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Rencontre avec Anohni, la voix d’Antony and the Johnsons, pour son album “Hopelessness”

 

La voix bouleversante de l’artiste anglaise est de retour. Elle livre, avec son nouvel album magistral, une critique virulente d’un monde devenu fou, autant qu’un plaidoyer sensible, galvanisant et enragé en faveur de la terre et de l’humanité. Rencontre.

Portrait : Harry Eelman.

Numéro : Vous avez récemment pris le nom d’Anohni. Que représente pour vous ce changement?

Anohni : Il est assez courant chez les personnes transgenres de se choisir un nouveau nom. C’est un rituel de passage. C’était aussi une manière pour moi de prendre acte de la personne que je suis devenue, de ma vie telle qu’elle est aujourd’hui. Plus je vieillis, plus je m’approche de la personne que je suis vraiment. Je la bâtis. J’apprends à l’accepter. J’ai été élevée dans une foi fervente. Mais, vers 11 ou 12 ans, je me suis rendu compte que ce monde n’était pas le mien. Alors j’ai pris du champ afin de trouver une autre manière de me connecter à la vie. Les enfants ont très souvent une intuition assez juste de ce que sera leur futur. Et puis, ensuite, il faut beaucoup de temps une fois adulte pour retrouver cette intuition et la faire devenir réalité. Une chose un peu semblable arrive au début de la vingtaine. Vous avez alors comme une vision de votre potentiel, de ce que vous pourrez devenir si vous vous en donnez les moyens. Et alors il faut se mettre au travail…

 

 

Sur Hopelessness, vous portez un regard désespéré sur le monde. Vous vous en prenez au bilan du président Obama. Vous dénoncez les attaques de drones en Afghanistan, le réchauffement climatique… Pourtant, cet album est aussi le plus galvanisant musicalement.

Certains morceaux comme Execution [plaidoyer contre la peine capitale] sont même enragés. Quant au titre Obama, il relève de l’incantation. Par le passé, ma musique tenait plus de la délicate pastorale. Elle reflétait mes paysages intérieurs à travers un langage très personnel. Je m’y exprimais avec une immense tristesse. Cette fois-ci, j’ai choisi de mettre l’accent sur des émotions exaltantes. Ces choix musicaux, et la fureur qui m’habite, participent à apporter cette énergie à l’album.

 

Pourquoi ce titre Hopelessness [“désespoir”]?

Le désespoir, c’est la passivité. C’est se refuser à agir et à faire porter sa voix. C’est profiter au maximum de la vie, égoïstement, en espérant mourir avant que les choses n’empirent. C’est ce que font la plupart des gens. L’espoir, au contraire, c’est la passion et l’action. C’est se confronter au présent et affronter le monde tel qu’il est. Je ressens profondément ce désir de changer les choses.

Drone Bomb Me, le premier titre de l’album, est écrit depuis la perspective d’une petite fille afghane qui conjure le drone qui a massacré sa famille de la tuer elle aussi. Ce morceau a donné lieu à une vidéo dont votre ami Riccardo Tisci a assuré la direction artistique. On y voit Naomi Campbell chanter, mais c’est bien votre voix que l’on entend. Pourquoi ce choix?

L’idée que ma voix soit incarnée physiquement par Naomi dans la vidéo élève la chanson à un nouveau degré d’universalité. Il ne s’agit plus seulement des paroles de la petite fille, ou de moi en train de les interpréter, mais d’une parole universelle portée par une icône de la féminité. Naomi apporte également toute sa puissance et toute son innocence au titre. Sa performance est impressionnante. J’aime l’idée que ma voix puisse être indépendante, séparée de mon corps. Cela ouvre des perspectives créatives intéressantes, parce que cela veut dire qu’elle peut être incarnée par n’importe qui, et n’importe où.

 

Les rapports entre l’homme et la Terre sont au cœur de votre album. Que voulez-vous dire, par exemple, lorsque vous chantez Why Did You Separate Me from the Earth? (“pourquoi m’as-tu séparée de la Terre?”)?

Nous venons de la Terre, et nous y retournerons à notre mort. L’eau qui coule dans notre corps, qui nous anime, est la même que celle qui compose la planète. La Terre est la mère dont nous avons été séparés. Et cette mère, nous sommes en train de l’assassiner. Pour la première fois, nous avons la capacité de tuer notre créatrice. Par le passé, la capacité destructrice de l’homme était limitée. Il y avait toujours un nouveau continent à coloniser, de nouvelles ressources à avaler. Mais le temps d’un monde fini est venu. Nous comprenons qu’il n’existe qu’une seule Terre, et que ses ressources sont limitées. Et c’est très dur à entendre. Aucun enfant ne veut se sentir responsable de la vie de sa mère. Mais nous en sommes bien là.

 

Hopelessness d’Anohni (Rough Trade Records),

Disponible le 6 mai.

 

 

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok

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