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Alexander McQueen, portrait d’un créateur audacieux au destin légendaire

 

À l’occasion de la sortie de la biographie d’Alexander McQueen, “Blood Beneath the Skin”, par Andrew Wilson, qui dévoile le parcours atypique et émouvant du créateur, Numéro revient sur l’univers de ce visionnaire tragiquement disparu.

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Son crâne rasé, allié à son légendaire franc-parler, et son accent cockney lui ont valu les surnoms de “bad boy” ou de “hooligan”… Les bien-pensants se sont souvent offusqués de son esprit provocateur. Tout en se réjouissant secrètement du frisson d’interdit qu’il insufflait à une industrie de plus en plus policée. Alexander McQueen a essuyé, comme d’autres avant lui, les critiques qui sont le lot des esprits libres et avant-gardistes. Mais chaque saison, on se pressait pour voir son défilé dont la mise en scène, souvent audacieuse et spectaculaire, constituait un événement marquant, un moment de poésie qui allait au-delà d’une simple présentation de collection. Ses vêtements, proches de la haute couture, romantiques et sombres, auraient pourtant suffi à attirer l’attention sur lui. Mais pour Alexander McQueen, ils s’inséraient dans un message plus large, que formulait le défilé dans son ensemble.

 

McQueen artiste ? Orchestrateur de performances, indéniablement. Le créateur a scrupuleusement repoussé toutes les limites du défilé de mode traditionnel, secoué son public en intégrant dans ses présentations des éléments perturbateurs. Ou comment l’horreur infiltre le beau pour le guider vers le sublime. “J’utilise les choses que les gens cachent, la guerre, la religion, le sexe, et je les force à les regarder”, a-t-il un jour déclaré. En 1995, le sexe sert même de métaphore à la politique : dans sa collection Highland Rape, les vêtements déchirés et l’air hagard des mannequins font allusion, expliquera-t-il par la suite, au “viol de l’É​cosse par l’Angleterre”… En 1999, Aimee Mullins, athlète amputée des deux jambes, défile sur des prothèses de bois sculpté. Le handicap se frotte à la beauté idéale pour élargir sa définition. Au-delà de la volonté de choquer, c’est bien le corps que McQueen replace au centre de la problématique de la mode. Illustrant le caractère nécessairement morbide de la quête de beauté parfaite, la dialectique du fantasme s’inscrit violemment dans la chair. Jusqu’à la faire disparaître et la remplacer, comme en mars 2006, par un évanescent hologramme de Kate Moss, et jusqu’à la torturer sous l’œil terrifié des spectateurs, dans les vingt minutes de course folle et de dérapages du défilé Deliverance, inspiré du film On achève bien les chevaux. Sadisme et cruauté, voilà le programme : les loups sont dans la bergerie. Ou plutôt à la Conciergerie, où il présente, en mars 2002, sa collection hiver dans un décor constitué de canidés hurlants en cage. 

 

Démiurge à ses heures, McQueen expérimente avec la danse, la peinture, le théâtre, tous invités dans ses spectacles dantesques. Leurs tirs croisés produisent des étincelles. En 1999, Shalom Harlow se tient immobile sur un plateau tournant, pendant que deux immenses bras articulés aspergent sa robe blanche de peinture jaune et noire. Alexander McQueen étend alors le registre d’expression du mannequin en exigeant un vrai travail d’actrice : Shalom Harlow mime l’effroi, cache son visage entre ses mains, avant de rentrer en coulisses en vacillant… Mais le questionnement de McQueen est existentiel, et son énergie, viscérale et tragique. Et l’art, il faut le dire, ne se marie guère avec la vie, il cultive même une fâcheuse tendance à l’étouffer. Alors, encore et encore, les mannequins disparaissent, leurs corps remodelés par les corsets, les chaussures extrêmes, les coupes structurées absolument virtuoses du créateur. Diaphanes, presque exsangues, ils se laissent envahir par les roses grimpantes dans son défilé d’octobre 2006. Tableaux vivants ou gisants miraculeusement verticaux ? La poésie d’Alexander McQueen n’avait que faire de ces questions tranchées.

 

Par Delphine Roche

 

Alexander McQueen – Blood Beneath the Skin d’Andrew Wilson, publié aux éditions Hardcover.
 

Photo par Gianni Campalato

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