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ILS ONT FAIT 2015: Demna Gvasalia, créateur de Vetements, nommé à la tête de Balenciaga

 

Numero revient sur les propositions radicales et novatrices influencées par la rue parisienne comme par l’héritage de Martin Margiela du créateur derrière le label Vetements.

  1. Photo Mélanie & Ramon, réalisation Camille-Joséphine Teisseire

Mené par Demna Gvasalia, ancien du studio de Maison Martin Margiela, qui ne montre pas son visage et ne salue pas à la fin, le collectif Vetements d’une dizaine de personnes, dit-on, conçoit des collections qui retravaillent des pièces existantes telles que le bomber, le jean, les boots à plateformes des années 70, dans la perspective de leur donner une nouvelle signification culturelle, plutôt que de leur ajouter une troisième manche et un peu de dentelle pour “faire créateur”.

 

Rafraîchissante, la démarche séduit surtout par sa justesse et son honnêteté intellectuelle : pas question de se poser en artiste, ni même en génie conceptuel. L’état de l’industrie du vêtement, et la réalité sociale quotidienne de ses amis, une bande de créatifs ultra cool mais plus ou moins fauchés errant entre Belleville et Barbès, voilà ce qui inspire Demna Gvasalia et son équipe. Si le crew infernal recycle parfois des pièces pour en créer de nouvelles, assemblant notamment deux jeans pour en créer un neuf, taille haute, raide et droit, d’aspect vintage sorti des années 90 – dont le succès commercial instantané a surpris l’équipe de Vetements elle-même –, la comparaison incessante avec Martin Margiela devrait s’arrêter là, explique Demna Gvasalia. “Margiela était un conceptuel, un avant-gardiste qui a influencé toute la mode ces vingt-cinq dernières années, y compris Vêtements. Mais nous sommes axés sur le produit, nous sommes très pragmatiques dans notre vision de la mode. Il n’est simplement pas nécessaire de créer un vêtement qui n’existait pas encore, ou de souscrire au ‘rêve de la mode’ aujourd’hui, alors que le marché est saturé de propositions et que les clients ne peuvent attendre six mois pour acheter ce qu’ils voient sur les écrans de leurs Smartphone. Aujourd’hui, le challenge est de trouver un nouveau contexte pour la mode, pour que le vêtement soit un outil d’expression personnelle. Les clients et les designers devraient se demander pourquoi on s’habille de telle ou telle manière, et qui a besoin d’une autre robe de créateur qui finira dans un musée ou sur un portant, mais pas dans la penderie de qui que ce soit.”

 

Dans la lumière de lupanar du Dépôt, Vetements fait défiler à toute vitesse des pull-overs mentionnant “sécurité incendie” ou “sapeurs-pompiers”, retravaillés, retaillés, cintrés pour flatter davantage une silhouette féminine, et, à l’inverse, des manteaux longs à larges revers, des imperméables très oversize… Des hommes comme des femmes – l’esprit post-gender étant ici une simple évidence… Mais aussi, des joggings à capuche portés éventuellement avec une doudoune traînant sur le sol, un hoodie noir de groupe de metal sous un blouson en cuir lui aussi oversize. Un tee-shirt de touriste visitant Anvers affiche fièrement “Antwerpen” (il est taillé dans un épais jersey de coton extrêmement qualitatif qui tranche avec la réalité du modèle d’origine) – c’est là que Demna Gvasalia a fait ses études, à la Royal Academy of Fine Arts. Le tout constitue des looks, presque des personnages, qui semblent tirés de la rue pour affirmer leur existence face au public exagérément sophistiqué et lissé qui se tient là. Grand ami du créateur russe Gosha Rubchinskiy, Demna Gvasalia partage avec lui le talent de synthétiser une nouvelle réalité de la rue dans ses collections. Sélectionné récemment pour le prix LVMH et pour celui de l’ANDAM, le collectif Vetements n’a pas fini de faire parler de lui.

 

Par Delphine Roche

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