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“Provoke" : le choc de la photographie des années 60 au Japon

 

Entre Daido Moriyama et Shōmei Tōmatsu, le BAL accueille jusqu'au 11 décembre l'avant-garde photographique japonaise des années 60 et s'intéresse plus particulièrement à sa revue culte “Provoke“.

Par Chloë Fage

Tōmatsu Shōmei, Editor, Takuma Nakahira, Shinjuku, Tokyo, 1964.

Credit: © Tōmatsu Shōmei – INTERFACE / Collection of The Art Institute of Chicago

 

 

L'exposition du BAL dévoile les 3 numéros passionants de la revue “Provoke“, aussi subversive que séditieuse, créée par les grands noms de l'avant-garde japonaise des années 60 (Araki Nobuyoshi, Tōmatsu Shōmei, Daido Moriyama...) et s'intéresse à la manière dont ce manifeste a posé les jalons de la photographie expérimentale au Japon.

 

A travers le prisme de la revue et des photographes qui y sont affiliés, l'exposition revient sur le contexte de crise politique, sociale et identitaire qu'a connu la population nippone à cette époque – occupation américaine par la base militaire américaine à Okinawa, occupation des universités par les étudiants, bataille de Sanrizuka - et à partir duquel a émergé un nouvel art photographique contestataire et radical.

 

 

Poussés par la conviction que la photographie ne peut se faire le reflet factuel du réel, ces photographes développent un art profondément subjectif et fragmentaire comme le dévoile la série « Asphalte » de Shōmei Tōmatsu ou encore le cadrage abrupte chez Taki Kōji. Une photographie qui va à contre courant de la photographie militante documentaire et linéaire des années 60. Suivant cette dynamique, « Provoke » et ses créateurs déconstruisent le propos, osent le flou et juxtaposent les récits à l’image de la série « Xeros Photos Albums » signée Araki Nobuyoshi.

Provoke 3, cover, 1969.

Credit: © Nakahira Takuma/ Moriyama Daido/Okada Takahiko/Takanashi Yutaka/Taki Kōji

Private collection

 

 

La scénographie de l’exposition rend d’ailleurs bien compte de ce déplacement du regard, qui cesse d’analyser pour mieux se laisser submerger par les visuels. Cette photographie n’a de sens que dans l’abstrait et le ressenti pur. Le contenu de la revue en lui-même est ainsi exposé de manière assez dense, chaque page étant alignée l’une à la suite de l’autre pour créer des blocs d'images au rendu très impactant. Certaines planches rappellent une succession d'images subliminales où règne pardessus tout cette esthétique de la confusion. Différentes citations des fondateurs de « Provoke » viennent éclairer ces créations comme Koji Taki qui précise ce questionnement du regard : « D’une certaine manière, nous qui tenons des appareils entre nos mains, nous nous interrogeons en permanence sur la signification de ce que nous « voyons », tout en aspirant à devenir des « yeux » nous-mêmes. »

 

La photographie devient une arme dont la volonté est de questionner l’ordre établi. Cette rébellion passe également par différentes pratiques performatives, où les artistes japonais -comme le collectif Hi-Red Center- envahissent l'espace public à travers des spectacles et manifestations immortalisés dans les pages de « Provoke ». Une véritable contre-culture qui a fait de sa révolution un art et qui insuffle le temps d’une exposition et de ces 3 numéros légendaires sa fougue passée.

 

Exposition « Provoke. Entre contestation et performance : la photographie au Japon 1960-1975 », au BAL, 6, impasse de la Défense, Paris 18e. Jusqu’au 11 décembre.

 

 

 

 

 

Unknown, Protest Surrounding the Construction of Narita Airport, c. 1969.

Collection of The Art

Institute of Chicago

Taki Kōji, photograph from Provoke 3, 1969.

Credit: © Taki Yōsuke/ Private collection

Araki Nobuyoshi, Untitled, 1973.

Credit: © Araki Nobuyoshi / Collection of The Art Institute of Chicago

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