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“Le milieu de la mode a longtemps assimilé le streetwear à des vêtements jetables”, regrette Luke Meier, cofondateur d’OAMC, nominé pour l’ANDAM

 

Numéro a rencontré Luke Meier, ancien styliste de Supreme et cofondateur du jeune label masculin OAMC, nominé au Grand Prix de l’ANDAM 2016.

Depuis sa création en 2014, OAMC propose un prêt-à-porter masculin novateur. Entre Paris et Milan, où est établi leur atelier, Luke Meier (ancien styliste de Supreme), et Arnaud Faeh son complice issu de Carhartt, revisitent les bases fonctionnelles du vêtement masculin à l’aune du streetwear américain et du tailoring européen. Leur style authentique et séduisant, contemporain et juste, leur vaut de figurer aujourd’hui parmi les six finalistes en lice pour le Prix de l’ANDAM. Numéro a rencontré Luke Meier à Paris. 

Numéro : Vous avez longtemps travaillé au sein du studio de la marque Supreme, pionnière du rapprochement du streetwear et de la mode. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Luke Meier : J’ai travaillé en tant que styliste principal pour Supreme de 1999 à 2008, et depuis, j’ai gardé une excellente relation avec son fondateur James Jebbia et les autres collaborateurs de la marque. La vraie magie de Supreme, c’est que ce label n’a jamais renié son identité et n’a jamais changé de cible. James et moi, ainsi que tous ceux qui travaillaient au studio de création, nous nous sommes toujours focalisés uniquement sur ce que nous trouvions cool. La marque reflète exactement la culture de ses créateurs. C’est cette authenticité qui fait la puissance de Supreme : ne pas céder aux tendances, ni aux changements de l’industrie. Rester fidèle à soi-même. 

Récemment, des marques comme HBA ou Off-White ont été adoubées par les plus hautes instances de la mode, sous le label de “elevated streetwear” [streetwear haut de gamme]. L’enjeu, pour être validé, était-il uniquement une question de qualité de matières et de coupes ?

Personnellement, je n’aime pas beaucoup cette idée de “validation” car à mes yeux la seule et unique question à se poser, au-delà des étiquettes, est celle-ci : l’idée créative de cette marque est-elle intéressante et juste ? Il est vrai que le milieu de la mode a longtemps assimilé le streetwear à des vêtements jetables, de très mauvaise qualité. Mais des créateurs tels que Raf Simons ont injecté dans leurs toutes premières collections des pièces telles que des sweat-shirts. Bien sûr, le fait que Raf est un créateur, ainsi que les volumes plus travaillés, plus arty qu’il donnait à ces pièces, et la qualité de leurs matières, les crédibilisaient d’emblée en tant que pièces de mode. Inversement, aujourd’hui, les adeptes du skate et du streetwear ont élevé leur niveau d’exigence, et ils savent apprécier une pièce très bien faite, avec de vrais détails luxueux. En parallèle, les marques ont elles-aussi élevé leur niveau de fabrication.

 

Au-delà du streetwear, votre vocabulaire revisite le workwear et le vêtement masculin dans sa globalité. Quelles ont été vos influences en matière de design ?

En vérité, je suis particulièrement influencé par l’essence fonctionnelle du vêtement masculin dans son ensemble, qui le distingue radicalement du vêtement féminin. Qu’il s’agisse des uniformes militaires ou du sportswear, la fonctionnalité justifie toujours le design, qui n’est jamais gratuit. Cela vaut aussi pour une marque comme Nike, qui a mis plusieurs années à développer sa technologie Flyknit [maille ultra technique dédiée aux sneakers de la marque, qui allie une souplesse, une résistance et une légèreté exceptionnelles]. De même, l’armée canadienne équipe ses manteaux de boutons faits en protéines, que les soldats peuvent manger s’ils se retrouvent coincés dans des conditions très difficiles. Plus spécialement, mes influences vont de la marque de streetwear Stüssy à Raf Simons, en passant par Helmut Lang, dont la boutique était juste à côté du studio de Supreme à New York, dans les années 90. Mais tout ce qui est disruptif, dans la mode, m’influence. Par exemple, le premier défilé de Marc Jacobs, qui avait eu lieu dans la rue.

 

Vous vous distinguez par des détails graphiques soignés, et une dégaine plutôt décontractée avec de très beaux vêtements. Comment définiriez-vous votre style ?

Il est vrai que les finitions sont importantes pour nous. C’est pourquoi je fabrique mes pièces en Europe [Italie et Portugal]. En tant que Nord-Américain, j’ai toujours l’impression que le riche patrimoine de l’Europe en matière de nourriture, de design et de mode garantit qu’un objet fabriqué sur ce continent sera toujours plus beau. C’est aussi pour cette raison que j’ai étudié pendant deux ans le tailoring en Italie. Je pense que notre style est un mélange de mon vécu nord-américain, et notamment des quinze années que j’ai passées à New York, avec cet amour du style de vie européen. Les détails intéressants ou novateurs de nos vêtements proviennent ainsi souvent du fait que lorsque je fais part aux artisans de mes idées, ils me répondent souvent qu’elles ne sont pas réalisables, qu’elles ne répondent pas à la façon traditionnelle de fabriquer ces pièces. Alors nous devons trouver une solution ensemble. Je ne prétends pas qu’OAMC réinvente le prêt-à-porter, mais il est sûr que nous valorisons différemment ses traditions en nous inspirant de la culture contemporaine. Notre style, c’est le juste équilibre entre, d’un côté, l’histoire et les traditions, et de l’autre, une esthétique moderne et des techniques novatrices.

 

www.oamc.com

 

Propos recueillis par Delphine Roche

 

Retrouvez l’interview de Stéphane Ashpool, fondateur de Pigalle, lauréat du Grand Prix de l’ANDAM 2015.

Retrouvez l’interview de Charlotte Chesnais, lauréate du Prix accessoires de l’ANDAM 2015.

Retrouvez l’interview de David Obadia, fondateur d’Harmony, nominé pour le Prix des premières collections de l’ANDAM 2016.

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