FIAC 2017 : ce qui a déjà été vendu

Pour prendre le pouls de la foire d'art contemporain installée au Grand Palais jusqu'au 22 octobre, rien de mieux que d'observer les toutes premières ventes. Numéro est allé voir du côté d'une quinzaine de galeristes, quelques heures seulement après l'ouverture de la FIAC aux collectionneurs le mercredi 18 octobre. 

Par Thibaut Wychowanok

Lehmann Maupin

 

Chez le galeriste new-yorkais Lehmann Maupin, les œuvres de Kader Attia, lauréat des prix Marcel Duchamp 2016 et Joan Miro 2017, partent comme des petits pains. L'œuvre “Sans Titre” de 2017 s'est vendue entre 70 000 et 80 000 euros à une fondation privée d'art contemporain en France. Prix un peu plus élevé (80 000 à 100 000 euros) pour “Eternal Conversation” (2016), également vendue.

 

 

 

KADER ATTIA, “Untitled”, 2017. Médias mixtes, 2 prothèses de jambes, et chaise. Dimensions variables. Courtesy Kader Attia and Lehmann Maupin, New York and Hong Kong.

 

KADER ATTIA, “Eternal Conversation”, 2016. Sculpture murale médias mixtes, calebasses et acier inoxydable. 220 x 200 cm. Photo: Sébastien Bozon. Courtesy the artist and Lehmann Maupin, New York and Hong Kong.

Galerie Marian Goodman

 

La journée a aussi été bonne chez Marian Goodman. La grande installation en bronze de William Kentridge s'est vendue sans difficulté. Il faut dire que l'artiste sud-africain était partout cette année à Paris : Art Afrique à la Fondation Louis Vuitton, Afriques Capitales à La Villette et en solo show à la galerie Marian Goodman bien sûr. Autre valeur sûre de la galerie, la pièce accrochée d'Annette Messager n'est déjà plus à vendre. Même chose pour Ettore Spalletti.

Annette Messager, Discours amoureux, 2017. Gloves and pencils, 115 x 180 x 12 cm

William Kentridge, Lexicon, 2017

135 x 180 x 15 cm

27 x 180 x 15 cm

Editions of 8 + 2 APs

Galerie Thaddaeus Ropac

 

Chez Thaddaeus Ropac, on se bousculait en fin de journée pour avoir une précieuse dédicace de Gilbert & George, le célèbre duo également à l'honneur dans l'espace de Pantin jusqu'au 20 janvier. Dans l'arrière-salle du stand, aussi, on s'affairait. Deux des trois Georg Baselitz installés ont déjà été décrochés. Et pour cause, ils sont vendus : 1,8 million d'euros, tout comme le Rauschenberg, lui aussi parti dans la journée (1, 1 million de dollars). Autre pièce vendue (et la journée est loin d'être finie) : un rougeoyant Imi Knoebel.

 

 

Il restait encore un Georg Baselitz en fin de journée accroché sur le stand Ropac :

Trauerseeschwalbe, 1972.

Huile sur toile, 162,5 x 130,7 cm.

Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London, Paris, Salzburg.

Imi Knoebel, Schnitt 13, 06, 2017. 2017 Acrylique, aluminium

117 x 237,6 x 4,5 cm (69.69 x 93,54 x 1,77 in)

Galerie Kamel Mennour

 

Chez Kamel Mennour, le stand ne désemplissait pas, mais on préférait rester discret sur les ventes. On saura seulement que la grande sculpture trônant à l'entrée d'Ugo Rondinone (entré récemment à la galerie) et qu'une pièce historique de Daniel Buren (1970) étaient vendues. Le Français a justement droit à une très belle double exposition à Paris chez Kamel Mennour et à Londres chez Lisson. On n'est pas très inquiet non plus pour les sculptures de Camille Henrot, l'artiste étant célébrée par un solo show monumental au Palais de Tokyo. 

