Quasiment inconnu en France, le label Doublet existe pourtant depuis 2012. Fondé par Masayuki Ino avec le modéliste Takashi Murakami (un homonyme à ne pas confondre avec le célébrissime artiste contemporain !) Doublet s’est déjà vu récompensé du Tokyo Fashion Award en 2017, est déjà distribué dans des concept stores pointus comme Dover Street Market ou 10 Corso Como et arboré par de jeunes célébrités comme Travis Scott ou Kendall Jenner. Il faut dire qu’avec son esthétique streetwear et son approche unisexe twistée de références punk et nineties, Doublet ne pouvait que séduire la jeune génération, toujours à l’affût de labels avant-gardistes.

 

Ses collections, composées de tee-shirts, de hoodies, de chemises et de pièces en jean aux proportions souvent exagérées et à l’aspect vieilli, distillent une exubérance pop. Frappées de multiples patchs colorés, de broderies ou de logotypes, elles affichent des messages subversifs ou humoristiques, ou encore détournent les symboles de la culture populaire. Masayuki Ino applique malicieusement le mot “knit” (“maille” en anglais) sur ses pièces en maille, “underwear” sur l’élastique de ses sousvêtements, ou accumule les patchs sur les patchs sur des pièces en jersey. Sur ses défilés, les hommes portent des cuissardes, les vestes sont mises à l’envers et, dans ses lookbooks, le créateur privilégie une esthétique crue.

 

Loin de vouloir choquer, Masayuki Ino voit plutôt Doublet comme “l’incarnation du sens de l’humour. “J’admire des créateurs comme Jeremy Scott, Christopher Nemeth et Martin Margiela”, explique-t-il. Jeremy Scott met de l’humour partout dans ses créations, Christopher Nemeth défend ses valeurs à travers les pièces qu’il crée, et Martin Margiela a toujours essayé de faire quelque chose de nouveau. Je suis également influencé par Miharayasuhiro, où je travaillais avant de lancer Doublet.

 

Au-delà, le Japonais a su séduire le jury du prix LVMH en présentant des créations qui associent un design très recherché, salué par Nicolas Ghesquière, à un packaging conceptuel. Les tee-shirts de Doublet sont en effet empaquetés dans des pots de nouilles instantanées, et ils doivent être humidifiés pour pouvoir être dépliés. Les jeans et les chemises, eux, sont conditionnés sous film plastique. Pour les déballer, le créateur est allé jusqu’à imaginer des tutos consultables sur Instagram ou sur son site Internet : “J’ai toujours pensé que quand on reçoit un cadeau, le meilleur moment est son ouverture. C’est le fait de ne pas savoir ce qu’il y a à l’intérieur qui nous excite vraiment. Je voulais partager cette excitation avec mes clients. D’où cette idée d’un packaging spécial et original. Aujourd’hui, à cause du e-commerce et de son offre infinie, nous achetons trop de choses, et l’acte d’achat est devenu ennuyeux. Je souhaite qu’acheter mes produits procure une émotion et soit une expérience amusante. Pour moi, la création ne s’arrête plus à choisir la bonne couleur ou le bon matériau”, explique-t-il.

 

Entre réflexion sur la société de consommation et hommage à la pop culture, les créations de Masayuki Ino pour Doublet, auréolées du prix LVMH, disposent désormais de tous les atouts pour rencontrer leur public sur la scène internationale. 

 

 

www.doublet-jp.com.