03 Février

Qui se cache derrière Poni Hoax, groupe de rock français hors norme ?

 

Deux ans après “A State of War”, les Français de Poni Hoax sortent début février un nouvel album fiévreux enregistré aux quatre coins du monde. Retour sur l’histoire hors norme du meilleur groupe de rock français actuel.

Par Marion Ottaviani

Poni Hoax, Red Bull Studios

Le moins qu’on puisse dire au sujet du groupe Poni Hoax, c’est qu’il est associé à un parcours pour le moins sinueux et imprévisible. Né en 2001 à l’initiative de Laurent Bardainne, compositeur et saxophoniste, la formation s’appelle originellement Le Crépuscule. Avec A Love Supreme de John Coltrane comme absolue référence, il s’entoure principalement de musiciens issus du Conservatoire pour former l’équivalent d’un quartet de jazz expérimental. Nicolas Villebrun et Arnaud Roullin, respectivement guitariste et claviériste, sont déjà de la partie et ne quitteront jamais le navire. C’est la rencontre avec la jeune interprète britannique Jessica Constable, voix sensuelle et lancinante évocatrice de Beth Gibbons, qui fait progressivement muter les codes musicaux du groupe. De Charlie Parker jusqu’à Sonic Youth et Portishead, la transition s’opère. Fruit de ce court épisode fondateur, l’album Le Crépuscule des dinosaures paraît en 2003 sur le label Barnabé, juste avant que la chanteuse ne quitte le groupe. Un premier départ accompagné de celui de Philippe Gleizes, batteur originel, qui est rapidement remplacé par Vincent Taeger. Le Crépuscule est mort, vive Poni Hoax. Un nom dénué de la moindre signification, à l’image de l’état d’esprit assez punk que le groupe adopte dès lors.

Clip du titre “Antibodies”

Au hasard du concours CQFD organisé par Les Inrockuptibles, Tigersushi les signe et sort le EP Budapest, avec cette fois une jeune Grecque du nom d’Olga Kouklaki au chant. Le single éponyme est repris en version dub par Joakim du même label et connaît un succès commercial notable. Cependant, malgré cette renaissance salvatrice, la collaboration tourne vite court après un concert jugé catastrophique. Il manque une alchimie, une véritable figure de frontman pour donner corps aux compositions intenses du groupe. Ce manque sera vite comblé, puisqu’une petite annonce sur le site de leur label plus tard, Laurent Bardainne reçoit une lettre et un disque d’un dénommé Nicolas Ker. Les deux sont en fait voisins depuis presque cinq ans, sans s’être jamais croisés. Les influences rock de Nicolas, le White Light/White Heat du Velvet Underground, la voix hantée de Scott Walker mêlée à celles du compositeur vont donner toute leur substance à des titres jusque-là orphelins. Et le nouveau venu est pour le moins prolifique ; un premier album éponyme voit le jour peu après, vendu à quelque 5 000 exemplaires, mais acclamé par la critique. Enfin au complet, la formation peut réellement se lancer sans filet.

Clip de “Life in a New Motion”

Avec Poni Hoax, il était difficile de ne pas penser à la Grande-Bretagne : New Order, Talking Heads, Factory Records… Le disque est empreint d’une émotion froide qui rappelle les grandes heures de la musique des années 80, construite sur les ruines du punk. C’est seulement avec Images of Sigrid et ses pures sonorités électroniques à tendance disco que la chaleur va petit à petit reprendre sa place. Paru en 2008, il propulse le groupe dans d’autres sphères : une première partie de Gonzales et de Franz Ferdinand à Londres, alors que la formation d’Alex Kapranos est au sommet de son succès, une tournée internationale dont plus de deux cents festivals… En partie responsable, l’imparable tube radio Antibodies, qui redéfinit les lignes de la pop à la française dans la filiation directe des Versaillais de Phoenix. Avec le documentaire Drunk in the House of Lords, Matthias Culleron immortalise d’ailleurs cette période bénie de l’histoire du groupe. Quand la tournée s’achève, le désir de prendre une nouvelle direction se fait sentir, avec la fin annoncée du chapître Tigersushi. Un one shot baptisé We Are the Bankers paraît sur le label Abracada, dirigé par le directeur du Social Club Manu Barron, puis… plus rien, du du moins un calme plat qui dure presque six ans, rompu finalement par l’annonce de l’arrivée du groupe chez Pan European Recording en 2013. 

Le documentaire “Drunk in the House of Lords”

Ce nouveau départ est perçu comme un retour aux sources pour Laurent et surtout Nicolas, qui aborde A State of War dans un état d’esprit propice à l’introspection. En véritable bourreau de travail, celui-ci travaille déjà sur de nombreux projets parallèles ; un disque avec Arielle Dombasle, un disque solo, un side-project baptisé Aladdin… Et un autre initialement nommé Dior, qui finit finalement par s’appeler Paris pour les raisons légales qu’on imagine. Au milieu de cette multitude d’exercices de style, ce sont pourtant ses textes pour Poni Hoax qui semblent les plus personnels. Un album consacré au thème de la guerre, alors que lui-même était au premier plan lors de l’invasion des Khmers rouges à Phnom Penh, à tout juste 5 ans. De cette horreur, il ne garde que des bribes de souvenirs, qui s’expriment à travers le groupe comme une suite de fulgurances libératrices.

 

Le sillon de l’exploration se creuse un peu plus au moment d’aborder A Tropical Suite, leur deuxième LP au sein du label qui abrite également le génial Koudlam. Pour la première fois, les cinq musiciens se sont exilés quatre jours dans chaque pays, de Sao Paulo à Pattaya en passant par Los Angeles. Une errance riche de rencontres qui se retrouve dans les treize morceaux aux couleurs exotiques du disque, avec la voix magistrale de Nicolas Ker au premier plan. Après la tonalité sombre du disque précédent, ce nouvel effort se présente comme une respiration bienvenue. Le calme après la tempête.

 

A Tropical Suite de Poni Hoax (Pan European Recording). Disponible le 3 février.

Release party prévue le 22 mars au Tradendo.

 

Retrouvez le clip dépaysant d’Everything Is Real​ signé Poni Hoax. 

 

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