Lors de son dernier défilé à New York, Thom Browne présentait une collection inspirée du Gesamtkunstwerk, le concept “d’œuvre d’art totale” : “Je voulais que les vêtements classiques deviennent plus qu’une collection, et soient considérés comme une œuvre d’art immersive.” Du décor, composé d’un lac gelé et d’arbres nus où trônaient chiens et pingouins, aux looks, en passant par le maquillage et les coiffures, la laine froide grise se retrouvait partout. D’ordinaire utilisée pour la confection des costumes, elle devenait l’élément majeur de la collection et de la scénographie, plongeant le spectateur dans l’œuvre de Thom Browne.

 

C’est en effet par le vêtement masculin que le créateur s’est d’abord illustré dans la mode. Avec virtuosité, l’Américain s’est focalisé sur le costume, en associant le classicisme à une démarche conceptuelle. Longueur raccourcie ou allongée, volumes exagérément larges ou étriqués, coupes impeccables, matières sublimes et détails d’une précision inouïe : s’inspirant de l’âge d’or du tailoring, les années 50-60, il remet au goût du jour une rigueur repensée comme un statement radical. Dans ses collections domine un camaïeu de gris. S’il s’octroie quelques rares fois l’utilisation de couleurs, c’est pour exalter la puissance de sa palette quasi monochromatique : “Pour moi, le gris est une couleur intemporelle qui possède bien plus de sens que les autres teintes”, souligne-t-il.

 

C’est dans le même état d’esprit qu’il construit sa vision de la femme, et repense, saison après saison, le tailoring féminin avec la même fantaisie rigoureuse, jouant des proportions comme personne : “Je pense que c’est important de conserver une esthétique claire qui m’appartienne. Les clients peuvent ainsi reconnaître et comprendre mon travail. Pour moi, les designers majeurs de ces cent dernières années créaient dans cet état d’esprit.

 

À ces propositions audacieuses, Thom Browne associe un sens de la mise en scène exceptionnel, et chacun de ses défilés, pensés comme de véritables performances artistiques, fait sensation : hommes sur des échasses, reconstitution d’une église ou encore ballerines robotiques. Délaissant la Fashion Week de New York pour celle de Paris, le créateur s’explique : “Paris et son public sont beaucoup plus ouverts en termes de mode conceptuelle.” C’est d’ailleurs Sarah Andelman, directrice artistique de Colette, qui la première a compris, soutenu et vendu ses collections. Et comme pour boucler la boucle, d’ici quelques jours Thom Browne prendra ses quartiers au premier étage du célèbre concept store pour y présenter une installation pendant un mois, succédant à Balenciaga et à Sacai, offrant une fois de plus à sa vision irrévérencieuse et faussement classique toute la place qu’elle mérite dans le paysage actuel de la mode.

 

Thom Browne chez Colette, du 2 au 28 octobre.