Interview vérité: Emmanuelle Seigner et ses grandes rencontres au cinéma

Révélée par Jean-Luc Godard, Emmanuelle Seigner se distingue depuis toujours par son anticonformisme et ses choix affirmés. Elle a évoqué avec Numéro ses affinités électives dans le cinéma et la mode.

Par Philip Utz

  • Portrait : Jean-Baptiste Mondino
  • Numéro : Vous étiez bonne en classe ?

    Emmanuelle Seigner : Tout à fait.

     

    Aviez-vous plein de copines au lycée, ou étiez-vous plutôt du genre à faire bande à part ?

    Non, j’avais plein de copines, mais j’ai commencé très tôt à être mannequin, à l’âge de 14 ans.

     

    Comment êtes-vous devenue mannequin ?

    J’ai rencontré un photographe au jardin du Luxembourg quand je promenais ma petite sœur qui avait 7 ans. Il m’a demandé de faire des photos et je me suis retrouvée dans une campagne de publicité pour Nina Ricci.

     

    Comment s’appelait le photographe ?

    J’ai oublié son nom, mais suite à ces photos, j’ai été sollicitée par de nombreuses agences de mannequins. En fait, c’était l’époque de Brooke Shields, les gens en avaient marre des filles toutes maigres, et du coup j’avais un physique qui correspondait à l’air du temps parce que j’étais un peu ronde, avec de grands sourcils.

     

    Avez-vous renoncé à vos études pour faire du mannequinat ?

    Non, pas du tout, j’ai eu mon bac littéraire.

     

    Avec mention ?

    Non, surtout pas !

     

    Étiez-vous une reine des podiums ?

    Effectivement, ça marchait bien, mais je ne faisais pas ça à fond. La semaine, j’allais au lycée, et je travaillais le week-end. J’ai fait des photos pour un parfum Chanel avec Dominique Issermann, et diverses autres collaborations, mais c’était vraiment pour arrondir les fins de mois. Le mannequinat m’a tout de même servi de tremplin pour devenir comédienne : souvent, vu que j’étais rigolote, on m’envoyait sur des pubs. Sur le tournage d’un spot publicitaire avec Jean-Paul Rappeneau, j’ai rencontré [l’agent artistique] Dominique Besnehard, qui m’a, à son tour, présenté Jean-Luc Godard – avec qui j’ai tourné Détective dans la foulée – et Roman [Polanski]. J’ai passé mon bac en juin, et j’ai tourné Frantic [de Roman Polanski, 1988] en septembre. C’est pour cette raison que je n’ai pas poursuivi mes études.

     

    Quand vous dites que vous étiez “rigolote”, qu’entendez-vous par là ?

    Bah, j’étais un peu moins morte que les autres mannequins ! [Rires.] Un peu plus vivante !

     

    Comment s’est passée la rencontre avec votre mari, Roman Polanski ?

    Dominique nous a présentés, puis Roman est parti faire Pirates. Quand il est revenu, il a voulu monter Frantic à Paris avec Harrison Ford. Voilà.

     

     

    “Aujourd’hui, les filles font tout pour réussir dès l’âge de 20 ans, elles ont les dents qui rayent le parquet, elles sont conditionnées pour ça. À mes débuts, à la fin des années 80, l’époque était beaucoup plus douce...”

     

     

    Quel souvenir gardez-vous du tournage de Frantic ?

    En fait, c’était super impressionnant pour moi parce que je parlais très mal l’anglais, je venais tout juste d’avoir mon bac, je n’avais aucune formation... et soudain, je me retrouve avec Harrison Ford – qui venait de faire Indiana Jones, donc c’était une mégastar – dans un blockbuster produit par la Warner. Ils m’ont envoyée à Londres six mois pour apprendre l’anglais, puis aux États-Unis... C’était flippant. Lors de la sortie du film, je n’étais pas préparée à parler aux journalistes, et je ne sais pas si j’en avais vraiment envie non plus. Bref, c’était très bizarre. Je ne sais pas si j’étais prête pour ça. C’était un peu tôt pour moi.

     

    Vous en avez souffert ?

    D’une certaine façon, oui. Mais en même temps, j’étais heureuse parce que je savais que... Je ne sais pas comment expliquer. C’était une autre époque. Aujourd’hui, les filles font tout pour réussir dès l’âge de 20 ans, elles ont les dents qui rayent le parquet, elles sont conditionnées pour ça. À mes débuts, à la fin des années 80, l’époque était beaucoup plus douce... c’était plus suave, il y avait du travail pour tout le monde, les gens étaient moins agressifs. Ce qui était génial, mais je pense que je n’ai pas mesuré la chance que j’avais. J’ai vécu une période un peu compliquée après la sortie du film...

