La première rétrospective de Martin Margiela

À partir du 3 mars, le Palais Galliera accueille la toute première retrospective du créateur culte Martin Margiela. En attendant de découvrir cette incroyable exposition, Numéro a rencontré Alexandre Samson, responsable des collections contemporaines au Palais Galliera.

Par Delphine Roche

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  • Cent fois copiées, voire franchement pillées, mais jamais égalées, les créations du grand Martin Margiela font aujourd’hui encore l’objet d’un véritable culte. On l’a tant étiqueté “conceptuel” ou “déconstructionniste” qu’un malentendu a fini par s’opérer au sujet de ce créateur atypique. Loin de plaquer sur la mode des discours retors ou des prétentions intellectuelles déplacées, le Belge s’est consacré, à l’égal de la Japonaise Rei Kawakubo, à une entreprise de libération du vêtement. C’est cette inventivité, joyeuse et humble, que se propose de retracer la rétrospective que lui consacre le Palais Galliera, à travers l’exposition Margiela/Galliera 1989-2009.

     

    L’un des grands principes érigés en loi par le créateur fut, bien sûr, de refuser toute interview et portrait de sa petite personne – ce qui semble une hérésie à l’époque des selfies –, préférant s’exprimer dans sa communication officielle par un “nous” collectif, au nom de la Maison Martin Margiela, plutôt qu’en son nom propre. Neuf ans après ses adieux à la mode, Martin Margiela, redevenu “simplement” Martin, a collaboré étroitement avec Alexandre Samson, responsable des collections contemporaines au Palais Galliera, pour créer de concert cette rétrospective de son œuvre. Mais, comme précédemment, le créateur a préféré s’effacer derrière son travail. “Cette exposition est née du rapport privilégié qu’il entretenait avec le musée, qui a commencé à acheter ses pièces dès ses premières collections, explique Alexandre Samson. À Paris, où il avait choisi d’installer sa marque, Martin a vu, systématiquement, toutes
    nos expositions. Lorsque nous avons travaillé ensemble, j’ai ainsi découvert que certaines de ses idées lui avaient été inspirées par l’un de nos shows.

     

    En sus des 350 pièces qu’il possède, le musée a pu compter sur l’aide de collectionneuses du monde entier. Au final, plus d’une centaine de silhouettes, des vidéos de défilés et des documents d’archives sont installés dans le Palais Galliera pour retracer, de façon chronologique, l’inventivité débridée du créateur. Dans son intérêt pour les doublures, les coutures, les outils et les étapes de construction du vêtement se lit une méthodologie consistant à renverser en permanence les hiérarchies esthétiques établies entre le “noble” et le “pauvre” et, de façon générale, le “désirable” et l’“indésirable”. Les proportions oversized, qui, récemment, ont de nouveau passionné un grand nombre de créateurs, font carrément chez lui l’objet de cinq collections consécutives après l’an 2000 : faisant fi de l’obligation de renouvellement permanent qui place la mode sous l’égide du mythe de Sisyphe, Martin Margiela imprimait ainsi son propre rythme à l’industrie. La question de l’empreinte (celle qu’on laisse sur son époque) se poursuit dans sa fascination pour les marques laissées par le corps sur un vêtement (autre fait considéré par notre civilisation en quête de jeunesse et de nouveauté comme une intrusion indésirable). 

     

    Les collections oversized de Martin étaient taillées dans une taille 78 italienne, c’est-à-dire qu’il multipliait exactement les proportions de ses prototypes par deux, poursuit Alexandre Samson. Son inspiration venait d’un mannequin qu’il avait chiné aux puces en 1992, qui faisait cette taille. Nous exposons d’ailleurs ce Stockman, qui a joué un rôle important pour lui. Le rapport du corps au vêtement était un sujet qui le fascinait. Il a d’ailleurs mis au point, avec une collaboratrice italienne, un procédé assez incroyable qui consistait à passer des mailles moulées sur un mannequin ignifugé dans un four à cuire les tôles des usines Ferrari. Sous l’effet de la chaleur, les mailles se rétractaient sur le mannequin, conservant l’empreinte de ce corps. Porter cette pièce revenait à porter sur soi l’empreinte d’un autre corps, dans une sorte d’intimité assez complexe.

