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Entretien avec l'irrésistible Vincent Cassel

 

Dans sa génération, y a-t-il un acteur français plus convoité? La question peut toujours se discuter, mais Vincent Cassel, bientôt 49 ans, se place tout en haut de la liste pas si fournie des stars masculines charismatiques made in France.

Il y a d’abord sa filmographie, qui parle pour lui. D’Audiard à Steven Soderbergh en passant par David Cronenberg, ce Parisien pur jus a su dépasser l’image d’un homme de bande – celle formée par Mathieu Kassovitz, Jan Kounen et Gaspar Noé dans la première partie de sa carrière – pour s’inventer un destin plus large, plus étonnant. Même des échecs il s’est relevé avec une certaine flamboyance qui le caractérise. Dans Mon roi, le film de Maïwenn, il incarne un homme du milieu de la mode, à la fois séduisant et effrayant, qui traverse avec sa compagne (jouée par Emmanuelle Bercot) tous les tonnerres. Un terrain d’expression idéal pour cet acteur instinctif, souvent animal, capable de dénicher une part humaine dans la violence, de faire aimer les bandits et les désaxés. Sa carrière se joue aujourd’hui à travers le monde. Le jour de notre entretien, juste avant qu’il ne parte retrouver Matt Damon et la caméra de Paul Greengrass pour jouer dans le cinquième volet des aventures de Jason Bourne, il nous a prévenu : “Je vais continuer à tourner à l’étranger : Italie, Espagne, Australie, Brésil, où j’habite. J’y ai tourné deux films. Je suis un acteur potentiellement brésilien, je parle portugais. Je fréquente ce pays depuis trente ans, je serais un con si je ne maîtrisais pas la langue !” Bienvenue dans un monde à tout Cassel. 

Photos Peter Lindbergh

Veste en shearling et pull en cachemire, DIOR HOMME

Homme : Mon roi raconte une histoire de rapports de force et d’emprise. Votre personnage exerce un contrôle sur la femme qu’il séduit.

Vincent Cassel : Excusez-moi, mais je n’ai jamais abordé ce rôle comme celui d’un prédateur à l’esprit tortueux qui aurait trouvé une pauvre donzelle pour lui faire subir tous les martyres. J’ai plutôt vécu ce film comme une histoire d’amour.

J’ai essayé de rester à hauteur normale par rapport à mon personnage, sans imaginer un pervers narcissique. Les rapports amoureux sont toujours un peu violents quand la

passion entre en jeu. Il y a une certaine dureté verbale, psychologique, parce que les gens traversent un moment intense de leur vie.

 

Après la projection au dernier Festival de Cannes, Twitter était plein de références à cette notion de “pervers narcissique”, comme si le film était un dossier sociétal.

Des femmes ont dit cela, n’est-ce pas ? Certaines finissent par dire que les hommes sont des pervers narcissiques quand elles ont l’impression d’avoir été roulées. […] Il ne faut pas oublier que toute l’histoire du film est racontée du point de vue d’une femme qui prend des anxiolytiques et commence à perdre un peu le contrôle d’elle-même. J’ai toujours eu l’impression que Mon roi montre une version distordue de la réalité.

 

Vous venez de tourner avec Xavier Dolan. C’était comment?

Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux et moi, cela donne un beau casting français. Je ne devais pas en faire partie, mais un comédien a quitté le film pour accepter un rôle que j’avais refusé – c’est drôle. Je dois dire que je ne le remercierai jamais assez. Juste la fin du monde [à voir probablement au Festival de Cannes 2016] raconte une histoire de famille, mais comme une tragédie grecque. Xavier Dolan savait exactement ce qu’il avait envie de tourner. Il avait droit à un budget et à un temps donnés, et il maîtrisait le format de son film à l’avance. Il a une réflexion, une logique interne. Certains metteurs en scène ont une aptitude, un talent et un poids qui s’imposent tout de suite. Sergio Leone, par exemple, sur son premier film, ne devait pas avoir l’air d’un réalisateur de pornos [rires] !

 

Avez-vous l’impression de raconter quelque chose de vous au fil de vos personnages? Souvent, mes rôles m’ouvrent une porte sur moi-même, sur un aspect de ma personnalité que je n’avais jamais envisagé. Je laisse cette porte ouverte, je ne la referme pas une fois le film terminé. Je sais que c’est là. Il doit y avoir une certaine logique, une couleur, une saveur, si on place mes films les uns après les autres. Quand j’y pense, il y en a très peu que je peux montrer à mes enfants. Je leur ai dit qu’ils verraient plus tard que leur papa est un peu bizarre !

 

Ces portes dont vous parlez, sur quoi ouvrent-elles?

Parfois, juste sur un rire. Je me rappelle que pour Sheitan et pour L’Instinct de mort, le film de Jean-François Richet, j’avais des rires un peu particuliers. Des rires un peu gras. Je ne sais pas pourquoi. Maintenant, ils me reviennent dans la vie. Grâce au cinéma, je me découvre toujours. Il y a toute une partie de moi, un “Manimal” dont je deviens conscient et qui resurgit.

 

 

Retrouvez cette interview dans son intégralité dans le Numéro Homme automne-hiver 2015, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

 

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Propos recueilli par Olivier Joyard.

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