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Olivier Rousteing nous parle du défilé Balmain homme printemps-été 2017

 

Olivier Rousteing, jeune directeur artistique de Balmain, continue de fusionner luxe opulent et influences de tous horizons.

Olivier Rousteing par Kevin Tachman

 

Dans son défilé pléthorique de 80 silhouettes (masculines et féminines), Olivier Rousteing réaffirmait sa vision de l’identité Balmain, tout en explorant couleurs et ornements avec une joie de vivre non dissimulée. Le directeur artistique a confié à Numéro.com ses inspirations et ses espoirs, au lendemain du rachat de la marque par le fonds qatari Mayhoola. 

Numéro : Quelle était l’idée directrice de votre collection printemps-été 2017 ?

Olivier Rousteing : Cette collection est inspirée des images idylliques de la plage. Plus exactement, des images des mannequins que je suis sur Instagram. Mon feed Instagram me donne souvent cette impression de voir une longue plage sans fin. Le coucher du soleil vécu en direct, dans l’attente d’une nouvelle aube. C’est quelque chose de très poétique. C’est l’image d’une nouvelle histoire qui commence, et c’est évidemment ce qui se passe aujourd’hui avec le rachat de Balmain. Je voulais donc montrer une nouvelle silhouette, de nouvelles couleurs, repousser les limites de la garde-robe masculine. L’homme Balmain est un homme global, universel, qui voyage énormément. Curieux de nature.

En l’espace de quelques défilés masculins, vous avez établi une silhouette très contemporaine et très identifiable : des superpositions de longueurs contrastées, des sarouals et des leggings, des matières douces comme du suède et des cotons lavés… Avez-vous le sentiment d’avoir créé une identité ?

Il s’agit seulement de mon troisième défilé masculin, et je suis vraiment heureux qu’on reconnaisse une identité. Concevoir une silhouette, c’est ce qu’il y a de plus difficile pour un créateur. Je pense que cela découle tout simplement de ma personnalité : je suis très impulsif et instinctif. Lorsque je crois à quelque chose, j’y crois jusqu’au bout. Je pense que c’est la force de la ligne masculine de Balmain : on la reconnaît tout de suite à ce mélange de notes effortless et de touches très classiques. L’homme Balmain peut porter un jogging avec une veste à double boutonnage. Je pense que c’est aussi un reflet de ce qu’était M. Balmain, qui était connu pour son tailoring strict, mais aussi pour son savoir-faire couture. J’essaie de représenter ce mix de classicisme et de flamboyance française. 

L’homme Balmain ose les notes très décoratives, telles que ce poncho entièrement rebrodé que vous avez fait défiler, ou les vestes à passementerie, qui font partie de l’ADN de Balmain.

Tout à fait, et c’est important pour moi de montrer cet aspect de Paris, Ville lumière. J’ai envie que les collections soient lumineuses, pas seulement en ce qui concerne la broderie ou les touches ornementales, mais aussi dans la joie de vivre et une façon assumée de jouer avec la lumière. 

 

Vous êtes l’une des figures de proue de la mode actuelle, et vous en jouez avec esprit et humour. Après le succès foudroyant de votre collection avec H&M, votre collaboration avec Nike jouait avec vos initiales OR, comme or… Comment percevez-vous votre position dans la mode parisienne contemporaine ?

Cette question est intéressante car je vois Paris comme une ville cosmopolite et ouverte aux influences. La plupart des couturiers qui ont fait Paris n’y sont pas nés ! Je suis une personne qui voyage beaucoup, influencée par les cultures américaine ou asiatique… Mais je me sens extrêmement parisien. On me reproche parfois de m’être trop éloigné de l’image du Parisien ou de la Parisienne, et à mes yeux, cette question est absurde, car je ne me reconnais pas dans cette vision rigide, étanche aux influences extérieures. 

Votre front row compte toujours un échantillon diversifié de la population masculine…

Effectivement, on y trouve des sportifs, des pop stars, des stars du hip-hop… Le chiffre d’affaires croissant de la ligne homme de Balmain traduit cette diversité. Qu’il s’agisse de Ricky Martin, de Kanye West ou de Lewis Hamilton, le point commun de ces hommes est leur assurance naturelle.

 

Il est très rare qu’une marque initialement féminine connaisse un tel succès, si rapide, avec sa ligne masculine.

Je pense que le secret réside dans la cohérence, dans le fait que je dessine les deux lignes. C’est un fait rare. Aujourd’hui nous avons aussi développé Balmain Kids, et je m’implique pareillement dans toutes mes collections, en essayant de communiquer ce que j’aime et ce en quoi je crois. 

 

Vous êtes aujourd’hui une figure publique, notamment grâce à votre compte Instagram, et parfois les critiques se demandent si Olivier Rousteing n’est pas plus important que Balmain. Qu’en dites-vous ?

Je pense que cette question n’a pas lieu d’être. Il est vrai que je m’implique énormément dans mes collections, ce qui explique pourquoi aujourd’hui on met un visage sur la marque Balmain – le mien, celui d’un homme de 30 ans. Mais je pense que ce sont justement ma fraîcheur et ma jeunesse qui apportent ce twist à une marque qui était perçue comme une maison traditionnelle française. Ce choc de générations crée une alchimie intéressante.

 

Que vous inspire le rachat de la maison ?

Nous avons écrit de beaux chapitres et j’ai dû faire face à des critiques, professionnelles et personnelles – notamment parce que je mets mon visage en avant et n’hésite pas à incarner la marque. Certains challenges ont été très difficiles. Mais je suis fier de ce que j’ai accompli, et j’ai hâte d’ouvrir de nouveaux chapitres, de raconter de nouvelles histoires.

 

www.balmain.com

 

Propos recueillis par Delphine Roche

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