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Qui est l'icône queer new-yorkaise Mykki Blanco ?

 

Créature extravagante et mutante, à la fois homme et femme, Mykki Blanco est devenue en quelques années une nouvelle référence pour la scène arty internationale. Rencontre à New York avec un artiste inclassable, performeur queer et chanteur hip-hop.

Portraits Danielle Levitt

Mykki Blanco est née en novembre 2012. Apparaissant telle la progéniture improbable d’un gang-bang qui aurait mêlé acteurs de la scène queer, partisans d’un hip-hop hard-core, artistes conceptuels, performeurs punk et DJ incontournables de la scène électronique. Car toutes ses influences ont dû se culbuter dans l’esprit débridé de son créateur, Michael Quattlebaum Jr., pour donner naissance au personnage de Mykki Blanco. Depuis plus de deux ans maintenant, l’Américain incarne avec flamboyance celui-ci sur scène ou en vidéo, revêtant alors des perruques du plus bel effet. Créature barrée et mutante, Mykki Blanco est à la fois homme et femme, performeur queer et chanteur hip-hop, artiste inspiré par Yoko Ono et Marcel Duchamp autant que par le féminisme provocateur et trash de la musicienne Peaches ou du groupe Chicks on Speed. Une grande partouze de références qui fait non seulement l’originalité du rappeur mais également sa force. Embrassant pleinement toutes les cultures, brisant violemment et joyeusement toutes les frontières et les catégories, Mykki Blanco est l’une des plus justes incarnations du monde contemporain. Une figure libre.

 

Son histoire se lit alors comme une réécriture contemporaine et frelatée de tous les grands thèmes de la culture américaine. Comme un peu plus tard, lorsque Michael Quattlebaum Jr. suivra les traces d’un autre mythe yankee : Holden Caulfield, l’adolescent de L’Attrape-Cœurs. Comme le héros du roman de J.D. Salinger, Michael Quattlebaum Jr. fugue. Il n’a que 16 ans. Il erre quelques mois dans le New York underground. Michael ne va pas voir les putes comme Holden, mais plutôt les drag-queens et les pédés. “Il faut se souvenir que la représentation des gays et de leur culture il y a dix ou quinze ans n’avait rien à voir avec ce qu’elle est aujourd’hui, se souvient Michael. Les catégories étaient hermétiques. Tout était blanc ou noir. J’ai découvert avec cette première expérience, puis lorsque j’ai emménagé à Chicago et que je me suis définitivement installé à New York, qu’être queer ou gay ne correspondait pas aux stéréotypes véhiculés par la société. Que les choses étaient plus complexes, plus diverses et plus libres surtout.

Le masculin est toujours vu comme l’incarnation de la force et du pouvoir. C’est un stéréotype. En tant que féministe, je me bats contre cette idée. La féminité est une source puissante de force.

Très vite, la performance et la musique rattrapent Michael. Il déclame ses vers lors de soirées arty, y ajoute guitares et batteries. Un groupe punk est né. Mykki Blanco fait sa première apparition à sa tête. On est en novembre 2012 lorsque Mykki Blanco & The Mutant Angels exécutent leur première performance. “Je n’étais pas, et je ne suis toujours pas une drag-queen. Évidemment, leur glamour et leur théâtralité m’ont inspiré. Je connais John Waters et Divine. Mais ce qui m’intéressait avec le personnage de Mykki Blanco, c’était de revêtir une identité féminine et de lui adjoindre une part punk et glam-rock. Au fur et à mesure, ma musique s’est tournée de plus en plus vers le hip-hop et l’électro, tout en conservant une énergie punk. Ce mélange me paraissait être quelque chose de totalement nouveau. Cela correspondait aussi à mon style de vie. J’expérimentais ma sexualité au quotidien. Je suis transgenre, mais pas transsexuel, puisque je ne change pas physiquement de sexe, j’essaie d’en tester les limites.” Habits de femme et perruque en contrepoint d’un rap viril et agressif… “Le masculin est toujours vu comme l’incarnation de la force et du pouvoir, nous reprend Michael. C’est un stéréotype. De même que voir la féminité comme une faiblesse. En tant que féministe, je me bats contre cette idée. La féminité est une source puissante de force.

 

Hybridation des genres, des cultures et des musiques, Mykki Blanco est l’incarnation même d’une époque où Internet a dynamité les frontières, notamment entre mainstream et underground. “Il n’existe plus d’underground aujourd’hui, s’emporte le rappeur, à partir du moment où tout est disponible sur le Web, accessible au public, et prêt à être réinterprété et mélangé. Vous pouvez écouter les dernières créations de la nouvelle scène techno de Chicago… et vous rendre compte que des adolescents s’en sont déjà inspirés en Scandinavie pour faire totalement autre chose.” L’artiste a également compris, comme les grandes marques avant lui, que le meilleur moyen de s’imposer dans l’esprit du public est d’être présent partout, tout le temps. Cela donne lieu, chez Mykki Blanco, à une espèce de viralité créative qui se déchaîne de ses vidéos jusqu’à ses morceaux disponibles sur la Toile en passant par ses shows insensés. On dénombre des concerts à travers le monde entier, une lecture chez Opening Ceremony à New York, quelques mixtapes publiées sur Internet, une dizaine de vidéos visibles sur YouTube ; sans compter une campagne de publicité pour Iceberg…

 

Découvrez High School Never Ends, le clip de Mykki Blanco et Woodkid.

Par Thibaut Wychowanok

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