Apprécie-t-elle sa lecture deThought After Filthy Thought (Une pensée licencieuse après l’autre), la jolie fille alanguie sur un matelas photographiée pour Numéro art par Miles Aldridge ? Elle semble perdue dans sa rêverie (ou peut­-être ses fantasmes), mais ce ne sont pas les mérites littéraires ni les thèmes provocateurs du livre qui l’auront mise dans ces dispositions.

 

Derrière sa couverture fatiguée, ornée d’un canevas éclatant de blocs bleu et rose, ne se cache en effet ni texte littéraire, ni conte pour enfants. Comme pour ses homologues titrés Reverse Psychology Isn’t Working (La psychologie inversée ne marche pas) et Immediate Relief... Coming Soon(Soulagement instantané... très prochainement), il s’agit là d’une œuvre de l’artiste Harland Miller : un tableau qui ressemble à un livre. Pour le shooting, Miles Aldridge s’est amusé justement à inverser la proposition en transformant ces tableaux en “vraies” couvertures de livres.

 

Inspirées des couvertures des ouvrages de psychologie ou de sciences sociales des années 60 et 70, dont les illustrations empruntaient à l’op art, les toiles originales mesurent entre un et trois mètres de haut. Ces œuvres font en réalité d’une pierre trois coups : par l’humour corrosif de leurs titres, par l’équilibre plaisant du graphisme des couvertures (crées en collaboration avec un concepteur de livres à la retraite), et par le travail pictural sous­jacent, dans lequel Harland Miller convoque comme un palimpseste d’usage, d’usure et de traces de pluie.

 

Je crois que si les gens sont touchés par l’œuvre – si tant est qu’ils le soient –, c’est sur un plan profondément personnel,” déclare Miller. “Lorsque mon travail était abstrait, on m’écrivait pour me demander ce qu’il voulait dire. À présent, beaucoup m’écrivent pour m’expliquer au contraire ce qu’il signifie pour eux.