22 Août

Croquis de mode, soirées folles et photos cultes, découvrez le mythe Antonio Lopez

 

Illustrateur de mode, photographe et noctambule, le mythique Antonio Lopez a incarné à la perfection l’insouciance pop des seventies. Un nouveau documentaire de l’Américain James Crump revient aujourd’hui sur la vie fascinante de cette figure pétillante et de sa communauté d’amis artistes et mannequins.

Par Alexis Thibault

  • Pat Cleveland and Donna Jordan, Paris. 1970.
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  • Antonio Lopez, Paris, 1973.
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  • Bill Cunningham et Antonio Lopez, New York City, 1978.
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  • Karl Lagerfeld, Saint-Tropez, 1970.
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  • Tina Chow, 1971.
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  • Antonio et Nancy North au Café Bonaparte, Paris, 1972.
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  • Juan Ramos, Paris,1972.
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  • Antonio Lopez, Jardin du Luxembourg, Paris, 1971.
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  • Antonio Lopez, Pat Cleveland and Karl Lagerfeld, Paris, 1970.
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  • Antonio Lopez, Corey Tippin et Donna Jordan, Saint-Tropez, 1970
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  • Donna Jordan, 1973.
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  • Maison de Bonneterie campaign, Amsterdam, 1972
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  • Artwork for Brigitte Bardot Interview magazine cover, April 1975.
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  • Campaign for Hudson Stocking, Germany, late 1960s.
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  • Jerry Hall, Maison de Bonneterie campaign, Amsterdam, 1972.
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  • Pat Cleveland et Billie Blair, Interview magazine, 1973.
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  • Paloma Picasso British Vogue, 1972.
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  • Japanese magazine (Patti D’Arbanville), early 1970s.
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  • French Vogue, designs by Karl Lagerfeld, 1972
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  • Antonio’s hybrid of 1920s fashion with a 1970s attitude revolutionized the fashion industry.
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  • Japanese magazine, early 1970s.
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  • Antonio Lopez, Paris, 1970.
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  • Corey Tippin, Donna Jordan and Antonio Lopez, Saint-Tropez, 1973.
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  • Carol LaBrie, for Italian Vogue, 1971.
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  • Antonio Lopez, Coraly Betancourt and Alex de IIanos, Club Sept, Paris, 1973.
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  • Donna Jordan, for 20 Ans, 1970.
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  • Eija Vehka Ajo, Juan Ramos, Jacques de Bascher, Karl Lagerfeld and Antonio Lopez, Paris, 1973.
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  • Loulou de la Falaise, Paris, 1977.
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  • French Vogue, designs by Karl Lagerfeld, 1972.
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  • Jerry Hall and Antonio Lopez, Paris, 1972.
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  • Jerry Hall, 1974.
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  • Juan Ramos at the Carnegie Hall studio, New York City, 1969.
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  • Jessica Lange, Paris, 1974.
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  • Grace Jones (Candy Bar Girls series), 1977. Photographie par Antonio Lopez. © Copyright The Estate d’Antonio Lopez et Juan Ramos, 2012. Extrait d’Antonio Lopez 1970: Sex Fashion & Disco réalisé par James Crump.
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  • Grace Jones (from Black and White Shower series), Paris, 1975.
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  • Jane Forth and Antonio Lopez, Carnegie Hall studios, New York, 1970.
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  • Juan Ramos and Karl Lagerfeld, Saint-Tropez, 1973 .
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  • Karl Lagerfeld, Paris, 1970.
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  • Pat Cleveland, Studio 54 Fashion Show, circa 1978
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  • Tina Chow, London, 1975.
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  • French Vogue, 1970.
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  • L’Uomo Vogue, 1970.
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  • L’Uomo Vogue, 1970.
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  • Soen, Japan, 1968.
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  • Corey Tippin, Donna Jordan, Jane Forth and Jay Johnson, Paris, 1971. © Copyright The Estate of Antonio Lopez and Juan Ramos, 2012. From Antonio Lopez 1970: Sex Fashion & Disco directed by James Crump.
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D’après la légende, Antonio Lopez aurait dessiné sa première robe à seulement 2 ans. Et cela ne ressemblait certainement pas à la tentative maladroite d’un enfant ordinaire. Né sur l’île de Porto Rico d’un père sculpteur de Stockman et d’une mère couturière, Antonio Lopez sera bercé par l’étoffe, l’aiguille et l’imprimé. Dans les années 50, sa famille débarque à New York, le quartier espagnol d’East Harlem devient alors son nouveau fief. Long cheveux bruns bouclés, moustache, fume- cigarette et sapes éclatantes... la musique coule dans les veines de ce danseur hors pair qui tient autant du dandy que de l’univers de David Hockney. Au sortir du Fashion Institute of Technology, c’est au rythme des cocottes de Nile Rodgers qu’il élabore les lignes de ses mannequins en aquarelle pour Women’s Wear Daily, Interview puis pour Vogue. Plus tard viendra la photographie, son Instamatic ne le quittera plus jamais.