  • Cent fois copiées, voire franchement pillées, mais jamais égalées, les créations du grand Martin Margiela font aujourd’hui encore l’objet d’un véritable culte. On l’a tant étiqueté “conceptuel” ou “déconstructionniste” qu’un malentendu a fini par s’opérer au sujet de ce créateur atypique. Loin de plaquer sur la mode des discours retors ou des prétentions intellectuelles déplacées, le Belge s’est consacré, à l’égal de la Japonaise Rei Kawakubo, à une entreprise de libération du vêtement. C’est cette inventivité, joyeuse et humble, que se propose de retracer la rétrospective que lui consacre le Palais Galliera, à travers l’exposition Margiela/Galliera 1989-2009.

     

    L’un des grands principes érigés en loi par le créateur fut, bien sûr, de refuser toute interview et portrait de sa petite personne – ce qui semble une hérésie à l’époque des selfies –, préférant s’exprimer dans sa communication officielle par un “nous” collectif, au nom de la Maison Martin Margiela, plutôt qu’en son nom propre. Neuf ans après ses adieux à la mode, Martin Margiela, redevenu “simplement” Martin, a collaboré étroitement avec Alexandre Samson, responsable des collections contemporaines au Palais Galliera, pour créer de concert cette rétrospective de son œuvre. Mais, comme précédemment, le créateur a préféré s’effacer derrière son travail. “Cette exposition est née du rapport privilégié qu’il entretenait avec le musée, qui a commencé à acheter ses pièces dès ses premières collections, explique Alexandre Samson. À Paris, où il avait choisi d’installer sa marque, Martin a vu, systématiquement, toutes
    nos expositions. Lorsque nous avons travaillé ensemble, j’ai ainsi découvert que certaines de ses idées lui avaient été inspirées par l’un de nos shows.

     

    En sus des 350 pièces qu’il possède, le musée a pu compter sur l’aide de collectionneuses du monde entier. Au final, plus d’une centaine de silhouettes, des vidéos de défilés et des documents d’archives sont installés dans le Palais Galliera pour retracer, de façon chronologique, l’inventivité débridée du créateur. Dans son intérêt pour les doublures, les coutures, les outils et les étapes de construction du vêtement se lit une méthodologie consistant à renverser en permanence les hiérarchies esthétiques établies entre le “noble” et le “pauvre” et, de façon générale, le “désirable” et l’“indésirable”. Les proportions oversized, qui, récemment, ont de nouveau passionné un grand nombre de créateurs, font carrément chez lui l’objet de cinq collections consécutives après l’an 2000 : faisant fi de l’obligation de renouvellement permanent qui place la mode sous l’égide du mythe de Sisyphe, Martin Margiela imprimait ainsi son propre rythme à l’industrie. La question de l’empreinte (celle qu’on laisse sur son époque) se poursuit dans sa fascination pour les marques laissées par le corps sur un vêtement (autre fait considéré par notre civilisation en quête de jeunesse et de nouveauté comme une intrusion indésirable). 

     

    Les collections oversized de Martin étaient taillées dans une taille 78 italienne, c’est-à-dire qu’il multipliait exactement les proportions de ses prototypes par deux, poursuit Alexandre Samson. Son inspiration venait d’un mannequin qu’il avait chiné aux puces en 1992, qui faisait cette taille. Nous exposons d’ailleurs ce Stockman, qui a joué un rôle important pour lui. Le rapport du corps au vêtement était un sujet qui le fascinait. Il a d’ailleurs mis au point, avec une collaboratrice italienne, un procédé assez incroyable qui consistait à passer des mailles moulées sur un mannequin ignifugé dans un four à cuire les tôles des usines Ferrari. Sous l’effet de la chaleur, les mailles se rétractaient sur le mannequin, conservant l’empreinte de ce corps. Porter cette pièce revenait à porter sur soi l’empreinte d’un autre corps, dans une sorte d’intimité assez complexe.