Ugo Rondinone, moonrise. East. February, 2005 Cast aluminium, Brown enamel, wooden plinth 200 x 140 x 120 cm Socle/Plinth 58 x 124,5 x 124,5 Editions 3 of 3, with 1AP (inv n°UR10)

Metro Pictures

 

Encore Camille Henrot chez Metro Pictures. Sa galerie américaine a fait le choix d'accrocher des dessins de l'artiste. Ils sont bien vendus. Et la sculpture ? Réservée mais pas encore confirmée. Beau succès pour les peintures de Paulina Olowska, hommage à l'enseigne Tati. Sa “Tati 1”, la plus réussie, est partie (environ 90 000 dollars).

Camille Henrot, Study for Failed Dog Training

(Minor Concerns) 2017

Watercolor on paper

87 x 117,5 cm

90,8 x 121,3 cm

94,9 x 125,7 cm

Paulina Olowska, Tati 1, 2017

Oil and acrylic on canvas

220 x 139,7 cm

Galerie Perrotin

 

La galerie Perrotin, placée face à l'entrée du public, frappait fort et bling avec une sculpture gigantesque recouverte de feuilles d'or de Takashi Murakami. Aucun collectionneur n'avait encore succombé définitivement à cette “Flamme du désir” (c'est son titre) en milieu d'après-midi. Mais le désir étant roi chez les collectionneurs... En revanche, au moins une toile de Bernard Frize et une œuvre de Gregor Hildebrandt, toujours à l'entrée, étaient vendues. Tout comme l'œuvre “Le Fantôme de Souris” de Sophie Calle. L'artiste française célébrait la veille avec une grande fête son exposition au Musée de la chasse.

Takashi Murakami, Flame of Desire – Gold, 2013-2015

Fibre de carbone, peinture à l’uréthane, feuille d’or, base de corian

498,4 x 188,6 x 183,1 cm

Hildebrandt, To Damascus (Harriet Bosse), 2017-10-19 Tirage jet d’encre, boîtes en plastique dans une caisse en bois

160 x 111, 5 cm

Unique

Bernard Frize, Lott, 2017-10-19 Acrylique et résine sur toile, châssis en aluminium

180 x 160 cm

Unique

Sophie Calle, Le fantôme de Souris, 2017-10-19 Photographie couleur, texte, cadres en bois

50 x 50 cm / 76 x 50 cm

Lisson Gallery

 

Chez nos amis anglo-saxons, on se félicite toujours de premières journées exceptionnelles. Mais si l'on connaît les artistes vendus, difficile de connaître les œuvres précises. La Lisson Gallery parle même de première journée “phénoménale” avec des œuvres vendues de Daniel Buren, Anish Kapoor, Pedro Reyes et Leon Polk Smith dans une fourchette de prix estimée entre 30 000 et 750 000 euros (on devine facilement pour quel artiste). Les pièces de Carmen Herrera, Laure Prouvost et Joyce Pensato ont été réservées. 

 

Whitecube

 

Selon les directeurs Mathieu Paris et Sharis Alexandrian, la première journée s'est soldée par des ventes de 4 pièces de Theaster Gates, dont un placement au sein d'une grande fondation française. Deux œeuvres de Tracey Emin sont également parties, dont le néon Red, White and Fucking Blue (2017) qui entre dans une prestigieuse collection privée européenne et la photo Running Naked (2011). Beau résultat également pour Gabriel Orozco (4 ventes) et les photographies de Christian Marclay.   

 

Tracey Emin: the neon Red, White and Fucking Blue (2017)

L'une des quatre œuvres de Theaster Gates vendues dès la première journée.

Balice Hertling

 

Très beau stand pour l'équipe de Balice Hertling qui a bien sûr très rapidement vendu les pièces de Neïl Beloufa. Le Français vernit justement ce jeudi son exposition dans l'espace du 239, rue Saint-Martin, et sera aussi mis à l'honneur à l'international très bientôt (ICA de Miami, notamment). Autre génération d'artistes, Simone Fattal connaît, elle aussi, la cour des collectionneurs. Son tableau “La Vague” de 1974 est parti.

