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“L’avenir” de Mia Hansen-Løve, un film-portrait très réussi de la femme moderne

 

Dans “L’Avenir”, Isabelle Huppert incarne une professeure de philosophie dont la vie vole en éclats. Tout en nuances et sensibilité, Mia Hansen-Løve livre un magnifique portrait de femme.

Photo : Ludovic Bergery.

 

Le romanesque, l’évidence, la lumière. Le cinéma de Mia Hansen-Løve s’enroule autour de quelques mots-clés que la jeune cinéaste travaille depuis ses débuts en 2007. Son cinquième film, L’Avenir, fait suite au très bel Eden – consacré à la scène électro parisienne des années 1990-2000 et malheureusement peu vu. Ce nouvel opus s’aventure dans un territoire à la fois bien différent et tout aussi spécifique à son auteur, celui d’un cinéma français délicat et planant, détaché des obligations naturalistes. Son ambition consiste à établir un portrait en mouvement de Nathalie (Isabelle Huppert), une prof de philo rigoureuse, une intellectuelle dont la vie s’étiole doucement. Cette femme vit et désire à travers les livres et la parole, aidée par quelques certitudes empruntées à Rousseau, Emmanuel Levinas ou Jankélévitch. Elle fréquente un ancien étudiant brillant, sans vraiment savoir quel genre de relation elle veut avec lui. C’est un personnage sans psychologie. Juste un corps, armé d’une pensée et d’une intériorité à toute épreuve.

 

Au fur et à mesure qu’avance le film – dont le titre s’affiche ironiquement, lors du générique de début, sur le plan d’une tombe en bord de mer –, ce que Nathalie prenait pour acquis s’écroule méthodiquement. Que faire quand, à plus de 50 ans, rien ne subsiste ou presque de ce que l’on a construit, du point de vue familial, intellectuel et amoureux ? Comment avancer ? Comment transmettre ? À ces questions lourdes, Mia Hansen-Løve répond avec l’extrême délicatesse qui caractérise son cinéma, par un art de la mise en scène désormais fluide et abouti. Elle met en avant des gestes parfois anodins, presque invisibles : la manière dont Nathalie ouvre à répétition le panier du chat de sa mère, la façon dont elle parcourt des yeux sa bibliothèque, les détails de sa démarche, tout simplement…
Ces micro-événements finissent par créer un monde en soi. La réalité autour disparaît, remplacée par les sensations inédites que Nathalie façonne en refusant de se perdre. Presque sans en avoir l’air, une femme réinvente sa vie devant nos yeux.

Photo : Ludovic Bergery.

 

Mia Hansen-Løve a seulement 35 ans, mais son cinéma n’a pas d’âge, à la fois posé et énergique, détaché des contingences du temps. Je me suis toujours sentie en décalage avec mon âge, à un degré quasiment pathologique qui est un moteur pour mon écriture. Cela a nourri une mélancolie dont le cinéma m’affranchit. On écrit pour se libérer de ses démons tout en y revenant toujours. Quand je tourne, le sentiment de la distance au monde s’évanouit. Le rythme assez rapide avec lequel j’ai enchaîné écriture et tournages depuis dix ans vient d’une addiction à ce sentiment du présent retrouvé. Peu importe l’âge ou le sexe des personnages : quand je fais un film, j’ai l’impression de coïncider complètement avec eux et avec moi-même.

 

Le spectateur aussi coïncide avec Nathalie, étrange et attachante figure qui ne demande rien à personne et cultive une solitude peuplée de textes, de pensées, et d’un peu de soleil sur la peau. Son choix est radical. Dans la dernière partie du film, elle explique, à travers une de ses lectures, comment les mots et les idées peuvent remplacer les sensations physiques – et sans que cela ne soit dit, la sexualité. Une victoire ou une défaite ? L’Avenir ne tranche pas tout à fait, même s’il associe à l’ascétisme de son héroïne une forme de plénitude et de sagesse. Aucune souffrance ne se dégage d’elle. Cette échappée à contre-courant, venue d’une femme qui ne s’oblige à rien, rend le film bien plus provocateur qu’il n’y paraît.

 

 

L’Avenir de Mia Hansen-Løve.
Sortie le 6 avril.

 

Découvrez notre article sur “Back Home”, avec Isabelle Huppert.

 

 

Par Olivier Joyard

 

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