Dans Le Redoutable, le nouveau film de Michel Hazanavicius (The Artist, OSS 117), une ronde à la fois comique et triste se déploie entre un homme et une femme, dans un décor de révolution. Cet homme, c’est Jean-Luc Godard. Il vient de réaliser La Chinoise. Tandis que 1968 se profile, le génial cinéaste traverse une crise créative majeure qui l’amènera, durant les années 70, vers un cinéma politique et radical totalement en dehors du système. Cette femme, c’est la brillante Anne Wiazemsky, actrice et muse qui partage alors sa vie avec l’auteur phare de la Nouvelle Vague, jouant dans ses films. Leur histoire ne durera pas si longtemps, même s’ils se sont mariés. Wiazemsky l’a racontée dans son roman Un an après (2015) dont le film est inspiré. L’incroyable Stacy Martin entre dans sa peau. Face à Louis Garrel, qui s’amuse à pasticher Godard comme un petit enfant boudeur et en demande d’attention, la comédienne reste stoïque, discrète, mais surtout pas invisible. Si Le Redoutable manque parfois de puissance et de fluidité, s’il cantonne la jeune actrice de 26 ans à un rôle d’observatrice qu’on aurait préférée plus désirante, Stacy Martin confirme sa capacité à attirer le regard et dégage une forme d’étrangeté et d’élégance peu banales. Avant cette plongée dans l’univers des sixties qui lui a valu sa première sélection en compétition officielle au Festival de Cannes cette année, la native de Paris – mais Londonienne d’adoption – s’était fait remarquer chez Nicolas Saada (Taj Mahal) et dans l’aventure trouble de Nymphomaniac. Au cœur de cette plongée extrême et provocante dans la vie sexuelle intense d’une femme (Charlotte Gainsbourg), elle incarnait le même personnage jeune, découvrant les hommes et le pouvoir de son vagin. Sur une terrasse ensoleillée, nous avons rencontré celle qui construit peu à peu une carrière dans les marges du mainstream, avec une assurance et une lucidité sans faille.

 

Numéro : Vous incarnez Anne Wiazemsky dans Le Redoutable, face à Louis Garrel qui joue Godard. Comment avez-vous été approchée pour ce film ?

Stacy Martin: La phase d’approche a été très traditionnelle : casting, essais avec Louis Garrel pour voir la dynamique du couple, puis appel de Michel Hazanavicius m’offrant le rôle. Je me suis très vite plongée dans l’ouvrage d’Anne Wiazemsky dont est inspiré le scénario, et cela a été un choc. On sent un amour et une tendresse, on est enivré, et en même temps, des choses dures et odieuses se passent. Mais c’est un livre qui réchauffe le cœur. Les films de Godard, je les connaissais avant, ceux des années 60 jusqu’à La Chinoise. J’ai découvert ceux qui ont suivi cette période à l’occasion du tournage.

 

Jouer une actrice des sixties, c’est singulier ?

Me mettre dans la peau d’une actrice des années 60 a d’abord été un défi. Il y a un aspect physique, une attitude et un phrasé très particuliers. En revanche, avec Michel Hazanavicius, nous avons décidé très vite de prendre un risque : je n’ai pas rencontré Anne Wiazemsky avant le tournage, et nous avons essayé de passer au-delà de l’aspect représentationnel de la jeune femme qu’elle a été. Je savais que la création se passerait entre l’énergie que mon rôle apportait et, en contrepoint, la fantaisie de Louis Garrel incarnant Godard. Pas mal de choses se sont dénouées pendant le tournage. J’adore ça : découvrir en direct.

 

Comment définir le style Hazanavicius ?

Avec Michel Hazanavicius, c’est plus chorégraphié, ses cadrages sont très précis, il aime montrer au spectateur quelque chose qui va exciter ses pupilles, comme s’il dessinait ou peignait. Tous les éléments sont très réfléchis et, en même temps, il reste très libre dans sa manière de diriger ses acteurs. Pour moi, cette opposition est au centre du style de Michel : il y a en même temps une chorégraphie et un lâcher-prise

 

 

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