     

    Comment ça ?

    Eh bien, je suis partie vivre à Ibiza pendant quatre ans ! [Rires.] Je n’étais pas du tout carriériste, j’avais envie de vivre, envie de m’amuser, d’avoir une vie normale. La Warner m’avait proposé un contrat pour trois films, je faisais la une de tous les magazines américains, et à l’époque, j’étais la seule comédienne française dont la carrière prenait une envergure internationale. Mais je n’avais pas envie de ça. Les Américains m’énervaient...

     

     

    “Je n’étais pas du tout carriériste. Après le tournage de Frantic, je faisais la une de tous les magazines américains, et à l’époque, j’étais la seule comédienne française dont la carrière prenait une envergure internationale. Mais je n’avais pas envie de ça. Les Américains m’énervaient...”

     

     

    Que penser du protectionnisme agressif de Donald Trump ?

    Je ne sais pas. C’est bizarre.

     

    Vous avez pourtant eu des prises de position politiques surprenantes... notamment en soutenant Nicolas Sarkozy...

    J’aime beaucoup Nicolas Sarkozy.

Numéro : Vous étiez bonne en classe ?

Emmanuelle Seigner : Tout à fait.

 

Aviez-vous plein de copines au lycée, ou étiez-vous plutôt du genre à faire bande à part ?

Non, j’avais plein de copines, mais j’ai commencé très tôt à être mannequin, à l’âge de 14 ans.

 

Comment êtes-vous devenue mannequin ?

J’ai rencontré un photographe au jardin du Luxembourg quand je promenais ma petite sœur qui avait 7 ans. Il m’a demandé de faire des photos et je me suis retrouvée dans une campagne de publicité pour Nina Ricci.

 

Comment s’appelait le photographe ?

J’ai oublié son nom, mais suite à ces photos, j’ai été sollicitée par de nombreuses agences de mannequins. En fait, c’était l’époque de Brooke Shields, les gens en avaient marre des filles toutes maigres, et du coup j’avais un physique qui correspondait à l’air du temps parce que j’étais un peu ronde, avec de grands sourcils.

 

Avez-vous renoncé à vos études pour faire du mannequinat ?

Non, pas du tout, j’ai eu mon bac littéraire.

 

Avec mention ?

Non, surtout pas !

 

Étiez-vous une reine des podiums ?

Effectivement, ça marchait bien, mais je ne faisais pas ça à fond. La semaine, j’allais au lycée, et je travaillais le week-end. J’ai fait des photos pour un parfum Chanel avec Dominique Issermann, et diverses autres collaborations, mais c’était vraiment pour arrondir les fins de mois. Le mannequinat m’a tout de même servi de tremplin pour devenir comédienne : souvent, vu que j’étais rigolote, on m’envoyait sur des pubs. Sur le tournage d’un spot publicitaire avec Jean-Paul Rappeneau, j’ai rencontré [l’agent artistique] Dominique Besnehard, qui m’a, à son tour, présenté Jean-Luc Godard – avec qui j’ai tourné Détective dans la foulée – et Roman [Polanski]. J’ai passé mon bac en juin, et j’ai tourné Frantic [de Roman Polanski, 1988] en septembre. C’est pour cette raison que je n’ai pas poursuivi mes études.

 

Quand vous dites que vous étiez “rigolote”, qu’entendez-vous par là ?

Bah, j’étais un peu moins morte que les autres mannequins ! [Rires.] Un peu plus vivante !

 

Comment s’est passée la rencontre avec votre mari, Roman Polanski ?

Dominique nous a présentés, puis Roman est parti faire Pirates. Quand il est revenu, il a voulu monter Frantic à Paris avec Harrison Ford. Voilà.

 

 

“Aujourd’hui, les filles font tout pour réussir dès l’âge de 20 ans, elles ont les dents qui rayent le parquet, elles sont conditionnées pour ça. À mes débuts, à la fin des années 80, l’époque était beaucoup plus douce...”

 

 

Quel souvenir gardez-vous du tournage de Frantic ?