  • Cent fois copiées, voire franchement pillées, mais jamais égalées, les créations du grand Martin Margiela font aujourd’hui encore l’objet d’un véritable culte. On l’a tant étiqueté “conceptuel” ou “déconstructionniste” qu’un malentendu a fini par s’opérer au sujet de ce créateur atypique. Loin de plaquer sur la mode des discours retors ou des prétentions intellectuelles déplacées, le Belge s’est consacré, à l’égal de la Japonaise Rei Kawakubo, à une entreprise de libération du vêtement. C’est cette inventivité, joyeuse et humble, que se propose de retracer la rétrospective que lui consacre le Palais Galliera, à travers l’exposition Margiela/Galliera 1989-2009.

     

    L’un des grands principes érigés en loi par le créateur fut, bien sûr, de refuser toute interview et portrait de sa petite personne – ce qui semble une hérésie à l’époque des selfies –, préférant s’exprimer dans sa communication officielle par un “nous” collectif, au nom de la Maison Martin Margiela, plutôt qu’en son nom propre. Neuf ans après ses adieux à la mode, Martin Margiela, redevenu “simplement” Martin, a collaboré étroitement avec Alexandre Samson, responsable des collections contemporaines au Palais Galliera, pour créer de concert cette rétrospective de son œuvre. Mais, comme précédemment, le créateur a préféré s’effacer derrière son travail. “Cette exposition est née du rapport privilégié qu’il entretenait avec le musée, qui a commencé à acheter ses pièces dès ses premières collections, explique Alexandre Samson. À Paris, où il avait choisi d’installer sa marque, Martin a vu, systématiquement, toutes
    nos expositions. Lorsque nous avons travaillé ensemble, j’ai ainsi découvert que certaines de ses idées lui avaient été inspirées par l’un de nos shows.

     

    En sus des 350 pièces qu’il possède, le musée a pu compter sur l’aide de collectionneuses du monde entier. Au final, plus d’une centaine de silhouettes, des vidéos de défilés et des documents d’archives sont installés dans le Palais Galliera pour retracer, de façon chronologique, l’inventivité débridée du créateur. Dans son intérêt pour les doublures, les coutures, les outils et les étapes de construction du vêtement se lit une méthodologie consistant à renverser en permanence les hiérarchies esthétiques établies entre le “noble” et le “pauvre” et, de façon générale, le “désirable” et l’“indésirable”. Les proportions oversized, qui, récemment, ont de nouveau passionné un grand nombre de créateurs, font carrément chez lui l’objet de cinq collections consécutives après l’an 2000 : faisant fi de l’obligation de renouvellement permanent qui place la mode sous l’égide du mythe de Sisyphe, Martin Margiela imprimait ainsi son propre rythme à l’industrie. La question de l’empreinte (celle qu’on laisse sur son époque) se poursuit dans sa fascination pour les marques laissées par le corps sur un vêtement (autre fait considéré par notre civilisation en quête de jeunesse et de nouveauté comme une intrusion indésirable). 

     

    Les collections oversized de Martin étaient taillées dans une taille 78 italienne, c’est-à-dire qu’il multipliait exactement les proportions de ses prototypes par deux, poursuit Alexandre Samson. Son inspiration venait d’un mannequin qu’il avait chiné aux puces en 1992, qui faisait cette taille. Nous exposons d’ailleurs ce Stockman, qui a joué un rôle important pour lui. Le rapport du corps au vêtement était un sujet qui le fascinait. Il a d’ailleurs mis au point, avec une collaboratrice italienne, un procédé assez incroyable qui consistait à passer des mailles moulées sur un mannequin ignifugé dans un four à cuire les tôles des usines Ferrari. Sous l’effet de la chaleur, les mailles se rétractaient sur le mannequin, conservant l’empreinte de ce corps. Porter cette pièce revenait à porter sur soi l’empreinte d’un autre corps, dans une sorte d’intimité assez complexe.

