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Julian Schnabel, Paul Watson, David LaChapelle et Cyrill Gutsch... 4 personnalités internationales s'engagent pour les océans

 

Mobilisés pour la protection des océans, l’immense artiste Julian Schnabel et le célèbre photographe David LaChapelle s’engagent aux côtés du businessman Cyrill Gutsch et de l’activiste écologiste Paul Watson. Rencontre.

Mais quel point commun entre un très sérieux et vénérable artiste, Julian Schnabel, un sulfureux “pirate” écologiste, ex-membre de Greenpeace, Paul Watson, et un photographe pop iconique, David LaChapelle ? “L’océan”, répondent en chœur les intéressés, réunis par le businessman Cyrill Gutsch, fondateur de l’organisation Parley for the Oceans.La protection des océans dépasse de loin la défense des animaux marins, précise Julian Schnabel. Défendre les océans, c’est défendre l’humanité.” Le célèbre artiste et réalisateur fut l’un des tout premiers à soutenir Parley : en en dessinant l’emblème, évidemment, mais aussi en accueillant au sein de son Palazzo Chupi, à New York, son premier rassemblement. Selon l’organisation, le corail aura disparu de la surface de la Terre d’ici à 2025. Quant à l’effondrement de la pêche commerciale, il devrait avoir lieu dès 2048… avec des conséquences désastreuses pour la biodiversité. Face à ces enjeux, Parley a choisi l’arme médiatique. Mais Parley propose également des solutions concrètes, à l’instar de la collaboration initiée entre Pharrell Williams et G-Star Raw afin de recycler le plastique récolté dans les océans en une collection de vêtements. Et ce n’est qu’un début… 

David LaChapelle et l’activiste écologiste Paul Watson réunis à la Galerie Daniel Templon à Paris, à l’occasion de l’exposition Land Scape du célèbre photographe. Portrait Stéphane Gallois.

Numéro : Les artistes ont-ils le devoir moral de s’engager pour la défense de la planète ?

Julian Schnabel : La vérité est qu’on ne peut demander qu’une chose à un artiste : créer. La défense d’une cause, en l’occurrence la défense des océans, demeure pour moi de l’ordre de l’engagement personnel et doit rester distincte de mon travail d’artiste. Andy Warhol a fait preuve d’une grande générosité, mais ce n’est pas ce qui fait l’intérêt de son travail. L’artiste travaille dans un monde parallèle, ce qui peut expliquer parfois son désintérêt pour les événements contingents. Prenez l’exemple de Matisse. Alors que l’Europe est à feu et à sang, il peint des femmes nues. Cela a pu choquer. Mais enfin, il n’était pas payé pour commenter la marche du monde.

 

David LaChapelle : Certes, les artistes n’ont pas pour seule fonction de refléter dans leurs œuvres la société et les débats qui la traversent. Mais nous avons le pouvoir d’éclairer les zones sombres du monde. C’est de notre responsabilité. La production artistique, actuellement, répond plutôt aux attentes du marché qu’à des enjeux de société. En cela, l’art est le reflet de notre monde, plus intéressé par le profit que par les idées. Beaucoup d’artistes sont tellement obnubilés par le prix de leurs œuvres dans les salles de vente qu’ils ne réfléchissent pas à ce que devrait être l’art aujourd’hui.

Alors que l’Europe est à feu et à sang, Matisse peint des femmes nues. Cela a pu choquer. Mais enfin, il n’était pas payé pour commenter la marche du monde. Un artiste vit dans un espace distinct. Julian Schnabel

À quel avenir faut-il se préparer ?

Paul Watson : Le monde de 2114 ressemblera à celui de 1814. J’en suis certain. Une planète où nous nous déplacerons à cheval et en bateau à voiles… Et je pense que c’est une bonne chose, parce que nous n’avons tout simplement pas les ressources pour continuer à vivre comme aujourd’hui. Prenez l’exemple des avions, ce ne sont pas seulement des moyens de transport mais de véritables villes flottantes. Au moment où je vous parle, trois millions de personnes sont dans les airs. Une culture se développe dans le ciel actuellement. Est-ce vraiment raisonnable ? Est-ce bien nécessaire ?

 

David LaChapelle : Le monde a connu des “progrès” dont nous aurions pu nous passer. Les entreprises créent sans cesse de nouveaux besoins sans penser aux conséquences. Dans mon enfance, il n’existait pas de bouteilles d’eau en plastique. Et puis elles sont apparues. Nous nous sommes mis à payer l’eau, à payer pour le plastique qui l’entourait plutôt. Et aujourd’hui nous payons à nouveau, pour nous débarrasser de ce plastique qui pollue nos plages.

 

Julian Schnabel : Il est essentiel aujourd’hui de distinguer le superflu et le nécessaire au sein de nos modes de vie et de nos besoins.

 

Pensez-vous que le monde soit prêt à sacrifier un peu de son confort ?

 

Paul Watson : Mais nous n’avons pas le choix ! Soit nous prenons des décisions radicales, soit la planète s’en chargera à notre place. Je reste optimiste, car nous n’avons même pas besoin qu’une majorité de la population soutienne ces changements. Les grandes révolutions humaines – la révolution américaine, la Révolution française… – n’ont jamais nécessité l’engagement de plus de 7 % de la population totale.

 

Laisser une trace éternelle dans le monde en le rendant meilleur, n’est-ce pas particulièrement séduisant pour l’orgueil de l’homme ? Paul Watson

Et pour mener à bien cette révolution, êtes-vous prêts à enfreindre la loi ?

Paul Watson : Nous avons stoppé une pêche illégale et sauvé 800 thons récemment. Notre opération était légitime, bien que jugée illégale par certains. L’entreprise en question nous a attaqués au Royaume-Uni, et mon bateau a été saisi. Même lorsque nous gagnons un procès, leur horde d’avocats fait appel encore et encore en espérant nous asphyxier financièrement. Pour avoir effectué ce type d’actions, je suis actuellement sur la liste noire des individus

les plus dangereux… comme si c’était aussi grave qu’une participation à un génocide !

 

Julian Schnabel : C’est la demande d’extradition du gouvernement japonais à ton encontre, alors que tu étais en Allemagne, qui m’a sensibilisé à ton combat. Je ne comprenais pas qu’on puisse considérer un homme qui se bat pour sauver des animaux innocents comme un criminel de guerre…

 

Paul Watson : Sea Shepherd, mon organisation, est combative mais non violente. Les armes ne sont pas la solution. En revanche les caméras peuvent nous aider. Si nous arrivons à rendre publique la réalité de ce qui se passe dans le monde, alors nous modifierons le cours des choses. Nous sauverons des vies. Est-ce que les gens savent que tous les dix jours un bateau d’une centaine de containers se rend de Chine aux États-Unis juste pour Walmart ? Qu’une partie de l’industrie de la pêche travaille à l’extinction de certaines espèces afin de faire monter le cours de ces marchandises ? Qu’ils exterminent volontairement des poissons afin d’être les seuls à en détenir des réserves dans de gigantesques entrepôts de congélation ? On parle ici de millions de dollars…

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok, photos Stéphane Gallois, Van Sarki

 

www.parley.tv

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