUBOUTIN.

Et vous, comment saviez-vous que vous aviez envie de faire ça de votre vie ?

À l’école déjà, j’avais le sentiment de posséder un “superpouvoir” en faisant du théâtre. Du coup, j’ai mis toute mon énergie là-dedans. Et croyez-moi, j’en avais beaucoup à l’époque.

 

Contrairement à maintenant ?

Non, j’ai toujours de l’énergie à revendre. Vous voyez bien que je suis quelqu’un de nerveux, qui parle rapidement, un peu comme vous… Lorsque j’étais jeune, je n’avais pas d’autre but que de raconter des histoires : j’avais envie d’écrire, mais aussi de m’essayer à la mise en scène, sorte de prolongation naturelle du métier d’acteur.

 

Le film dans lequel vous avez tenu le rôle de feu Yves Saint Laurent, c’était lequel déjà ? Celui qui avait été approuvé par Pierre Bergé ? Ou celui qu’il avait renié ?

C’était le film de Jalil Lespert… qui avait été approuvé, comme vous dites, dans la mesure où M. Bergé nous a prêté toutes les robes historiques, ainsi que le studio de M. Saint Laurent et les salons de l’avenue Marceau pour le tournage. C’était assez incroyable, d’ailleurs : la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent avait fait sortir pour le film certaines pièces de musée qui ne devaient être manipulées qu’avec des gants blancs… des robes que personne n’avait le droit de toucher, et encore moins de porter. Les stars, c’étaient elles, et nous, à côté, on était des merdes. Mais pour en revenir à votre question, “approuvé” est un bien grand mot : en réalité, Pierre Bergé n’est intervenu sur le film à aucune étape du scénario, ni du tournage, ni du montage. Quand bien même il aurait détesté le film, il serait sorti de toute façon.

 

 

”Elle est trash votre question. Vous voulez vraiment que je me fâche avec la terre entière ?“ 

 

 

Dans quelle mesure Pierre Bergé vous a-t-il aidé à préparer le rôle ?

Il ne m’a pas aidé plus que ça. Nous avons eu une entrevue, puis on s’est recroisés à un dîner avec d’autres gens, donc on n’a pas passé la soirée à parler de ça. Lors de ma préparation pour le rôle, c’est surtout Betty Catroux qui m’a été précieuse : elle porte un regard très beau et en même temps très désacralisant sur M. Saint Laurent. Elle en parle comme s’il allait revenir des toilettes d’une minute à l’autre. Bref, tout cela est bien joli, mais vous ne préférez pas qu’on parle de Romain Gary ?

 

En fait non. C’était comment de nager avec les requins sur le tournage de L’Odyssée de Jérôme Salle ?

On n’était pas dans une cage, c’est ça qui était dingue. C’était aux Bahamas où les reef sharks [requins de récif] font facilement la longueur du canapé. C’était très impressionnant. Par ailleurs, le tournage de ce film était épique : on était les premiers à tourner un film de fiction en Antarctique, par exemple. Je ne vous raconte pas la traversée au départ d’Ushuaia pour se rendre là-bas. On s’est pris une tempête de dingue en y allant… il y avait des vents de 180 km/h qui s’abattaient sur le navire, sans parler du capitaine qui nous disait : “C’est la dernière fois que je fais cette fichue traversée : je vais rentrer à la maison, épouser ma femme, lui faire des gosses et j’arrête.” On a frisé la catastrophe. Pendant 72 heures, j’étais cloué au lit sous Lexomil, me réveillant en pleine nuit allongé contre le mur qui s’était soudainement retrouvé à l’horizontale. Et La Promesse de l’aube, on peut en parler maintenant ?

 

Oh ! la la ! La Promesse de l’aube est-il le plus beau film que vous ayez jamais fait ?

Elle est trash votre question. Vous voulez vraiment que je me fâche avec la terre entière ? Franchement, c’est un film dont je suis extrêmement fier. Adapter du Romain Gary, ce n’était pas évident, et il y a une humilité dans le projet et un vrai regard posé sur l’amour maternel – auquel on peut d’ailleurs tous se référer – qui en font un film universel. Charlotte y incarne une mère complètement folle, excessive, extrême et toxique pour son fils, mais en même temps le film permet de comprendre à quel point le lien qu’elle crée avec lui sert de source à son œuvre. Ce qui m’a fasciné en faisant ce film, c’est toute l’ambiguïté de ce qu’elle lui a transmis.

 

La Promesse de l’aube d’Éric Barbier, sortie le 20 décembre. 

Manteau croisé en drap de laine et cachemire, DIOR HOMME.

La promesse de l’aube- Bande Annonce

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