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Le photographe culte Martin Parr passe à table avec “Des goûts”

 

À l'occasion de la parution chez Phaidon de son ouvrage culinaire “Des goûts” (dégoût ?), le grand photographe anglais était cuisiné lors d’une table ronde animée par une journaliste du “Monde” et le fondateur du Fooding au MK2 Quai de Loire. Rencontre.

Propos recueillis par Violaine Schütz

Martin Parr, Tokyo, Japan, 1998 © Martin Parr/Magnum Photos. Real Food, Martin Parr, Phaidon (p. 35).

© Martin Parr/Magnum Photos. Real Food, Martin Parr, Phaidon.

 

Numéro : Pourquoi sortir aujourd’hui un livre sur la food ?

Martin Parr : J’ai commencé à photographier des plats il y a vingt-cinq ans. J’ai toujours aimé ça. À l’époque, personne ne le faisait, car les téléphones portables n’existaient pas. J’ai démarré parce que je voulais trouver un autre angle, moins triste, dans ma façon d’aborder la photo documentaire. Et la nourriture me semblait parfaite pour cela.

 

Vous utilisez le flash, ce qui donne un aspect faux aux plats, pourquoi ?

Avec la mode du food porn et des magazines de cuisine glamour, les gens postent des photos d’aliments qui ne ressemblent pas du tout à ceux que l’on mange tous les jours. Il y a beaucoup de mensonges autour de la représentation de la nourriture dans notre société. Il n’y a qu’à voir les images séduisantes figurant sur les emballages dans les supermarchés. Quand vous ouvrez la boîte, vous voyez bien la différence entre le produit réel et celui qui est montré. Quant au flash, il permet de créer de la fiction et de l’entertainment à partir de la réalité, de donner un aspect surréaliste à la cuisine, et donc de la rendre plus belle et intéressante. Je suis accro au flash et à ses couleurs vives très soutenues comme un alcoolique à son verre de vin.

 

Comment avez-vous sélectionné les 200 clichés du livre (hamburgers, gâteaux kitsch en forme de bonhommes ou d’animaux, cupcakes délirants, glaces, fruits, hot dogs dégoulinants, frites, donuts, sushis fluo, saucisses bien grasses, etc.), sur 25 ans de photos prises à travers le monde ?

La junk food à deux euros rend souvent mieux qu’un menu complet de 26 plats à 400 euros dans l’un des meilleurs restaurants du monde. Je suis un foodista assez snob quand c’est moi qui mange, et certains des plats du livre, je les ai réellement dégustés, mais pour les photos, j’ai sélectionné ce qui rendait le mieux.

 

 

 

 

Martin Parr, Tokyo, Japan, 2000 © Martin Parr/Magnum Photos. Real Food, Martin Parr, Phaidon (p. 189).

© Martin Parr/Magnum Photos. Real Food, Martin Parr, Phaidon.

 

 

On reconnaît souvent où ont été prises les photos (France, Angleterre, États-Unis, Japon), y a-t-il une dimension sociale à cela ?

Ça ne me dérange pas qu’on reconnaisse la provenance des recettes. Je joue justement sur les préjugés et les clichés qui entourent la food. Par exemple, j’ai commencé à prendre des photos de la nourriture anglaise, réputée très mauvaise, alors que je peux vous assurer que j’ai mangé des choses aussi dégueulasses en France que dans mon pays. Et la food UK a atteint aujourd’hui un niveau plus que correct. À Mulhouse, en Alsace, je me suis régalé à immortaliser des choucroutes et des saucisses, car c’est ce à quoi on s’attend dans cette région. Et à Vienne, j’ai shooté des tonnes de pâtisseries et même une fabrique de gâteaux, car les locaux en sont dingues. Personnellement, je ne me lasserai jamais d’une pièce pleine de desserts.

 

Dans le terme “food porn”, il y a l’idée d’excitation provoquée par la nourriture, en avez-vous ressenti devant les plats ?

Il y a beaucoup d’excitation dans le fait de passer une soirée dans un grand restaurant, malgré tout, je n’ai jamais eu envie de plonger mon instrument dans une choucroute ou un gâteau crémeux, ou eu une érection en photographiant un plat d’escargots, du saucisson, des bananes ou des cuisses de grenouille, si c’est ça la question.

 

On ressent parfois une sorte de dégoût face à certaines photos en gros plans aux couleurs criardes…

Quand j’étais enfant, j’ai grandi dans une famille d’observateurs d’oiseaux, donc, quand on partait en vacances, on n’allait pas voir la mer, mais regarder les volatiles. Dès que j’ai pu m’émanciper, j’ai nourri une véritable obsession pour les stations balnéaires et autres attractions dont j’avais été privé. Donc quand je les ai photographiées, j’ai exagéré cette fascination pour célébrer ma liberté nouvellement acquise en utilisant le flash et le macro. J’ai utilisé le langage de la publicité et de la communication pour le détourner et ensuite critiquer les contradictions du monde moderne. Pour la nourriture, j’ai fait la même chose, d’où ces couleurs très voyantes.

 

 

 

Martin Parr, Taunton, Somerset, England 1998 © Martin Parr/Magnum Photos. Real Food, Martin Parr, Phaidon (p. 17).

© Martin Parr/Magnum Photos. Real Food, Martin Parr, Phaidon.

 

 

Est-ce que vous cuisinez ?

Oui, dans la réalisation d’une recette, j’adore la notion de tout planifier pour que ce soit prêt à temps. Je n’utilise jamais de livre de cuisine, contrairement à ma compagne, mais j’improvise. J’adore préparer du poisson car c’est très difficile. Il ne faut pas qu’il soit trop cuit, sinon ça devient de la gelée. Tout est une question de timing. J’aime aussi préparer du poulet rôti et du rosbif le dimanche. Encore un rapport avec le temps.

 

En tout cas, vous n’avez pas réussi à couper l’appétit de votre fille, Ellen Parr, puisqu’elle est devenue chef et fondatrice du collectif The Art of Diningtrès en vue en Angleterre…

En fait, elle avait commencé par faire des études de maths, et comme ça l’ennuyait, elle a décidé de devenir chef. Elle a obtenu un stage dans un grand restaurant de Londres, ce qui l’a passionnée. Depuis elle organise des événements spectaculaires et toujours sold out qui mêlent art contemporain et cuisine. Elle a réalisé des plats que j’ai d’ailleurs photographiés. Elle est très forte et astucieuse pour surprendre le public. Par exemple, elle avait préparé un délicieux bouillon thaï servi dans une tasse de thé. Elle adore étonner avec des plats qui ont l’air sucrés mais sont en fait amers, ou des choses qui ont l’air horribles et s’avèrent délicieuses en bouche. En fait, chef c’est un peu comme photographe, il s’agit de tromper l’adversaire.

 

Vous êtes l’un des plus grands photographes du monde, mais, toute votre vie, vous n’avez photographié que des sujets liés à la banalité du quotidien, comme votre série sur les couples qui s’ennuient. Comment cela se fait-il ?

Il y a des gens qui sont beaucoup plus talentueux que moi, notamment dans mon agence, Magnum, pour prendre des photos de guerre et de drames. Personnellement, je suis plus heureux dans un supermarché à prendre des clichés des rayons en essayant de réinventer la réalité, le prosaïque, que dans une ville en destruction. Mais je pense que les deux méritent d’être photographiés.

 

Martin Parr, Des goûts, éditions Phaidon, 208 p., 19,90 euros, en librairie.

 

 

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