Numero: Réaliser des autoportraits, est-ce une manière pour une actrice de redevenir maître de sa propre image ?

Audrey Tautou : Il y a peut-être une part de ça. Mais ce qui est sûr, c’est que je ne prends pas ce travail à la légère. Je peux mettre un mois à réaliser un autoportrait. Je fais tout, seule : le décor, les accessoires, la prise de vue… Parfois, je désespère ! Est-ce que je fais ça pour me réapproprier mon image ? [Silence.] Vous savez, on n’a pas de prise sur son image. C’est un combat vain. Chercher à la contrôler est un combat vain.

 

Avez-vous toujours été à l’aise avec le regard des autres ?

Je n’ai jamais cherché à être un objet de fantasmes. Être une image ne m’intéresse pas. Est-ce la raison pour laquelle je ne me suis jamais sentie “actrice” en dehors des plateaux de cinéma ? Je vivais dans une forme de compromis finalement, pendant des années. Mes photographies étaient reléguées dans un jardin secret. À l’abri des regards. Personne n’y avait accès. Je me suis cachée comme ça derrière mon image d’actrice pendant dix ans, sans m’y sentir forcément à l’aise, mais en m’y sentant au frais. Et puis est arrivé le moment où je ne pouvais plus continuer ainsi. Révéler ce “morceau” de ma personne est devenu une nécessité, une question de survie, même si ce terme peut paraître excessif. 

 

Découvrez la suite de cette interview dans le Numéro d'août 2017 spécial “Cinéma”.