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Voyage au bout de la nuit parisienne avec le nouvel ouvrage d’Antoine de Baecque

 

Plongée au cœur de la ville qui ne dort jamais… Dans son nouvel ouvrage, “Les Nuits parisiennes – XVIIIe-XXIe siècle”, Antoine de Baecque retrace la palpitante épopée nocturne de la capitale. Numéro a rencontré ce spécialiste du XVIIe siècle et du cinéma.

Le récit d’Antoine de Baecque est mis en perspective à travers une riche iconographie.

Numéro : Comment vous est venue l’idée des Nuits parisiennes ?

Antoine de Baecque : Il existe toute une littérature de la nuit, qui va de Louis-Sébastien Mercier ou de Restif de La Bretonne à Alain Pacadis, en passant par les écrivains décadents comme Jean Lorrain. Une littérature de la dérive et de la déambulation à travers la capitale, nostalgique d’un Paris authentique qui ne subsisterait que dans ses recoins nocturnes. Le sujet, outre son aspect littéraire, m’a intéressé en tant qu’historien. Car l’histoire de la nuit, c’est l’histoire en marge de l’histoire officielle, de l’ordre diurne – le pouvoir politique. Les noctambules vivent de manière aussi intense qu’éphémère et sombrent vite dans l’oubli. Je voulais en quelque sorte sauver les noctambules.

 

Pourtant, c’est le pouvoir royal qui, le premier, a inventé la nuit, à savoir la nuit éclairée.

En effet, l’histoire de la nuit commence avec Louis XIV et ses illuminations royales. Le roi est celui qui fait la lumière. Source de justice et de vérité, symboliquement, il éclaire ses sujets. Et, au sens propre, c’est lui qui décide de l’éclairage public, du nombre de lanternes dans la ville. Le roi est aussi le grand ordonnateur de la fête, notamment nocturne. Jusqu’au dernier tiers du XVIIIe siècle, chaque baptême royal, chaque victoire militaire, chaque grand événement se voit célébré par une fête et des feux d’artifice. Vers 1770, on assiste à une “privatisation” de la nuit : les fêtes sont organisées dans les salons, au Palais-Royal (résidence du duc de Chartres et futur Régent, où les officiers du roi n’ont pas le droit d’entrer)… C’est la naissance d’une véritable société civile et festive. Il y aussi le Colisée, près des Champs-Élysées, ouvert en 1771 par les frères Ruggieri, entrepreneurs et grands artificiers. Il s’agit d’une sorte de parc d’attractions, un lieu clos payant totalement illuminé où peuvent se promener des milliers de personnes.

 

En fait, le pouvoir a toujours voulu contrôler la nuit…

Oui, mais l’essence de la nuit est précisément la subversion, ce qui échappe à l’institutionnalisation. Ainsi, pendant le Second Empire, quand les pouvoirs veulent réguler la danse avec la valse – policée et bourgeoise – on voit apparaître des “contre-danses” comme le chahut, ancêtre du french cancan…

De même, Montparnasse s’est imposé contre la nuit absolue de Montmartre, ses cafés, le Moulin-Rouge… en réaction à cette commercialisation de la nuit “Belle Époque” à l’érotisme convenu. Située dans l’ancien quartier étudiant, à l’esprit rebelle, la nuit de Montparnasse dans les années 1910-1920 est une riposte artistique et politique à cette nuit-là. On y trouve moins de conventions dans les mœurs, c’est une nuit très marquée par la nudité, l’émancipation féministe ou l’homosexualité.

 

Aujourd’hui, Paris est-elle toujours une ville de nuit ?

Depuis vingt ans, la moitié des lieux nocturnes de Paris a fermé. On assiste à une gentrification de la capitale. La mairie, consciente du patrimoine qu’est la nuit parisienne (et de son enjeu commercial), est prise entre deux feux. D’un côté, elle essaie d’institutionnaliser la nuit et de légitimer les marges avec des événements comme la Nuit blanche. De l’autre, elle ne veut pas froisser son électorat bobo et préfère éviter tout débordement nocturne. Mais que ce soit dans les free parties en périphérie ou dans les recoins interlopes de la capitale, une “alter nuit” demeure, libertaire, affranchie de tout système d’exploitation capitaliste, réfractaire à l’indétermination mondialisée entre jour et nuit. Contre tous ses prédateurs, la nuit parisienne continue de résister pour échapper au conformisme de l’ordre du jour.

 

Les Nuits parisiennes – XVIIIe XXIe siècle d’Antoine de Baecque, éditions du Seuil, 288 p.

 

Propos recueillis par Sean J. Rose​

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