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En direct de Cannes : Virginie Efira et la comédie romantique à l’assaut de la Croisette

 

Virginie Efira au Festival de Cannes ? Et pourquoi pas une comédie romantique ? Notre envoyé spécial Olivier Joyard revient sur ces petites révolutions cannoises qui trouvent leur origine dans l’excellent film de Justine Triet, “Victoria“.

 

 

Une comédie romantique ? Au Festival de Cannes ? Les traditions meurent et c’est une bonne nouvelle. En ouverture de la Semaine de la Critique, le deuxième long-métrage de la française Justine Triet a amorcé rien moins qu’une double révolution, souriante, légère, et néanmoins résolue. D’abord, en imposant sa vision personnelle d’un genre décrié par les professionnels de la profession cinéphile, plutôt nombreux sur la Croisette. Ensuite, en offrant l’écrin qu’elle méritait à une fille que personne ne pourra plus ignorer : Virginie Efira, blonde Belge aux accents d’actrice américaine années 30, mais qui aurait vu les comédies françaises et américaines les plus audacieuses des années 1970-2000. Imparable combinaison.

 

La rescapée de Nouvelle Star – elle en fut la présentatrice pétillante – a trouvé sa voie dans ce registre vaste et ambigu. Il y a quelques printemps, 20 ans d’écart l’installait comme une vedette sentimentale bankable face à Pierre Niney. Ce Victoria à la fois virevoltant et profond la pousse vers une autre catégorie, via son personnage d’avocate au bout du rouleau. Une trentenaire en pleine descente sexo-amoureuse, fatiguée d’enchaîner les plaidoiries et les tâches de mère célibataire (elle a deux filles d’environ 5 ans accros à leur Ipad) et dont l’ex vaguement imbécile a entrepris d’écrire un blog “autofictionnel” sur leur relation, tout en dévoilant certains dossiers chauds. Dans son appartement bordélique, elle reçoit des aventures d’un soir sous les yeux de ses enfants et d’un amoureux transi, ex-dealer en voie de rédemption, que l’irrésistible Vincent Lacoste joue avec une bonhommie fragile qui rappelle celle de Christophe Bourseiller – qui incarnait brillamment des ados gênés dans certains films d’Yves Robert comme Un éléphant, ça trompe énormément.

 

 

L’horizon du cinéma populaire français des années 70 n’est pas le moins surprenant dans ce film que l’on doit à la réalisatrice du drame politico-amoureux La Bataille de Solférino, belle découverte de ces dernières années qui reformulait le film d’auteur fauché sur le mode de la crise de couple permanente. Retrouver une cinéaste avec un tel profil à la tête d’une comédie au potentiel commercial réel fait un bien fou, d’autant que Victoria ne cède sur rien : ni sur l’agitation permanente – et parfois les glissades incontrôlées – qui font le sel formel du cinéma de Triet, ni sur le fond plutôt sombre du récit. L’héroïne traverse une forme de burn out ravageur qui se caractérise par des états physiques multiples et fascinants. Rien n’est plus important que ses postures, la manière dont cette fille parvient à marcher sans tomber, ses coupes de cheveux qui mutent, les plissements de son visage.

 

Toujours à l’affût, le film vibre dès qu’apparaît une sensation forte sur le visage et le corps de Virginie Efira, tout en maintenant avec une application joyeuse et légèrement sale gosse les conventions émouvantes de la comédie romantique. Ce Cannes 2016 sera probablement le plus féminin depuis des lustres. En plus de Victoria, deux des trois meilleurs films en compétition à ce jour, Toni Erdmann de Maren Ade et American Honey d’Andrea Arnold, sont dus à des réalisatrices.

 

Victoria de Justine Triet, Semaine de la Critique, Festival de Cannes. Avec Virginie Efira, Vincent Lacoste et Melvil Poupaud.

 

Découvrez les dessous de Cannes par son délégué général Thierry Frémaux ici. Plus d'articles sur le Festival ici.

 

Par Olivier Joyard

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