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KOHH, nouveau maître du hip-hop japonais

 

Avec la sortie de son dernier album “Dirt II”, le jeune rappeur KOHH devient la figure de proue d’une nouvelle génération d’artistes multi-talents prêts à briser les codes de l'industrie du hip-hop japonaise. Rencontre.

 

 

 

 

 

 

 

Made in Oji, Tokyo

 

Tout part de là pour KOHH : Oji, la clé de voûte d’une carrière musicale inspirée de sa vie dans ce quartier nord de Tokyo, où il grandit dans un climat sombre, marqué par la perte de son père alors qu'il n'a que 3 ans. Il faut attendre quelques années – lorsqu’il se lance sérieusement dans le rap en 2008 – pour qu’il décide de révéler le nom de son feu père comme nom de scène : Yuki Chiba devient KOHH. Aux côtés de son producteur de l’époque, il sort un premier album intitulé Monochrome, influencé par la légende du rap japonais King Giddra : “La première fois que j’ai écouté King Giddra, explique le jeune artiste, je devais avoir 11 ou 12 ans. J’ai halluciné, j’en avais des frissons. Les chansons étaient puissantes, elles parlaient de leur réalité, de leur vie de tous les jours. Je me suis identifié à eux et c’est comme ça que je suis tombé dans le hip-hop.

En 2015, il enchaîne avec deux albums intitulés Kuchinashi et Dirt. Passage d’un hip-hop très premier degré à un rap plus hostile et énervé, aux accents de trap d’Atlanta. Les influences de KOHH évoluent, son champ des possibles s’ouvre dans un Japon qui commence tout juste à accepter ces genres musicaux et cette dénonciation de conditions de vie difficiles. C’est le bon moment pour s’exporter aux États-Unis, à travers des collaborations avec des artistes américains comme OG Maco ou, plus récemment, avec le célèbre Frank Ocean sur son dernier album Blonde. Les évènements s’enchaînent rapidement et les rencontres se font un peu partout, à la manière de son processus créatif très “éclaté”. KOHH confirme : “J’écris d’une traite. Rapidement. J’accumule tous ces morceaux, ces tracks plus ou moins différents, puis je cherche un thème qui en rassemblerait quelques-uns.”

 

Dirt II : du sang, de la sueur et des larmes

 

Un son transgressif, des salves verbales à l’impact violent, des intonations proches du cri, ce dernier album inclut une dimension beaucoup plus viscérale et brute que les deux autres. Mais KOHH pose très peu de mots sur le pourquoi de ce virage musical : C’est une manifestation de mon côté sombre, guidé par la colère.” Le jeune homme aux propos assez lacunaires quand il en vient à parler de son art, fonctionne à l’intuition bien plus qu’à la réflexion. À travers cet album, il invite à un lâcher-prise immédiat, à l’image de ces concerts où l’artiste nippon pousse la foule à se déchaîner, à réagir à la musique. “Il n’y a pas si longtemps, explique-t-il, le public japonais n’était pas du tout réactif en concert, il bougeait à peine la tête. Mais avec la scène rock qui s’est imposée, les pogos, les mouvements de foule apparaissent.” Une scène rock et grunge qui l'a marqué de son empreinte, le jeune artiste citant en référence Kurt Cobain du groupe Nirvana, les Sex Pistols ou encore le groupe punk japonais The Blue Hearts. Des influences qui construisent son impertinence, son refus des codes établis et surtout sa liberté de s’essayer à toute forme d’art.

Sans nom, Yuki Chiba.

 

 

 

 

“Je ne suis pas rappeur, je fais de l’art”

 

Lors de la sortie de Dirt II au Japon, l’édition limitée de l’album contenait non seulement une place au concert de KOHH mais également une entrée au sein de sa galerie d’art, créée pour

l’occasion à côté de la salle où il performait. Ses deux amours, la musique et l’art, sont rarement dissociés. Qu’il soit question de dessins inspirés par Marcel Duchamp ou Joan Miró, ou de sculptures et collages emplis de surréalisme, le jeune artiste crée de nombreuses œuvres qu’il devrait exposer prochainement. Il avait d’ailleurs organisé le 25 juin dernier à la galerie Tokyoïtes Art de Paris une exposition où 8 artistes (dont le célèbre artiste de graff Gucci Ghost) réinterprétaient son portrait. Un amour pour l’art et la création qu’il exhibe à même la peau, à travers de nombreux tatouages comme le très célèbre L.H.O.O.Q de Duchamp au milieu de la gorge, mais aussi le visage de Nikola Tesla sur le bras. Avant de me lancer dans le rap, je voulais être tatoueur, précise-t-il, j’ai commencé à 12 ou 13 ans, mon premier tatouage était mon nom, que j’ai recouvert finalement.

KOHH au dernier défilé Facetasm Printemps/Ete 2017 à Paris.

Des ornements qui vont de pair avec un sens de la mode affirmé. L’artiste, qui cite dans ses chansons Prada ou Alexander Wang, s’amuse du style gangster qu’il arborait tout jeune et qui fut sa première plongée dans l’univers de la mode : “Un de mes amis faisait partie d’un gang, confie l’artiste, du coup il avait toute la panoplie à l’américaine, chaîne en or, maillot de basket extra-large, casquette, j’ai tout de suite adoré ce style.” Aujourd’hui, KOHH est plus séduit par Jacquemus, Toga et Facetasm, dernière marque pour laquelle il a d’ailleurs déjà été mannequin.

 

Une personnalité versatile en somme, qui sème son irrévérence et son amour pour l’art un peu partout, guidé par une volonté unique qu’il exprime lui-même : “Je veux devenir une légende vivante.” Beau programme.

 

KOHH “Dirt II”, disponible chez Apple Music et en écoute sur Arte lors de l'émission "Tracks" diffusée le 7 octobre 2016.

 

Par Chloë Fage

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