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Interview. Primal Scream sort son nouvel album “Chaosmosis” et annonce la mort du rock

 

Après plus de trente ans de rock furieux, de pop euphorique, d’électro hallucinée et d’albums mythiques, le groupe de Glasgow continue à électriser les foules avec son nouvel opus, “Chaosmosis”.

Avec Chaosmosis, le groupe Primal Scream dévoile un nouvel album en forme de best of kaléidoscopique. En dix titres efficaces, et autant de hits, le groupe de Glasgow convoque le meilleur des dernières décennies : de la new wave des années 80 à l’électro des années 2000 en passant par la brit-pop des années 90. Loin d’être une célébration du passé, Chaosmosis forme un joyeux barnum musical à l’énergie hystérique, juvénile et contemporaine. La bande de sales gosses réussit aussi, en embrassant tous les styles de musique, à composer son autoportrait. Car depuis 1982, Primal Scream s’est emparé de toutes les vagues musicales pour faire souffler sur ces mers mélodieuses un vent aussi solaire que démoniaque. Rencontre avec l’un de ses fondateurs, Bobby Gillespie, mythe bien vivant du rock’n’roll.

Photo Sam Christmas.

 

Numéro : Chaosmosis est un album dont les morceaux, mélodiques et efficaces, adoptent pleinement le format pop. Que représente la pop music pour un groupe qui a toujours voulu préserver son esprit punk?

Bobby Gillespie : Dans ma jeunesse, la capacité de la pop à féminiser un rock’n’roll trop sérieux et machiste me fascinait. Un groupe comme Siouxsie and the Banshees a très bien réussi à construire des ponts entre les deux pour proposer des pépites dark comme Happy House ou Spellbound. La pop music traitait, derrière son apparente innocence, de sujets terribles et de la réalité sociale de l’époque. Il fallait écouter les paroles. Mais la pop actuelle n’a rien à voir. Elle ne vise plus qu’à faire danser. Celle des années 70 et 80 était beaucoup plus mélodique. Mon fils de 14 ans écoute Skrillex. À son âge, j’écoutais T.Rex et David Bowie. Le glam-rock n’était pas une musique underground, il trônait en tête des charts.

 

C’est ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la musique ?

La pop music a constitué une échappatoire pour moi comme pour beaucoup d’adolescents. Elle représentait une opportunité pour tous les laissés-pour-compte et les freaks, dont je faisais partie, de s’exprimer, Quand nous avons créé le groupe, nous étions fans des Doors, du Velvet Underground et des Stooges, dont les albums ont changé notre vie. À l’époque nous allions dans un gymnase abandonné jouer des heures sur nos instruments en hurlant comme des fous. Des cris de rage, voilà ce dont je me souviens de nos débuts. Primal Scream est né de notre frustration. C’était primitif. C’était sincère. À partir de là s’est engagé un processus d’exploration musicale autant que personnelle. Mais je ne m’imaginais absolument pas devenir membre d’un groupe.

 

Quand avez-vous pris conscience que vous étiez un musicien, un artiste?

Sans doute lorsque j’ai commencé à jouer de la batterie pour The Jesus & Mary Chain [groupe britannique mythique des années 80], sur l’album Psychocandy en 1985 et sur la tournée mondiale que nous avons effectuée entre 1984 et 1986. Je me souviens que nous avions même joué aux Bains à Paris. Mary Chain a tout de suite été un groupe fantastique. Il nous a fallu un peu plus de temps pour Primal Scream [rires].

Le fondamentalisme et le capitalisme ont mis à mal nos idéaux, la raison, les Lumières. Et ce sont les plus pauvres et les plus jeunes qui en souffrent, dans un système où l’égoïsme est roi, où il n’y a pas d’emplois hormis des jobs sous-payés sans aucune sécurité.

L’album Screamadelica, sorti en 1991, devient rapidement iconique pour toute une génération. Sa réédition récente a de nouveau déchaîné les passions. Avez-vous une idée des raisons de ce succès?

Pas vraiment. S’il a une signification particulière pour toute une génération, c’est que nous avons dû réussir à capturer l’esprit et l’énergie du début des années 90, l’émergence de la musique électronique et de ce qui l’accompagnait dans les clubs. C’était un album plein d’espoir, même s’il n’était pas exempt d’une certaine mélancolie. Screamadelica, avec des morceaux comme Higher Than the Sun, est étrange. Je suis sidéré que cet album parle à une génération qui n’était pas née en 1991.

 

Chaosmosis paraît, au premier abord, très optimiste, euphorique. Mais vos textes sont souvent noirs, et engagés politiquement. Sur le morceau Golden Rope, vous chantez : “Capital has colonised us/It rules and it divides us/Leaves a violence deep inside us. [“Le capital nous a colonisés/Il nous gouverne et nous divise/Il sème la violence en nous.”]

Le marché et le capitalisme détruisent tout. Ils forment, avec le fondamentalisme religieux, les jumeaux terribles de notre époque. Ce sont des poisons. Le nationalisme, le fascisme et le racisme se développent à travers toute l’Europe. Ils sont aux portes du pouvoir. Nous avons construit l’Europe sur les valeurs des Lumières pour ne plus jamais connaître la guerre. Et cela a fonctionné pendant soixante-dix ans. Mais le fondamentalisme et le capitalisme ont mis à mal nos idéaux, la raison, les Lumières. Et ce sont les plus pauvres et les plus jeunes qui en subissent les conséquences. Qu’a-t-on à leur offrir ? Un système où l’égoïsme est roi, où il n’y a pas d’emplois ou seulement des jobs sous-payés sans aucune sécurité. En Angleterre, on peut vous embaucher pour un contrat de zéro heure. Il n’y a même plus de durée minimum du travail.

 

Where the Light Gets In,  Primal Scream et Sky Ferreira 

 

Et vous pensez que le rock peut encore réveiller les consciences?

Vous croyez que mon fils s’intéresse encore au rock ? Les groupes de rock n’intéressent plus la jeunesse. Le rock est mort. Et d’ailleurs ces formations ne s’intéressent plus depuis longtemps aux problèmes de la société. J’aime toujours le rock, mais il n’a plus rien d’alternatif ou d’underground. Il ne s’oppose plus au système, il en fait partie.

 

Êtes-vous toujours aussi pessimiste?

J’essaie juste de décrire le monde avec lucidité. La jeunesse n’a pas conscience que les libertés qu’elle considère comme des acquis ont été arrachées de haute lutte, très récemment. Il a fallu attendre 1967 pour que l’homosexualité devienne légale en Angleterre. Et encore fallait-il être âgé de plus de 21 ans. J’ai grandi dans les années 60 et 70 avec des droits que mes parents n’avaient jamais eus. Mes enfants vivent dans un monde que je n’aurais jamais espéré connaître. L’accès aux soins et à l’éducation gratuite ont été des avancées majeures de l’après-guerre. Elles sont gravement remises en cause aujourd’hui. Seuls les plus riches peuvent accéder aux meilleures universités. Et notre société demeure très patriarcale. Le chemin qui reste à parcourir est encore très long. Les questions que je pose dans l’album sont assez simples, et parlent du vivre ensemble autant à l’échelle d’un couple que de la société. Si nous nous aimons, que nous voulons vivre ensemble, pourquoi n’arrivons-nous pas à communiquer ? Si nous continuons à partager le même lit, pourquoi ne nous aimons-nous plus ?

 

 

Chaosmosis de Primal Scream, (Pias/first international), disponible le 18 mars.

 

Retrouvez notre interview de Sky Ferreira.

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok

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