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En direct de Cannes : que faut-il penser de “Rester vertical”, le film très attendu d'Alain Guiraudie ?

 

Notre spécialiste cinéma Olivier Joyard partage tout au long du festival ses coups de cœur et ses coups de gueule. Aujourd'hui, Rester vertical, le film très attendu d'Alain Guiraudie (L'inconnu du lac).

Photo : Emanuelle Jacobson-Roques

 

 

La rumeur cannoise est une vipère qui pique facilement, dans tous les sens et par tous les temps. Alain Guiraudie avait enthousiasmé la sélection Un Certain Regard en 2013 avec L’Inconnu du Lac, traité de drague gay lascif en même temps que film de plage bucolique hanté par des angoisses de mort. Avec la première apparition de sa carrière en Compétition pour son cinquième long-métrage, Rester Vertical, le meilleur cinéaste jamais issu du département de l’Aveyron suscite quelques haussements de sourcils déstabilisés.

 

Déstabilisant, ce film érotisé, panthéiste et mordant l’est certainement. A la ligne clair-obscur très tenue du précédent, succède une forme d’éparpillement. Celui que traverse son personnage principal, un scénariste en quête d’inspiration nommé Léo. Celui-ci semble davantage taillé pour la contemplation ou l’amour des corps et des étendues d’herbes que pour l’écriture. Quand Léo rencontre une jolie bergère, nous croyons à une fable. Quand il lui fait un enfant et qu’elle n’en veut plus, le film bifurque sans prévenir vers une forme étrange de drame social où la terreur du déclassement s’insinue. D’autres sorties de routes surviennent, quelques puissants recentrements aussi, quand l’aura sexuelle de ce garçon rencontre la bonne configuration…

 

 

Dans Rester vertical, les personnages ne savent jamais ce qu’ils font avant de s’y trouver confrontés. Ils n’anticipent rien ou alors leurs calculs sont faux. Ils vivent dans un état de surprise permanent face à leur désir et à celui des autres. Ils sont à la merci des loups qui rodent et pourraient tout dévorer, mais ils s’en sortent, se regroupent et les regardent même droit dans les yeux. Parfois sans le savoir, parfois sans l’atteindre, Léo recherche la fluidité la plus totale de l’expérience humaine, qui va contre les lois admises. Il couche avec un vieil homme mourant, puise des conseils de vie auprès d’une guérisseuse des forêts, oublie d’écrire, traverse petites villes et campagnes sans qu’on n’ait jamais l’impression qu’il change vraiment de lieu. Le monde se reconfigure sous ses pas. Son inquiétude est permanente, mais sa liberté immense.

 

Le film possède quelques défauts, une minuscule façon de s’aimer un peu trop lui-même, de contempler ses effets en riant sous cape. Mais Guiraudie va beaucoup plus loin que l’exhibition d’un style et d’une mise en scène qu’il maîtrise comme peu d’autres en France aujourd’hui : il applique les principes non formulés par son personnage à son propre cinéma. Il ne filme que ce qui lui donne envie de rester la nuit debout, c’est-à-dire la lune, les corps, le vent, les visages, le moment où une lumière rencontre un regard qui rencontre un morceau de peau. Un sexe en érection, un accouchement en gros plan entrent naturellement dans le champ du visible : ici, tout surgit, tout s’incarne. Et le spectateur entre dans ce beau film aux accents mythologiques comme il veut, choqué, amusé, bercé comme un enfant ou un agneau qui éprouverait la caresse bizarre des images et des sons pour la première fois.

 

Rester vertical d'Alain Guiraudie, en compétition.

 

Par Olivier Joyard

 

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