 

 

Neïl Beloufa, Sustainable Handshake -2018, 2017-10-19 Dyed resin, cardboard packaging mounted on painted wood, aluminium frame, electrical outlet, cable, néon, 160x 292 x 9 cm Neïl Beloufa, Sustainable Big Beagle, 2017-10-19 Cardboard, resin, electrical wire 31 x 44 x 12 cm

Clearing

 

Les Belgo-Américains, eux, n'ont aucune difficulté à énoncer la liste des pièces vendues sur le stand. Évidemment, le tableau de la jeune star d'origine thaïlandaise Korakrit Arunanondchai (né en 1986) était pré-vendue avant même d'arriver sur la foire. Mais les pièces de Jean-Marie Appriou et Loïc Raguénès ont été achétées sur place.

New Galerie

 

À la New Galerie, on surfe à raison sur la vague Cédric Fargues (nominé au prix Meurice 2017). Une dizaine de pièces sont déjà vendues. Beau succès auprès des collectionneurs également pour les géniales haches (8 000 dollars pièce) de l'artiste Darja Bajagic. L'artiste s'est inspirée de l'imagerie érotico-fétichiste du Net qui mêle filles sexy et armes en tout genre (tapez seulement “girls and gun” ou “gun and axes” sur Google...)

Darja Bajagic

Cédric Fargues

Le retour du design

 

Les galeries de design effectuaient leur grand retour à la FIAC avec cinq sélectionnées (Jousse Entreprise, Galerie kreo, LAFFANOUR - Galerie Downtown, Eric Philippe et Galerie Patrick Seguin). Même écho chez Jousse et Laffanour, l'effervescence est réelle et l'intérêt très fort de la part des collectionneurs. Beaucoup de réservations... à concrétiser dès ce jeudi ? À quelques pas de là, la Manufacture de Sèvres, elle, a déjà vendu. Mais peut-être parce que l'institution se positionne moins sur le design que sur l'art contemporain en misant sur des partenariats avec de grands artistes. En milieu d'après-midi, les assiettes de Lee Ufan se vendaient bien et les pièces de Lionel Estève (grandes et plus petites) s'étaient arrachées, entre autres (d'autres restent encore disponibles).

Lionel Estève 

Lee Ufan

GALERIE CHANTAL CROUSEL

 

Stand passionnant à la galerie Chantal Crousel. Et les résultats ne se sont pas fait attendre : une sculpture de Roberto Cuoghi a été vendue à un collectionneur et un ensemble de tables de ping-pong de Rirkrit Tiravanija trouvera sa place dans les collections du Musée de Boston. Deux sculptures de Oscar Tuazon présentées sur la Place Vendôme sont également vendues à une fondation privée et à une collection privée. Le match semble déjà gagné.

Rirkrit Tiravainja, untitled 2015 (demain est la question) series, 2015, Silkscreen on ping pong table and paddles / Sérigraphie sur table de ping pong et raquette. Vue du Stand de la Galerie Chantal Crousel, Paris (Stand 0.B26), Fiac 2017 Photo : Pieranna Scagliotti

PACE

 

Sur le stand de la grande galerie internationale, l'évènement est la sculpture-installation en bronze de Raqib Shaw : Moon Howlers (2019-2013). Succès Instagram garanti. Si cette (grande) pièce n'avait pas encore trouvé preneur définitif le premier jour, d'autres œuvres de l'artiste ont été vendues. Tout comme pour Robert Ryman (un tableau de 1965), Kiki Smith et Robert Irwin (une pièce de 1966). La galerie organise également deux performances de Robert Whitman, Prune Flat (1965) et Local Report: Side Effects (2007), samedi 21 à 20h30 dans l'auditorium du Louvre.

 

Raqib Shaw : Moon Howlers (2019-2013)