Dans Ripetere il bosco, Penone dénude des poutres manufacturées pour révéler, à l’intérieur de l’objet lisse aux formes égalisées par l’homme, les nœuds du bois, vitaux et irréguliers. Cette réflexion sur la vie propre des matières naturelles rapproche évidemment l’artiste italien de la maison Fendi, dont on connaît l’engagement pour l’artisanat et l’expertise dans le travail de la fourrure. “La connaissance de la matière nourrit mon œuvre, poursuit Penone. Nous vivons avec nos yeux, notre cerveau et nos mains. Les parties de notre être ont besoin les unes des autres pour accéder à la compréhension de la réalité. C’est pourquoi, quand je sculpte le marbre, je suis ses veines, je produis une forme suggérée par la matière elle-même. Mais le mot ‘veine’ lui-même implique déjà une vision anthropomorphe de la réalité. Lorsque je sculpte le marbre, je travaille donc à la fois la matière et l’histoire de la sculpture, qui est liée au marbre.” L’imbrication de l’homme et de la nature trouve son expression ultime dans Foglie di Pietra, œuvre magistrale constituée de deux arbres de bronze de 9 et 18 mètres de haut, entremêlant leurs branches pour maintenir à 5 mètres du sol un bloc de marbre sculpté. Placée à partir de la fin mai devant le Palazzo Fendi, Largo Carlo Goldoni, la sculpture devient un monument public offert à la ville de Rome. Ainsi installée au cœur de la Ville éternelle, elle symbolise toute la beauté tragique de notre civilisation occidentale partagée entre ses aspirations à la grandeur et la fragilité, la mortalité de l’homme. Une invitation à méditer sur la splendeur de l’Histoire qui pèse son poids, sur la chute comme destin (précipité par les forces physiques de la gravité), et sur la nature qui poursuivra son œuvre, avec ou sans nous.