  • Cent fois copiées, voire franchement pillées, mais jamais égalées, les créations du grand Martin Margiela font aujourd’hui encore l’objet d’un véritable culte. On l’a tant étiqueté “conceptuel” ou “déconstructionniste” qu’un malentendu a fini par s’opérer au sujet de ce créateur atypique. Loin de plaquer sur la mode des discours retors ou des prétentions intellectuelles déplacées, le Belge s’est consacré, à l’égal de la Japonaise Rei Kawakubo, à une entreprise de libération du vêtement. C’est cette inventivité, joyeuse et humble, que se propose de retracer la rétrospective que lui consacre le Palais Galliera, à travers l’exposition Margiela/Galliera 1989-2009.

     

    L’un des grands principes érigés en loi par le créateur fut, bien sûr, de refuser toute interview et portrait de sa petite personne – ce qui semble une hérésie à l’époque des selfies –, préférant s’exprimer dans sa communication officielle par un “nous” collectif, au nom de la Maison Martin Margiela, plutôt qu’en son nom propre. Neuf ans après ses adieux à la mode, Martin Margiela, redevenu “simplement” Martin, a collaboré étroitement avec Alexandre Samson, responsable des collections contemporaines au Palais Galliera, pour créer de concert cette rétrospective de son œuvre. Mais, comme précédemment, le créateur a préféré s’effacer derrière son travail. “Cette exposition est née du rapport privilégié qu’il entretenait avec le musée, qui a commencé à acheter ses pièces dès ses premières collections, explique Alexandre Samson. À Paris, où il avait choisi d’installer sa marque, Martin a vu, systématiquement, toutes
    nos expositions. Lorsque nous avons travaillé ensemble, j’ai ainsi découvert que certaines de ses idées lui avaient été inspirées par l’un de nos shows.

     

    En sus des 350 pièces qu’il possède, le musée a pu compter sur l’aide de collectionneuses du monde entier. Au final, plus d’une centaine de silhouettes, des vidéos de défilés et des documents d’archives sont installés dans le Palais Galliera pour retracer, de façon chronologique, l’inventivité débridée du créateur. Dans son intérêt pour les doublures, les coutures, les outils et les étapes de construction du vêtement se lit une méthodologie consistant à renverser en permanence les hiérarchies esthétiques établies entre le “noble” et le “pauvre” et, de façon générale, le “désirable” et l’“indésirable”. Les proportions oversized, qui, récemment, ont de nouveau passionné un grand nombre de créateurs, font carrément chez lui l’objet de cinq collections consécutives après l’an 2000 : faisant fi de l’obligation de renouvellement permanent qui place la mode sous l’égide du mythe de Sisyphe, Martin Margiela imprimait ainsi son propre rythme à l’industrie. La question de l’empreinte (celle qu’on laisse sur son époque) se poursuit dans sa fascination pour les marques laissées par le corps sur un vêtement (autre fait considéré par notre civilisation en quête de jeunesse et de nouveauté comme une intrusion indésirable). 

     

    Les collections oversized de Martin étaient taillées dans une taille 78 italienne, c’est-à-dire qu’il multipliait exactement les proportions de ses prototypes par deux, poursuit Alexandre Samson. Son inspiration venait d’un mannequin qu’il avait chiné aux puces en 1992, qui faisait cette taille. Nous exposons d’ailleurs ce Stockman, qui a joué un rôle important pour lui. Le rapport du corps au vêtement était un sujet qui le fascinait. Il a d’ailleurs mis au point, avec une collaboratrice italienne, un procédé assez incroyable qui consistait à passer des mailles moulées sur un mannequin ignifugé dans un four à cuire les tôles des usines Ferrari. Sous l’effet de la chaleur, les mailles se rétractaient sur le mannequin, conservant l’empreinte de ce corps. Porter cette pièce revenait à porter sur soi l’empreinte d’un autre corps, dans une sorte d’intimité assez complexe.