21 Août

Quel prostitué se cache en vous ? Un test de l’écrivaine Nina Yargekov, prix de Flore 2016

 

Numéro homme vous invite à répondre à quelques questions imaginées par le prix de Flore 2016 Nina Yargekov (pour son roman “Double nationalité”) afin de savoir une fois pour toutes quel prostitué se cache en vous.

Par Nina Yargekov

Dans “Sauvage” de Camille Vidal-Naquet (en salle le 29 août), Félix Maritaud incarne un jeune homme qui se prostitue.

Attention, le texte qui suit n'est pas à prendre au pied de la lettre, n'essayez pas de reproduire chez vous les situations qui y sont évoquées...

 

Argent rapide, horaires souples, rencontres insolites. Qui n’a jamais rêvé de devenir prostitué ? Si la profession est très féminisée, elle n’en représente pas moins une alternative intéressante pour tous les hommes qui aspirent à exercer une activité à la fois rémunératrice et centrée sur le contact humain. Grâce à ce test, découvrez votre portrait en travailleur du sexe. Et profitez-en pour, peut-être, préparer votre réorientation professionnelle.

 

1. Vous débutez ce soir. Qu’est-ce qui vous tracasse le plus ?    

L’opacité du droit fiscal. Comment devrez-vous déclarer vos revenus ?

 Les contrôles de police. C’est que vous êtes du genre un peu bronzé.  

 La pensée que votre amoureux sera déçu si vous gagnez moins que prévu.  

Rien, car vous n’avez pas encore compris ce qui vous attendait dans ce parc. 

 

 

2. Installé sur votre lieu de tapin, vous attendez les clients. Votre état d’esprit ? 

Pourvu qu’il ne pleuve pas, vous avez oublié votre joli parapluie à pois violets. 

Vous pourriez sûrement augmenter vos gains en acceptant quelques rapports sans capote. 

Ce n’est pas parce que vous couchez avec des hommes que vous êtes homosexuel. 

Un jour, vous deviendrez cosmonaute. Ou médecin. Non, cosmonaute, c’est plus chouette.  

 

3. Pendant vos passes…  

Vous fermez les yeux et songez à l’Angleterre qui se rapproche. 

Vous vous appliquez à donner le plus de plaisir possible, mais sans abîmer votre brushing. 

Vous imaginez votre amoureux au volant de la BMW que vous lui offrirez bientôt.  

Vous insultez le client dans votre langue maternelle, cela sur un ton qui lui laissera penser qu’il s’agit de mots doux. 

 

Félix Maritaud dans “Sauvage” de Camille Vidal-Naquet

4. Nuit de disette. Déjà trois heures du matin et toujours rien.   

La honte. Si personne ne veut vous baiser, c’est que vous êtes vraiment trop moche. 

Vous rêvez d’une nuit complète chez un client, moins pour l’argent que parce que ce serait enfin l’occasion de dormir dans un lit chaud.   

 Dire que vous payez un loyer pour avoir le droit d’occuper cet emplacement pourri.     

 C’est à cause de ces enfoirés de Bulgares et de Roumains qui cassent les prix. 

 

 

5. Un client vous entretient de sa femme, de ses enfants, de son éducation catholique et de son homosexualité non assumée.          

Vous êtes heureux et fier de lui permettre de s’épancher. Cette double vie, ces mensonges, quelle souffrance terrible cela doit être. 

Le temps c’est de l’argent, s’il vous prend pour son psy, aucun souci, mais qu’il raque. 

Vous lui proposez d’échanger son existence contre la vôtre, toutefois quand il apprend que vous êtes endetté jusqu’au cou, bizarrement il se défile.     

Vous ne comprenez rien à sa logorrhée mais acceptez avec joie la peluche qu’il vous offre.  

 

 

6. Agression à l’arme blanche. On vous vole tout votre argent. 

Vous courez vous réfugier dans votre tente humide et pleurez toute la nuit. 

Pas de quoi en faire un plat, ça vous arrive au moins une fois par mois. 

Vous appelez votre amoureux et lui jurez que non, ce n’est pas un bobard, mais chéri enfin chéri crois-moi pourquoi j’inventerais une histoire pareille.  

Vous alertez vos collègues, votre syndicat et la presse, puis organisez une grande manifestation contre les violences faites aux travailleurs du sexe. 

 

 

Faites les comptes :

 

En cas d'égalité, prenez une pièce de monnaie, disposez-la sur le haut de votre crâne et allongez-vous sur le ventre. Levez la jambe droite et adoptez la position du lotus carnivore qui aboie au soleil couchant. Soufflez fort en méditant sur l'absurdité de l'existence humaine, puis penchez la tête en avant afin que la pièce de monnaie tombe au sol. Face : ne tenez pas compte des questions impaires. Pile : ne tenez pas compte des questions paires. 

“Evelyn IV, Santiago”, 1987, de Paz Erràzuriz, tiré de la série La Manzana de Adán.

Majorité de  – Vous êtes Un mineur étranger isolé 

Âgé de 11 à 17 ans, originaire d’Afghanistan, de Syrie, d’Égypte ou d’ailleurs, vous vous prostituez dans le parc attenant au camp de migrants où vous végétez, cela dans l’espoir de réunir assez d’argent pour passer en Angleterre. Avoir des rêves, c’est bien. Construire un business plan, c’est mieux. Songez à augmenter vos tarifs ! Votre peau est ferme, votre haleine fraîche. Il est idiot de vous brader. 

 

Majorité de  – Vous êtes Un migrant superprécaire  

Vous avez quitté femme et enfants et êtes venu en Europe car vous pensiez que la vie y serait plus facile. Sauf que vous n’avez toujours pas terminé de rembourser votre passeur. Et si vous vous montriez plus ambitieux ? Faites venir des compatriotes, prenez un pourcentage, montez un réseau. Lancez-vous dans la traite d’êtres humains, en somme. Avec un peu de chance, d’ici quelques années, vous aurez de quoi vous payer de faux papiers d’identité.  

 

Majorité de  – Vous êtes Un travesti old school    

À l’heure d’internet, on se demande bien ce que vous fabriquez à tapiner dehors alors que vous pourriez racoler par petites annonces. Mais pour vous, déambuler sous les lampadaires a un délicieux parfum d’antan. Vous aimez votre profession et militez au sein d’une association qui défend les droits des travailleurs du sexe. Un jour, vous écrirez vos mémoires et passerez à la télévision. Prenez tout de même garde à ne pas faire de votre cas une généralité.  

 

Majorité de  – Vous êtes Une vache à lait maquée 

En couple avec votre proxénète que vous aimez d’amour, vous donneriez votre vie pour lui. Il n’en demande pas tant, votre cul lui suffit. Et votre fric, bien sûr, dont vous ne voyez jamais la couleur. N’essayez pas de le quitter, vous êtes sous emprise, vous n’avez pas les ressources mentales pour vous sevrer seul de cette relation toxique. La drogue et l’alcool en revanche pourraient utilement vous aider à supporter votre désastreux quotidien. 

NuméroNews