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“Je souhaite partager la folie de mon pays,” rencontre avec Tuomas Merikoski du label Aalto, finaliste du prix LVMH

 

Il y a quinze ans, Tuomas Merikoski quittait la Finlande pour Paris. Après quelques années aux studios homme de Givenchy et de Louis Vuitton, il lance Aalto, inspiré par la jeunesse finlandaise underground. Numéro a rencontré le finaliste du prix LVMH.

Numéro : Vous avez lancé votre label en 2014 et, très rapidement, Aalto a eu une résonance importante dans la mode. Quel message souhaitez-vous faire passer ?

Tuomas Merikoski : La culture finlandaise est très peu représentée sur la scène internationale. Après une longue réflexion, j’ai senti que j’étais prêt à la mettre en lumière et à prendre à contre-pied cette vision très lisse que l’on a de ce pays. À​ l’image de ses saisons, avec des jours très courts en hiver et, au contraire, très longs en été, cette culture est pleine de contrastes. Comme il y a beaucoup de grands espaces, les jeunes Finlandais sont très libres et individualistes, et quand vient le moment de s’exprimer, ils tombent dans l’excès, notamment avec l’alcool.

 

Vous avez choisi de lancer votre label en France, pourquoi ?

Aalto n’aurait pas pu fonctionner en Finlande. Le pays ne dispose pas des infrastructures et du rayonnement nécessaires dans l’industrie de la mode et du luxe. En France, il y a un savoir-faire technique, des usines de fabrication et, surtout, un véritable soutien sur l'aspect commercial et sur la communication. Finalement, Aalto est un label franco-finlandais qui mixe le savoir-faire français à l’identité finlandaise.

Les silhouettes Aalto sont très conceptuelles, mais aussi très portables. Comment réussissez-vous à associer les deux avec autant d’évidence ?

Quand je démarre une collection, ma première pensée est sociologique et je m’inspire beaucoup de l’état d’esprit finlandais. Je veux montrer comment les jeunes vivent et comment la société évolue. Les silhouettes sont très directes, voire architecturales, et reflètent ce côté portable et fonctionnel, très présent dans mon pays. Par ailleurs, je souhaite partager la folie de mon pays, ainsi que notre vision de l’art contemporain. Quand je choisis des couleurs, je cherche toujours des teintes un peu ambiguës et étranges, comme le rose et le jaune de mon dernier défilé, que j’associe de façon surprenante, à l’image des paysages urbains d’Helsinki.

 

Quelle histoire racontez-vous avec la collection automne-hiver 2016-2017 “Hellsinki”, celle que vous présentez pour le prix LVMH ?

Avec “Hellsinki”, je voulais parler des jeunes Samis, un peuple indigène de Laponie qui, depuis quelque temps, vit une urbanisation forcée. Le concept de la collection est très riche car les Samis se construisent une nouvelle identité qui associe la vie urbaine et leurs coutumes ancestrales. Mon engagement n’est jamais politique, je ne fais qu’observer et retranscrire. Mais aujourd’hui, avec les questions d’immigration, les notions de déracinement et d’adaptation deviennent finalement assez générales.

 

Vous avez édité le livre Finnish Youth: The Vulnerable & Invincible, du photographe Jouko Lehtola. Représente-t-il cette jeunesse que vous souhaitez mettre en avant ?

Les photos de Jouko Lehtola influencent beaucoup mon travail de créateur. Il a capturé la jeunesse finlandaise des années 80 et 90 en se débarrassant du superflu et du superficiel. L’image, très crue et directe, montre une société un peu différente de celle d’aujourd’hui, très forte mais aussi naïve.

 

www.aaltointernational.com

 

Par Léa Zetlaoui

 

Retrouvez nos interviews des finalistes du prix LVMH:

Retrouvez l’interview de Glenn Martens.

Retrouvez l’interview de Brandon Maxwell.

Retrouvez l’interview de Matthew M. Williams du label Alyx.

Retrouvez l’interview de Christelle Kocher du label Koché.

 

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