 

 

Antonio Lopez produit des croquis de top models saisissants et suggère à la mode un nouvel idéal féminin : une élégante dame strassée, insoumise et ultra sexuelle, à l’image de ses “Antonio girls” incandescentes qui ont inondé les magazines comme elles auraient régné sur Instagram aujourd’hui.

 

 

Antonio Lopez dessine comme il respire, et chaque expiration induit une nouvelle courbe. Parfois, ses “black days” l’empêchent d’initier sa transe artistique. À l’aube desseventies, l’esthète prolifique a 27 ans. L’heure est à la robe romantique, à la veste frangée, aux pattes d’eph et aux imprimés ethniques. Dans cette ère dynamique, le look hippie embrasse la vague punk, Karl Lagerfeld explose à Paris, Kenzo mise sur la couleur et les créateurs dénudent les femmes. Dans les illustrations du performeur Antonio Lopez : du kitsch, de la dérision, de l’éclat. Abreuvé par le pop art, l’expressionnisme d’Egon Schiele, le surréalisme de Joan Miró, et les chefs-d’œuvre de l’Art nouveau, Antonio Lopez produit des croquis de top models saisissants. Comparé à René Bouché (1905-1963), le dernier maquisard de l’illustration capte une sensualité monumentale et suggère à la mode un nouvel idéal féminin : une élégante dame strassée, insoumise et ultra sexuelle.

 

 

 

Donna Jordan et Antonio Lopez, Café de Flore, Paris, 1973. (Image extraite du film Antonio Lopez 1970: Sex Fashion & Disco réalisé par James Crump.)

Avec son gang de noctambules et son carnet d’adresses XXL, Antonio Lopez écume les night-clubs, du Studio 54 à l’interlope Sept, côtoie Jessica Lange, Charles James, Donna Jordan, Grace Jones... L’“Antonio corner” s’oppose rapidement à la folie de l’“Andy corner” de Warhol. De fait, il profite d’une époque où les mannequins deviennent des personnalités de premier plan. Et le playboy bisexuel – en couple avec son collaborateur Juan Ramos de 1965 à 1970 – subjugue une à une ses “Antonio girls” incandescentes et résolument disco qui ont inondé les magazines comme elles auraient régné sur Instagram aujourd’hui. Selon l’artiste Paul Caranicas, Antonio Lopez révolutionne la mode en choisissant “les races, les ethnies et la sexualité comme fondements de son art”. Le Portoricain mêle les influences, quitte l’Amérique pour Paris et dessine les choses telles qu’il aimerait qu’elles soient, créant une hybridation esthétique fantasque et fantastique.

 

 

Antonio Lopez nourrit encore aujourd’hui les campagnes de Louis Vuitton ou de Saint Laurent. Il a impulsé une vision multiethnique de la mode, marquée par son enfance dans le Bronx

 

 

C’est un vibrant hommage que propose James Crump avec son nouveau documentaire, sorte de diaporama gigantesque commenté par le cercle d’amis de l’illustrateur, atteint du sarcome de Kaposi et décédé en 1987. Projeté au London Film Festival l’année dernière, le projet du réalisateur américain succède àTroublemakers: The Story of Land Art (2015) et à son interêt pour Robert Mapplethorpe et Patti Smith dans Black White + Gray (2007). Antonio Lopez nourrit encore aujourd’hui les campagnes de Louis Vuitton ou de Saint Laurent. Il a impulsé une vision multiethnique de la mode, marquée par son enfance dans le Bronx. Mais il y a aussi de la mélancolie dans ce documentaire. Un chagrin proche de l’abattement, notamment lorsque Crump suggère que le racisme ambiant au magazine Vogue a contribué à pousser Lopez vers la sortie. Un monde cruel qui survit à l’encre, aux Polaroid et à la plus belle des descriptions : “It was just Antonio.

 

 

Antonio Lopez 70: Sex, Fashion & Disco de James Crump. En salles prochainement.

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