En fait, c’était super impressionnant pour moi parce que je parlais très mal l’anglais, je venais tout juste d’avoir mon bac, je n’avais aucune formation... et soudain, je me retrouve avec Harrison Ford – qui venait de faire Indiana Jones, donc c’était une mégastar – dans un blockbuster produit par la Warner. Ils m’ont envoyée à Londres six mois pour apprendre l’anglais, puis aux États-Unis... C’était flippant. Lors de la sortie du film, je n’étais pas préparée à parler aux journalistes, et je ne sais pas si j’en avais vraiment envie non plus. Bref, c’était très bizarre. Je ne sais pas si j’étais prête pour ça. C’était un peu tôt pour moi.

 

Vous en avez souffert ?

D’une certaine façon, oui. Mais en même temps, j’étais heureuse parce que je savais que... Je ne sais pas comment expliquer. C’était une autre époque. Aujourd’hui, les filles font tout pour réussir dès l’âge de 20 ans, elles ont les dents qui rayent le parquet, elles sont conditionnées pour ça. À mes débuts, à la fin des années 80, l’époque était beaucoup plus douce... c’était plus suave, il y avait du travail pour tout le monde, les gens étaient moins agressifs. Ce qui était génial, mais je pense que je n’ai pas mesuré la chance que j’avais. J’ai vécu une période un peu compliquée après la sortie du film...

 

Comment ça ?

Eh bien, je suis partie vivre à Ibiza pendant quatre ans ! [Rires.] Je n’étais pas du tout carriériste, j’avais envie de vivre, envie de m’amuser, d’avoir une vie normale. La Warner m’avait proposé un contrat pour trois films, je faisais la une de tous les magazines américains, et à l’époque, j’étais la seule comédienne française dont la carrière prenait une envergure internationale. Mais je n’avais pas envie de ça. Les Américains m’énervaient...

 

 

“Je n’étais pas du tout carriériste. Après le tournage de Frantic, je faisais la une de tous les magazines américains, et à l’époque, j’étais la seule comédienne française dont la carrière prenait une envergure internationale. Mais je n’avais pas envie de ça. Les Américains m’énervaient...”

 

 

Que penser du protectionnisme agressif de Donald Trump ?

Je ne sais pas. C’est bizarre.

 

Vous avez pourtant eu des prises de position politiques surprenantes... notamment en soutenant Nicolas Sarkozy...

J’aime beaucoup Nicolas Sarkozy.

Portrait : Jean-Baptiste Mondino

Et peut-on savoir pourquoi ?

Tout simplement parce que je pense que c’est une personne plus sincère que les autres.

 

C’est un ami à vous ?

Je le connais un peu, mais ce n’est pas pour ça que je l’ai soutenu. Si je l’ai soutenu, c’est parce que c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, et si je l’aime beaucoup, c’est parce qu’il est sincère !

 

Que diable avez-vous fait à Ibiza pendant quatre longues années ?

Je me suis bien marrée ! [Rires.]

 

Vous avez passé quatre ans scotchée au plafond du DC-10 ?

Le DC-10 n’existait pas à l’époque, c’était l’Amnesia, etc. Et après, j’ai eu ma fille. Suite à sa naissance, petit à petit, j’ai eu davantage le désir d’être actrice, de faire des choses. Lorsqu’on devient parent, on pense beaucoup à l’enfant, bien entendu, mais l’enfant nous révèle aussi beaucoup de nous. On passe à une autre étape de sa vie, on change... et en ce qui me concerne, j’ai changé du tout au tout.

 

C’était quoi tout ce flan au sujet de la présidence avortée de Roman Polanski aux César 2017 ?

Ce n’est pas mon histoire.

 

Et donc on s’en fout ?

Ce n’est pas qu’on s’en fout, mais c’est une histoire stupide, terrible, je n’ai pas à en parler parce que ce n’est pas ma vie.

 

Bien, bien... Il paraît que vous adorez la mode !

Ouais, j’adore la mode.

 

 

“On ne parle jamais de travail à la maison, et cela ne pose jamais de problème dans la mesure où il est l’un des plus grands cinéastes du monde. Donc c’est toujours plus facile de travailler avec lui qu’avec un con.”

 

 

Quels sont vos créateurs favoris ?

J’aime Marc Jacobs, j’aime Tom Ford, j’aime beaucoup Hedi Slimane – beaucoup, beaucoup, beaucoup – et j’adore Alexandre Vauthier ! 

 

Lorsque vous tournez avec votre mari, comment faites-vous pour faire la part des choses entre le professionnel et le privé ?

J’arrive très bien à séparer. On ne parle jamais de travail à la maison, et cela ne pose jamais de problème dans la mesure où il est l’un des plus grands cinéastes du monde. Donc c’est toujours plus facile de travailler avec lui qu’avec un con. Ou un nul.