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Rencontre avec Matthew M. Williams du label Alyx, nominé au LVMH Prize

 

Directeur créatif dans l’industrie musicale, l’autodidacte Matthew M. Williams a commencé par dessiner des costumes de scène avant de lancer son label Alyx à en 2015. Il est aujourd’hui l’un des huit finalistes du prix LVMH. Rencontre.

Numéro : Pour un designer de mode, votre background est atypique. Qu’avez-vous appris de votre travail de directeur créatif dans l’industrie musicale, et auprès du photographe Nick Knight ?

 

Matthew M. Williams : C’est vrai que mon parcours est atypique, parce que j’ai eu la chance d’approcher les grands créatifs de notre époque en collaborant directement avec eux sur des projets, au lieu d’être simplement leur assistant. Via l’industrie musicale, j’ai pu côtoyer des personnalités de la mode, des photographes, des designers… de façon très directe. C’était une excellente école. Travailler avec Nick Knight pendant toutes ces années était aussi une expérience très gratifiante. Il m’a vraiment aidé à développer ma propre créativité, mais aussi mon éthique de travail et ma méthodologie.

 

Vous avez lancé votre label à l’automne 2015, et votre style mêle des influences de sous-cultures (clubwear, streetwear, skate…) avec du tailoring traditionnel. Comment décririez-vous votre univers ?

 

C’est exactement ce que vous venez de dire [rires]. Mon style vestimentaire reflète fidèlement mon style de vie : je porte des Vans et de vieux tee-shirts de groupes de musique, avec du tailoring traditionnel. La construction des vêtements et les matières sont très importantes pour moi.

Vous aimez exagérer les proportions de vos vêtements, trouvez-vous une beauté dans l’étrangeté, la laideur ?

 

J’aime les proportions très exagérées, mais ce n’est pas un choix systématique de ma part. Je ne pense pas que cela me définisse. Quant à la limite entre le beau et le laid, je dirais que c’est une affaire de goût personnel. Ce qu’une personne trouve beau peut tout à fait dégoûter une autre personne.

 

Le streetwear est un fondement votre style, pourquoi est-il si important pour vous ?

 

Je viens de là, tout simplement. Je n’ai pas décidé un beau jour d’élaborer un discours sur le street culture : elle fait partie de moi, de mon enfance et de mon adolescence. J’ai grandi dans une ville balnéaire de Californie dans les années 90. La street culture était au cœur de la vie des enfants dès l’âge de 7 ans. Le rap était la musique la plus populaire, le surf et le skate avaient une place importante dans la vie des enfants, mais aussi dans celle de leurs parents. On peut donc dire qu’ils font partie de mon identité.

Pour lancer votre label à l’automne 2015, vous avez commandé à Nick Knight un film de mode mettant en scène les sœurs Willis [Scout et Tallulah, filles de Bruce Willis] dans vos vêtements. Quelle en était l’idée directrice ?

 

Nous avons conçu la direction créative des images de façon très spontanée, sur le moment. Mais il est important pour moi de photographier mes vêtements sur des personnes que je connais, et les sœurs Willis sont mes amies. Les images de mon premier lookbook sont issues de ce film de mode.

 

 

Les deux sœurs improvisent un combat très physique dans une ambiance assez dark… L’énergie physique est-elle une composante à part entière de votre univers ?

Je n’y avais jamais réfléchi… mais en fait, oui, beaucoup de mes films et de mes photos exaltent l’énergie physique. Je suis attiré par le mouvement.

 

Peut-il s’agir d’une influence de votre travail avec des musiciens, pour qui le jeu de scène est un paramètre important ?

 

Effectivement, cela vient de mon background dans l’industrie musicale. J’ai fait mes premiers pas de designer en concevant des costumes de scène, et je me suis d’abord intéressé à la mode à travers la scène clubbing de Los Angeles, en sortant en boîte tous les soirs. J’aime l’idée de se transformer, de devenir un personnage de scène pour une nuit.

 

 

 

www.alyxstudio.com 

 

Propos recueillis par Delphine Roche.

 

 

Retrouvez nos interviews des finalistes du LVMH Prize :

Retrouvez l'interview de Glenn Martens.

Retrouvez l'interview de Brandon Maxwell.

Retrouvez l'interview de Christelle Kocher du label Koché.

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