11 Septembre

“Désenchantée”: l’échec cuisant de Matt Groening, le créateur des Simpson

 

Attendue comme le messie, Désenchantée, la nouvelle série du créateur des géniaux Simpson pour Netflix est une déception totale. Mais pourquoi Matt Groening a-t-il raté le coche ?

By Violaine Schütz

 

Beaucoup de bruit pour rien

 

Les attentes étaient importantes. On doit à Matt Groening deux des meilleures séries d'animation de tous les temps : les Simpson et Futurama. Avec la première, qui reste la série la plus longtemps diffusée sur les écrans (29 saisons au compteur), il s'est érigé en commentateur social pertinent, caustique et hilarant de l'American Way of Life dans toute sa beaufitude. La folie de Futuruma montrait que le dessinateur en avait encore sous le pied en matière d'écriture incisive et étonnante. Aussi, dès qu'on apprit l'association du créateur à Netflix pour un nouveau show, on s'attendait à une merveille parodique de plus. Après avoir croqué le présent et le futur, Matt regarderait vers le passé avec l’œil moqueur et affûté qu'on lui connaît mais toujours une certaine empathie. Les interviews accordées par la chaîne aux médias mettaient d'ailleurs l'eau à la bouche.  “Bean, c’est l’antithèse de la princesse classique” pouvait-on lire concernant l'héroïne. Sauf que dès les premières images, la déception s'avère aussi grande que les espérances.

“Desenchantée” | Trailer | Netflix

Un féminisme de pacotille

 

Il était une fois....un manque d'inspiration flagrant. Avec Désenchantée, on a d'emblée la désagréable impression que le vieillissant Groening (64 ans) surfe avec opportunisme sur les tendances du moment pour ne pas s'avouer vaincu par ceux qui ont pris sa place (les dessinateurs de Rick & Morty et Bojack Horseman en tête). On pense beaucoup à Games Of Thrones pour l'univers fantasy et la princesse Bean qui rappelle la reine des dragons Daenerys. On sent également que l'auteur a voulu saupoudrer son propos d'un féminisme emprunté parce que le thème était dans l'air du temps. Au royaume de Dreamland, on suit donc une princesse rebelle et alcoolique qui veut échapper à un mariage forcé tout en cherchant un sens à sa vie. Ses compagnons de déroute ? Elfo, un elfe idiot en exil et un démon épris de chaos et de pêché nommé Luci. Pour résumer ? Sa bonne et sa mauvaise conscience. Avec eux, la jeune fille va enchaîner les déconvenues avec le même désintérêt que celui du spectateur devant cette suite de gags fumeux souvent vulgaires auxquels il manque clairement un scénario. Le comble pour un conte.

 

Un cynisme déroutant

 

Recettes éculées, musique irritante, direction artistique bâclée... on déchante assez rapidement au royaume de Dreamland. On a beau s'accrocher pendant les dix épisodes de 25 minutes, le charme de la critique sociale acide ne prend pas. On attend, dans un ennui profond l'arrivée d'un carrosse excitant qui n'arrive pas. Matt Groening promettait de l'émotion, mais c'est surtout du cynisme que l’on nous sert sur un plateau. Chaque sujet est effleuré sans être creusé. Les relations compliquées entre Bean et ses parents, le côté affranchie de la princesse, les caractères des différents personnages (les deux acolytes de la princesse auraient mérité un autre traitement), rien n'est affiné ni accrocheur. Habituellement Groening dispose d'une vingtaine d'épisodes pour tisser sa narration, aurait-il manqué d'espace pour nous embarquer pleinement dans son sujet ? On n'est pas sûr de vouloir lui donner une seconde chance avec une autre saison. Car le pire dans cette histoire de princesse jamais charmante, ni touchante, c'est que le rire – la spécialité légendaire de Groening – n'est jamais au rendez-vous. De quoi avoir envie de revoir le Sacré Graal des Monty Python dont le dessinateur aurait eu sacrément à apprendre.

 

Désenchantée de Matt Groening, dix épisodes disponibles sur Netflix.

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